Amour, de Michael Haneke

« Sans musique, sans effets, rythmé par les seuls grincements de parquet d'un immense appartement parisien, Amour met à nu l'inexorable déchéance d'un couple d’octogénaires : Anne (Emmanuelle Riva), victime d'attaques cérébrales, perd peu à peu son autonomie, puis la parole, jusqu'à ce que tout son corps la trahisse, sous les yeux impuissants de son mari Georges (Jean-Louis Trintignant), amoureux jusqu'au bout, écrit Libération.  Michael Haneke, qui ajoute un Oscar du meilleur film étranger à son impressionnante collection (une Palme d'or à Cannes, un Golden Globes à Los Angeles, un Bafta [British Academy of Film and Television Arts] britannique, cinq Césars...), commence à mesurer l'impact mondial de son film : « Pourquoi Amour a un tel succès ? C'est un sujet qui touche tout le monde, mais qui aurait été impossible à faire il y a cinq ans, parce que la société n'était pas prête à parler de la vieillesse, c'était tabou », déclare-t-il au Monde. Pour Annie de Vivie, d’Agevillage, qui titre« La fin de vie césarisée », ce film d’auteur « touche, dérange, et rassure. L'histoire montre deux vieilles, très vieilles personnes, qui s'aiment depuis longtemps et qui vont se soutenir, s'entre-aider jusqu'au bout. Ils ne sont pas bien fringants (à la "d'Ormesson"), mais simplement vivants, touchants, philosophes. Au Festival de Cannes, Trintignant a cité Prévert : "Et si on essayait d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple ?" »

Le Monde, www.agevillagepro.com, 26 février 2013.

La Demora, de Rodrigo Plá

« À Montevideo (Uruguay), Maria s’occupe seule de ses trois enfants et d’Agustín, son père âgé. Ils vivent dans un modeste deux-pièces : ­Maria partage la chambre avec sa fille et ses deux jeunes fils ; son père dort dans le salon où on déplie chaque soir le canapé. Le petit appartement contient à grand-peine les objets et meubles d’une grande maison habitée en des jours plus fastes. Couturière, Maria gagne modestement sa vie avec des travaux à domicile qu’elle apporte dans un atelier. Lors d’une de ses absences, Agustín se met en tête de revoir leur ancienne maison, mais il se perd. Heureusement, un ami le ramène. Pour être embauchée à l’atelier et sortir de la précarité, Maria doit trouver une institution à qui confier son père. Un employé municipal lui explique que les établissements publics ne prennent que les vieillards à la rue. Quant aux maisons de retraite privées, elles sont beaucoup trop onéreuses. Effondrée, Maria erre dans la ville, guère attentive à son père qui la suit péniblement et, sans l’avoir prémédité, l’abandonne sur une place ». Corinne Renou-Nativel, de La Croix, écrit : « d’infimes détails disent la difficulté de la situation, le drame qui peut surgir, la vigilance nécessaire de tous les instants. » « La Demora (le Retard) évoque des thèmes universels : la place des personnes âgées dépendantes, mais aussi le soutien apporté à ceux qui les aident au quotidien. À aucun moment, le film ne juge Maria. Elle commet un acte qui ne lui ressemble pas. Remarquablement interprétés par Roxana Blanco et Carlos Vallarino, un acteur non professionnel, la fille et le père partagent une même dignité – elle pour avancer malgré la pauvreté, lui pour dissimuler les failles de sa mémoire. Jamais Agustín ne doute de sa fille. Une confiance qui illumine l’attente de son retour ». Le nouveau long-métrage du réalisateur uruguayen Rodrigo Plá a reçu le prix œcuménique à Berlin en 2012.  

Henry, de Yan England

Un pianiste de quatre-vingt-quatre ans atteint de la maladie d’Alzheimer cherche son épouse disparue mystérieusement. Il a oublié qu’elle était décédée. Parmi les films nommés pour l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction, le film Henry, du réalisateur Yan England, questionne les rapports entre la maladie d'Alzheimer et le couple. Dans le Nouvel Observateur, le sexologue André Dupras rappelle qu’ « une vie sexuelle active est pensable mais surtout possible » pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer : « si la médiatisation de la maladie d’Alzheimer et de ses symptômes a contribué à exorciser la peur de cette pathologie et des malades qui en souffrent, il demeure une dimension de leur vie difficile à envisager : la sexualité. Dans l’imaginaire collectif, la vie sexuelle de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer est impensable car les troubles cognitifs viendraient accentuer le supposé désintéressement naturel des personnes âgées à l’égard du sexe. Leur sexualité deviendrait invisible comme si elle était disparue… morte.

Dans ce contexte, toute expression de la sexualité par une personne atteinte d’Alzheimer est surprenante et jugée anormale. Les manifestations de la sexualité chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ne seraient pas souhaitables, d’autant qu’elles ne sont plus sous contrôle : le malade peut exprimer des désirs profonds habituellement refoulés qui échappent à la raison. Convaincus que la sexualité de ces personnes est impensable, dans le sens d’inadmissible, les acteurs sociaux s’évertuent donc à "asextiser" leur environnement. » Pour le sexologue, « il n’est pas facile d’accepter que la maladie d’Alzheimer a changé la personne, qu’elle est différente de ce qu’elle était avant la maladie. Si des proches finissent par ne plus la reconnaître comme un être humain, il devient d’autant moins pensable de la considérer comme un être sexué ayant des attirances sexuelles et souhaitant une relation affective. Pourtant, il est encore "en vie" malgré ses absences ; il demeure animé par des désirs devant être assouvis dans la dignité. Actualiser sa vie sexuelle suppose qu’il soit reconnu comme un être vivant… avec les autres. N’oublions pas que, la sexualité, c’est la vie ! »

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