Quelle politique de l’autonomie ?

Dans son discours du 12 juin au Conseil économique, social et environnemental (CESE), le président de la République a placé l’enjeu « de justice sociale et de solidarité entre les générations » au sein des cinq enjeux majeurs qui attendent la France (les quatre autres étant la compétitivité économique, la transition énergétique, la formation et l’éducation, l’égalité entre les territoires). François Hollande reconnaît le large travail accompli sur le vieillissement et la dépendance. Au chapitre de la solidarité, il indique qu’ « il faudra changer les modes de financement : tout ne relève pas des financements publics », citant la mobilisation de l’épargne, celle du système bancaire, les ressources locales ainsi qu’une réforme fiscale : « il faut réfléchir, et décider d’une modification du mode de financement de la protection sociale, qui ne peut pas peser sur le seul travail ».

EHPA Newsletter, 14 juin 2012.

Nouveau gouvernement : réactions

L’absence de ministre délégué chargé de la santé est perçu par les syndicats médicaux comme un message positif : « le dossier santé, c’est elle qui le gère, en direct ». Les attributions des ministères délégués font débat. Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage, s’interroge : « pourquoi avoir séparé les enjeux des « personnes âgées et de la dépendance » et ceux des personnes handicapées ? Pourquoi confondre personnes âgées et dépendance ? » Le SYNERPA (Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées), au contraire, salue en Marisol Touraine et Michèle Delaunay la nomination d’un « duo particulièrement expérimenté en matière d’affaires sociales, de santé et de grand âge », et espère « qu’une politique volontariste en faveur des personnes âgées en perte d’autonomie et des professionnels qui les accompagnent saura être mis en œuvre. « Réunir sous l’égide d’un même ministère les secteurs sanitaire, médico-social et médecine de ville est déjà pour le SYNERPA un premier gage d’efficacité à l’heure où s’engagent, nationalement et régionalement, des travaux d’envergure sur le parcours de soins global de la personne âgée », estime le syndicat. Pour Luc Broussy, directeur de la publication d’EHPA Presse, Marisol Touraine aura « tous les leviers pour mener une véritable réflexion transversale entre le sanitaire et le médico-social », et le duo qu’elle forme avec Michèle Delaunay « sonne le retour de la politique »,  avec un cahier des charges : « politique ambitieuse d’aide à domicile, relance de la concertation et du dialogue avec les acteurs professionnels, et préparation d’une grande loi-cadre d’anticipation de la France à son vieillissement. Le tout dans un cadre budgétaire terriblement contraint ». Cependant, « voilà le terme, honni par certains, de dépendance, apparaître pour la première fois dans un organigramme gouvernemental », poursuit-il.

Annuaire Sécu, 27 mai 2012. www.agevillagepro.com, 22 mai 2012. www.marianne2.fr, 19 mai 2012.

Le financement de la perte d’autonomie

Pour Manuel Plisson, chercheur à l’Université Paris-Dauphine, membre de la chaire Transitions démographiques, transitions économiques et lauréat du prix de thèse 2011 de la Fondation Médéric Alzheimer, « dans un contexte de finances publiques restreintes, il faut concentrer l’aide sur ceux qui en ont le plus besoin. Le plafond de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) pour le GIR 1 (groupe iso-ressource des personnes les plus dépendantes) devrait être relevé, quitte à donner un peu moins aux GIR 4 (personnes moyennement dépendantes). On devrait également davantage conditionner le niveau de l’APA versée au montant de revenu et de patrimoine », afin de « mettre la priorité sur les pauvres très dépendants plutôt que sur les moins pauvres moins dépendants ». En termes de financement, Manuel Plisson estime qu’ « il faut éviter de faire porter l’essentiel du financement de la dépendance par les jeunes actifs via les cotisations sociales. Cette solution aurait pour effet de renchérir le coût du travail. Quant à une éventuelle assurance dépendance obligatoire, ce serait pour Manuel Plisson « une solution intéressante, à condition que l’Etat subventionne les plus démunis. C’est une bonne manière de solvabiiliser la demande et inciter ainsi les industriels à investir le marché de la production de soins ».

www.agevillagepro.com, 4 juin 2012.

Aide aux aidants : comparaison des politiques en Europe (1)

Pour Michel Naiditch, économiste de la santé à l’IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé), les aidants sont une ressource en voie de raréfaction. La délivrance de l’aide et l’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie, bien que différant d’un pays européen à l’autre, ont un point commun : les aidants (familiaux ou proches) y occupent une place prépondérante. S’assurer de façon pérenne de leur présence constitue un enjeu majeur : ils contribuent en effet à atténuer le montant du financement de la dépendance. La mise en place d’une politique d’aide aux aidants en Europe est donc considérée comme une des composantes essentielles de la politique de prise en charge des personnes âgées dépendantes. Dans le cadre du programme de recherche européen Interlinks, un groupe de travail s’est interrogé sur la possibilité d’isoler et de décrire un ensemble de mesures qui dessinerait l’ossature d’une politique spécifique « d’aide aux aidants ». Comment évaluer l’impact de cette politique sur ses destinataires ? Comment juger de sa capacité à s’intégrer de façon synergique à celle destinée aux personnes âgées en perte d’autonomie ? Afin de répondre à ces questions, un cadre conceptuel a été élaboré. Il a abouti à une classification originale des différents types de mesures de support à partir de critères dont le principal distingue les mesures dites spécifiques, ciblant uniquement les aidants, de celles dites non spécifiques, visant simultanément aidants et aidés. Les premiers résultats montrent qu’à l’exception des pays scandinaves et des Pays-Bas, il n’y a pas de véritable politique d’aide aux aidants répondant aux besoins et attentes des aidants tout en s’insérant dans la politique globale d’aide aux personnes âgées en perte d’autonomie.

Naiditch M. Comment pérenniser une ressource en voie de raréfaction ? Enseignements d’une comparaison des politiques d’aide aux aidants des personnes âgées dépendantes en Europe. IRDES. Questions d’économie de la santé 176. Mai 2012. www.irdes.fr/Publications/2012/Qes176.pdf(texte intégral).

Aide aux aidants : comparaison des politiques en Europe (2)

Erika Schulz, de l’Institut allemand de recherche économique (deutsches Institut für Wirtschaftsforschung) à Berlin, publie une étude comparative des systèmes d’aide formelle et informelle dans les pays de l’Union européenne, distinguant quatre groupes de pays. Le premier groupe (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suède, Danemark) dispose d’un degré élevé d’organisation de l’aide et d’allocations financières ; le second groupe (Autriche, Angleterre, Espagne, Lithuanie, Italie, Finlande, Slovénie) d’un niveau moyen d’organisation et d’allocations ; les deux derniers groupes (pays de l’Europe de l’Est) ont un faible niveau d’allocations et un degré plus ou moins élevé d’organisation de l’aide. La part des dépenses d’aide à la charge des familles varie de 10% à 38% selon les pays, la France se situant à 30%.

Schulz E. Das deutsche Pflegesystem ist im EU-Vergleich unterdurchschnittlich finanziert. DIW Wochenbericht 2012 ; 13: 10-16. www.diw.de/documents/publikationen/73/  (texte intégral en allemand)

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