Réhabilitation : revalidation cognitive (1)

Apprendre ou réapprendre est possible, dans les premiers stades de la maladie, et uniquement si le contenu est précis et limité, selon Anne Jacquemin, du centre de validation neuropsychologique de la clinique de la mémoire des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles (Belgique). L'écoute de la personne malade permet de déterminer avec elle un objectif pertinent et réalisable. La revalidation cognitive chez la personne atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre démence repose sur deux grands principes : identifier les capacités altérées et préservées, et établir un contrat thérapeutique plaçant la personne malade au centre de sa prise en charge. Les stratégies utilisées (facilitation, réapprentissage ou utilisation d'aides externes) dépendent de cette analyse et sont des outils au service de la personne malade pour améliorer sa qualité de vie. De cette manière, elle peut poursuivre des activités qui lui sont chères, voire, dans certains cas, reprendre des activités abandonnées. La revalidation doit être individualisée avec des objectifs qui varient au cours de l'évolution de sa maladie. La revalidation en ambulatoire rend certains objectifs difficiles à atteindre (jardiner, cuisiner) : le centre de jour est alors plus adapté. « Le patient dément reste un individu : le monde médical et notre société doivent continuer à le voir comme tel », conclut Anne Jacquemin.

Psychol Neuropsychiatr Vieil. Jacquemin A. Stratégies et méthodes de prise en charge cognitive chez des patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou autre démence. Décembre 2009.

Réhabilitation : récupération espacée (2)

Jérôme Erkes et Stéphane Raffard, du CHU de Montpellier, et Thierry Meulemans, de l'unité de neuropsychologie de l'Université de Liège (Belgique), publient une revue sur la récupération espacée, une technique permettant l'apprentissage et la mémorisation d'informations et de comportements chez des personnes atteintes de démence, en vue de diminuer l'impact des troubles. L'efficacité de cette méthode, y compris aux stades sévères, serait liée à l'utilisation optimisée des capacités préservées de mémoire implicite : chaque présentation de l'information engendre un effet d'amorçage facilitant la réactivation (implicite) ultérieure de cette information, et donc son rappel. Répétés régulièrement, ces amorçages permettent une mémorisation à long terme de l'information. L'intérêt de la récupération espacée vient de sa facilité d'application concrète dans des contextes cliniques de vie quotidienne, y compris par des non-spécialistes préalablement formés.

Psychol Neuropsychiatr Vieil. Erkes J et al. Utilisation de la technique de récupération espacée dans la prise en charge des patients atteints de maladie d'Alzheimer ; revue critique et applications cliniques. Décembre 2009.

Gestion de cas

Dominique Somme et ses collègues du service de gériatrie de l'hôpital européen Georges-Pompidou de Paris, en collaboration avec l'Institut universitaire de gériatrie et la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke (Québec), publient une revue de la littérature sur l'efficacité de la gestion de cas (case management) dans la maladie d'Alzheimer, à travers la définition des concepts et leur impact rapporté dans des essais randomisés et contrôlés. Les auteurs notent d'importantes différences dans les études concernant l'étendue de l'intégration de la prise en charge (soins aigus et chroniques, secteurs sanitaires et sociaux, secteur institutionnel ou libéral, avec leurs modes de financement spécifiques). Selon les preuves scientifiques disponibles, la gestion de cas est de nature à améliorer la qualité des soins et la qualité de vie de la personne malade et des aidants. Les conditions de l'efficacité (modulateurs) sont un ciblage adéquat des personnes (la population-cible), un niveau suffisant d'intégration des services et une intensité suffisante de la gestion de cas. Les programmes les plus complets et les plus intensifs ont un effet sur la prévention de la perte d'autonomie, voire sur la mortalité, sans surcoût apparent. Les effets de la gestion de cas sur l'hospitalisation ou l'entrée en établissement d'hébergement sont actuellement hypothétiques.

Psychol Neuropsychiatr Vieil. Somme D et al. Niveau de preuve de la gestion de cas dans la maladie d'Alzheimer : revue de la littérature. Décembre 2009.

Thérapie familiale systémique : revaloriser la personne malade et l'aidant

Pour Inge Cantegreil-Kallen et Anne-Sophie Rigaud, du service de gérontologie clinique de l'hôpital Broca de Paris, la thérapie familiale systémique est encore peu répandue en gérontologie et rarissime dans le domaine de la maladie d'Alzheimer. Cette méthode est proposée aux familles par l'hôpital Broca depuis 2006. La survenue de la maladie d'Alzheimer favorise l'installation d'une communication paradoxale au sein de la famille, centrée sur la contradiction entre le besoin d'aide et le refus de l'aide proposée, traduisant de façon implicite le sentiment de non reconnaissance éprouvé par l'aidant principal et formant un obstacle à la mise en place d'aides médico-sociales à domicile. L'approche systémique permet d'analyser les retombées de la maladie sur l'organisation structurelle et fonctionnelle du système familial. La thérapie familiale systémique vise à rétablir la communication au sein de la famille, à l'aide d'une concertation collective sur la mise en place d'une prise en charge du parent malade. Le premier objectif est d'instaurer le débat sur la prise en charge, le second objectif est la reconquête du statut de sujet par la personne malade. La thérapie familiale systémique est une approche complémentaire des autres interventions psychosociales, surtout en amont de la prise en charge et en cas de crise, expliquent les auteurs. Est-ce une méthode efficace ? Avec le soutien de la Fondation Médéric Alzheimer, l'équipe a lancé une évaluation utilisant le questionnaire du sentiment de compétence de Myrra Vernooij-Dassen (Université Radboud de Nimègue, Pays-Bas) qui mesure, en plus des conséquences de la maladie sur la vie personnelle de l'aidant, le sentiment de satisfaction en tant que personne soignante principale et de satisfaction procurée par le malade à l'aidant. Il en résulterait une augmentation de l'estime de soi pour l'aidant, qui se traduit par le sentiment d'être plus compétent.

Psychol Neuropsychiatr Vieil. Cantegreil-Kallen I et Rigaud AS. La thérapie familiale systémique dans le cadre de la maladie d'Alzheimer : approche théorique et pratique. Décembre 2009. Clin Prat Epidemiol Ment Health. Jansen A et al. Sense of competence questionnaire among informal caregivers of older adults with dementia symptoms : a psychometric evaluation. Juillet 2007.

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