Médicaments spécifiques : vers un déremboursement ? (1)

« Alzheimer : les produits prescrits ne sont pas utiles », titre Éric Favereau, de Libération. « Sanction terrible, sans appel » : le service médical rendu est « insuffisant pour être pris en charge par la solidarité nationale ». « Alzheimer, les médicaments disqualifiés », titre Solveig Godeluck, des Échos. La commission de la Transparence, en charge de l’évaluation des médicaments au sein de la Haute Autorité de santé (HAS), a rendu son avis : « pour ces experts, les quatre médicaments à visée symptomatique, encore largement prescrits contre la maladie d’Alzheimer ne servent à rien. C’est maintenant à la ministre de la Santé d’acter leur avis, et de retirer ces produits de la liste des traitements remboursables. » « Pourquoi Marisol Touraine ne dérembourse-t-elle pas les médicaments inefficaces et coûteux ? Pourquoi cette affaire n’a-t-elle jamais pris la dimension d’un scandale sanitaire ? » s’interroge le Dr Jean-Yves Nau, sur son blog Journalisme et santé publique. L’Assurance maladie débourserait chaque année « plus de trois cents millions d’euros, près de cinq milliards au total, sans bénéfices mais avec des risques pour les malades, car s’ils ne sont plus apparemment remboursés qu’à 15%, ces médicaments le sont à 100% dès lors qu’ils sont prescrits à une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. »

Médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer : vers un déremboursement ? (2)

« En 2011, la commission de la Transparence avait déjà pointé l’efficacité limitée de ces médicaments, mais maintenu alors leur remboursement en notant que leur prescription préservait le lien thérapeutique avec le patient. Où est le changement ? », s’interroge Eric Favereau. « Le ministre de la Santé et le gouvernement redoutaient-ils alors les possibles conséquences d’une telle mesure dans l’entourage des malades et dans l’opinion publique ? La gauche au pouvoir n’a rien modifié à cette incohérence », fustige Jean-Yves Nau. « Nous avons porté un regard plus rigoureux sur ces médicaments », répond le Pr Saint-Jean. « Et surtout, un des éléments nouveaux est qu’aujourd’hui nous avons des aides non pharmacologiques. Nous disposons d’une autre prise en charge crédible. Je rappelle aussi qu’en 2011 le vote au sein de la commission avait été très serré, à une voix près. Quant à l’argument qui était de maintenir ces médicaments car ils maintenaient un lien thérapeutique avec le patient, cela renvoie à une approche archaïque. C’est de la médecine à l’ancienne. De plus, il n’a jamais été montré que ces médicaments apportaient le moindre bénéfice dans la vraie vie des patients. Pire, une vaste étude [à Montpellier, Bordeaux, Dijon] qui a suivi plus de dix mille personnes en France, montre des résultats déroutants. Certes, il y a des biais méthodologiques, mais les personnes qui sont passées par les consultations mémoire et qui ont reçu des médicaments ont un plus mauvais pronostic et vont plus souvent que les autres en EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). »

Médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer : vers un déremboursement ? (3)

« Pourquoi ce constat de l’inutilité de ces médicaments a-t-il pris tant de temps avant d’être adopté ? », questionne Éric Favereau. « La France n’est pas à part. Les autorités sanitaires dans tous les pays ont traîné », rappelle le Pr Saint-Jean. La première tentative de déremboursement a été faite en 2007 en Grande-Bretagne, mais elle a été cassée par la justice car attaquée par les firmes qui ont réussi à mettre en doute la méthodologie utilisée. Les Allemands ont essayé, les Canadiens aussi. Tous les documents scientifiques pointaient la non-efficacité, mais rien n’y a fait. Il y avait une sorte d’impossibilité symbolique à dire que l’on n’avait pas de médicament contre la maladie d’Alzheimer. Dans les autres pays, les médicaments sont encore remboursés. Si la ministre suit notre avis, on sera le premier pays au monde à le faire, le premier à dire que le roi est nu. »

Plan maladies neurodégénératives : retard au démarrage

« Déficit de pilotage, inertie, complexité, déclinaison régionale qui se fait attendre… » : « les deux premières années du plan Maladies neurodégénératives (PMND) ont été source de mécontentement de la part des associations. Elles reprochent notamment qu’il ait fallu près de deux ans pour structurer un plan qui n’en dure que cinq. Qu’est-ce qui explique ce retard au démarrage ? », s’interroge Raphaëlle Murigneux, des Échos. Pour le Pr Joël Ankri, rapporteur de l’évaluation du troisième plan Alzheimer (2008-2012), le système de gouvernance décentralisé au niveau des régions a nécessité deux circulaires, en septembre 2015 et janvier 2016, pour finaliser cette organisation « qui n’existait pas auparavant. La réforme des régions, la mise en place de la loi santé et de la loi d’adaptation de la société au vieillissement ont en partie retardé cette mise en place. La structuration administrative de l’équipe projet s’est également modifiée au cours de la première année. » France Alzheimer appelle à accélérer la mise en œuvre du plan.

www.agevillagepro.com, 20 septembre 2016. France Alzheimer et maladies apparentées. Contact, octobre 2016.

Plan national Maladies neurodégénératives 2014-2019 : l’égalité face au diagnostic

« La finalisation du maillage territorial en centre experts des trois grandes maladies du plan [maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, sclérose en plaques], enjeu majeur pour renforcer l’égalité territoriale face au diagnostic, est l’un des acquis importants », écrit le Pr Joël Ankri, vice-président du comité de suivi du lan. « Ces centres participent à la fluidité des parcours de soins personnalisés des patients en favorisant l’accès à un diagnostic précoce, en particulier dans des situations complexes. Ils proposent une offre de soins diversifiée, en coopération avec l’offre libérale et hospitalière de proximité, ils contribuent à améliorer la diffusion des connaissances auprès des professionnels et des malades, et à rendre plus lisible l’offre de soins. »

Ankri J. Le plan national Maladies neurodégénératives 2014-2019. Rev Geriatr 2016 ; 41(7) : 337-388. Septembre 2016.  www.revuedegeriatrie.fr (texte intégral).  

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