Doit-on craindre une politique du care ? (1)

Hugues Joublin, docteur en éthique médicale et auteur des ouvrages Le proche de la personne malade dans l’univers des soins et Réinventer la solidarité de proximité, s’interroge dans la rubrique Idées du Monde : doit-on craindre une politique du care ? « Faut-il se réjouir ou se méfier de l'émergence récente des notions de sollicitudes et de solidarité familiale dans l'arène politique ? Qu'un gouvernement décide de reconnaitre l'activité jusqu'alors occultée de millions de concitoyens au bénéfice de leur proche dépendant mérite a priori d'être salué. Qu'un grand parti d'opposition se saisisse du concept anglo-saxon de care pour en faire l'un des piliers de son projet de rénovation sociale peut a fortiori intriguer. Pourquoi cet intérêt soudain pour une solidarité de proximité qui constitue, au-delà des aléas de la vie politique et des enjeux circonstanciés, l'un des maillons fondateurs et séculaires du vivre ensemble ? Hugues Joublin ajoute : « doit-on voir ici la marque d'un intérêt fugace porté par la seule ambition politicienne de se draper dans une nouvelle forme de modernité sociale ? Faut-il redouter une instrumentalisation démagogique de ces héros ordinaires, dont la propre vulnérabilité est généralement à la mesure de la dépendance de celles et ceux qu'ils aident au quotidien ? Ou assistons-nous aux prémisses d'une politique qui amènerait non seulement à reconnaître de nouvelles compétences aux familles sur le plan socio-sanitaire, mais aussi à inventer une gouvernance adaptée à cette dimension informelle des soins et de la solidarité » ?

www.lemonde.fr, 4 octobre 2010.

Doit-on craindre une politique du care ? (2)

Pour Hugues Joublin, « le chemin est étroit pour une véritable politique du care qui se trouve bordée d'un double risque : celui d'une forme de démission de l'Etat vis-à-vis de ses responsabilités de solidarité collective et celui d'une intrusion normative dans l'une des dernières enclaves de résistance à la marchandisation – la solidarité de proximité. Reconnaître l'activité indispensable de soutien, d'attention, de bienveillance des aidants vis-à-vis de leurs proches, c'est accepter de considérer la fragilité et les besoins considérables de plus de trois millions de concitoyens. C'est surtout engager l'Etat dans une forme de responsabilité nouvelle vis-à-vis de celles et ceux qui suppléent jusqu'à présent aux limites de la solidarité collective. L'antithèse de l'Etat providence ne tient-elle pas dans cette responsabilité polymorphe, spontanée, individuelle, qui s'organise chaque fois que le collectif ne sait pas répondre ? » Hugues Joublin admet qu’en créant les conditions d'un dialogue, en reconnaissant l'utilité des associations sur le terrain, en appelant à l'échange de bonnes pratiques, « la première journée nationale dédiée aux proches des personnes dépendantes évite en partie l'écueil d'une pensée unique idéologique. Mais elle soulève des questions de pérennité : comment soutenir au long cours une dynamique informelle, indispensable et tellement fragile » ?

www.lemonde.fr, 4 octobre 2010.

Réduction du déficit : niches fiscales et sociales

François Baroin, ministre du Budget et des Comptes publics, et Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de l’industrie et de l’emploi, ont présenté le 29 septembre les grandes lignes du projet de loi de finances (PLF) pour 2011. « Construit dans un contexte de reprise économique »le budget 2011 « poursuit la stratégie de maîtrise des déficits tout en accompagnant la reprise de l'activité ». La France souhaite réduire le déficit de 7.7% du produit intérieur brut (PIB) en 2010 à 6% en 2011 pour répondre aux exigences de Bruxelles. A terme, le déficit français devrait être ramené à 3% du PIB d'ici à 2013, selon le plafond fixé par les traités européens, puis à 2% en 2014. Certains analystes financiers estiment ces objectifs optimistes, compte tenu des incertitudes sur la reprise de la croissance économique. Les moyens pour parvenir à cette réduction du déficit sont multiples : gel pour trois ans des dotations de l’Etat aux collectivités locales, comprenant notamment la compensation du transfert de charge pour les prestations de solidarité, la réduction des crédits d’intervention des ministères, réduction des effectifs de fonctionnaires, « rabotage » des niches fiscales… Pour préserver le secteur de l'aide à domicile, actuellement en crise, et plus généralement celui des services à la personne, le PLF 2011 comprend, comme prévu, la suppression de certaines niches sociales (exonération de 15 points pour les particuliers employeurs et exonérations spécifiques sur les organismes prestataires) ; en contrepartie, il maintient l’avantage fiscal de 50% sur l’impôt sur le revenu qui bénéficie à tous les ménages qui recourent aux services à la personne.

Actualités sociales hebdomadaires, Crédit Agricole Eco-News, Les Echos, 30 septembre 2010. www.agevillagepro.com, 4 octobre 2010.

Projet de Loi de financement de la sécurité sociale 2011

Le projet de Loi de financement de la sécurité sociale 2011 vise à réduire le déséquilibre des comptes du régime général à 21.4 milliards d’euros, contre 28.6 prévus pour 2010 par la Commission des comptes de la sécurité sociale. Cette réduction passera par une limitation des dépenses, qui comprend notamment une limitation du taux d’évolution de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) à 2.9 % en 2011 et à 3.8 % pour le secteur médico-social, des déremboursements à hauteur de huit-cent-soixante millions d’euros sur des médicaments, des dispositifs médicaux et certains actes professionnels, un transfert de prise en charge entre l’assurance maladie obligatoire vers les complémentaires santé pour un montant de trois-cent-trente millions d’euros.

www.agevillagepro.com, 4 octobre 2010.

Risque dépendance : l’assurance privée (1)

Nora Berra, secrétaire d’Etat aux Aînés, réunira les acteurs du secteur, après la réforme des retraites. Différentes hypothèses de financement seront proposées à partir de trois paramètres : la solidarité nationale, la solidarité familiale et le recours à l’assurance.

Les assureurs mutualistes, représentés par le GEMA (Groupement des entreprises mutuelles d'assurances), proposent une garantie dépendance intégrée à la complémentaire santé, ce qui permettrait d’inclure les jeunes dans la mutualisation des risques », suivant l’esprit du produit proposé par la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN) dans le cadre de sa garantie santé depuis janvier 2010. « Pour avoir la garantie d’une rente mensuelle de cinq cents euros par mois en cas de dépendance, cela représenterait un surcoût de dix à vingt euros par mois », calcule le GEMA. Mais les garanties annuelles et non viagères des mutuelles de fonctionnaires ne donnent pas « droit à dépendance dans le futur » et ne sont pas transférables. Seront-elles homologuées dans le futur cahier des charges ? Une concertation va être ouverte avec la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) à ce sujet. Pour Gérard Andreck, président du GEMA et de la MACIF, « le rapport Rosso-Debord [qui préconisait une cotisation dépendance supplémentaire souscrite auprès d’un assureur privé après l’âge de cinquante ans] est uniquement limité aux personnes âgées et n’aborde pas toutes les questions relatives à la dépendance ». Ce rapport inquiète les mutuelles : « la suppression de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) n’est pas une solution stable et nous paraît être une mauvaise idée. Le sujet de la dépendance a trop tardé et les incertitudes empêchent les assureurs de proposer des dispositifs ».

www.travail-solidarite.gouv.fr, www.agevillagepro.com, 27 septembre 2010. pro.news-assurances.com, 3 octobre 2010. www.viva.presse.fr, 4 octobre 2010. www.lesechos.fr, 24 septembre 2010.

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