Echec des essais cliniques dans la maladie d’Alzheimer : comprendre la situation (1)

Les laboratoires pharmaceutiques Johnson & Johnson, GlaxoSmithKline, AstraZeneca, Sanofi-Aventis et Abbott partageront leurs données concernant onze essais cliniques ayant échoué dans le domaine de la maladie d’Alzheimer et rendront ces données publiques. Les industriels espèrent que la taille de cette base de données aidera à clarifier certaines questions auxquels des essais de petite taille ne permettent pas de répondre, notamment en termes de progression de la maladie et de différences entre sous-groupes de population. Les essais cliniques ont-ils échoué parce que les molécules sont inefficaces ou parce que la conception des essais ne permettait pas de démontrer cette efficacité ? Ray Woosley, directeur du Critical Path Institute, qui supervise la Coalition against major Diseases, à l’origine de ce projet soutenu par la Food and Drug Administration (FDA) et la Fondation des sciences de l’Arizona, explique : « les laboratoires disent qu’ils vont dans le mur avec les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Nous pensons réellement que les médicaments échouent parce qu’honnêtement, nous ne comprenons pas la maladie ». Frank Casty, vice-président d’Astra-Zeneca, ajoute : « l’innovation n’a plus lieu dans les murs d’un seul laboratoire. Elle est rendue possible par l’interaction constante entre les scientifiques de l’industrie biomédicale, les défenseurs des droits des patients, la recherche académique et le gouvernement ». Pour les autorités d’enregistrement, il s’agit de contrer les critiques selon lesquelles la FDA privilégierait trop la sécurité des patients par rapport à la compréhension des mécanismes d’action des médicaments, ce qui ralentirait le développement des molécules.

Wall Street Journal, 11 juin 2010.

Echec des essais cliniques dans la maladie d’Alzheimer : agit-on trop tard ? (2)

Plusieurs essais cliniques négatifs de molécules censées modifier la progression de la maladie d’Alzheimer ont accru le pessimisme quant aux perspectives de traitement. Pour le Professeur Paul Aisen, du service de neurosciences de l’Université de Californie à San Diego (Etats-Unis), l’efficacité limitée de ces molécules est attribuable, en partie, au degré avancé de neurodégénérescence présent à la survenue de la maladie. Pour optimiser les chances de succès, il estime essentiel de développer la méthodologie permettant de tester ces traitements potentiels à un stade précoce de la maladie, lorsque l’action sur les mécanismes physiopathologiques peut apporter des bénéfices cliniques importants. Pour le professeur Lon Schneider, de l’Université de Californie du Sud à Los Angeles, les essais au stade prodromal (avant-coureur) de la maladie devraient être entrepris lorsque les modes d’action de la molécule et la réponse observée suggèrent que la molécule en développement a des chances d’être efficace aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer, avec des effets cliniques pouvant être attendus sous des délais relativement courts. Selon lui, les biomarqueurs devraient être utilisés comme variables de stratification (distinguant les différents stades de la maladie) ou comme variables explicatives des résultats cliniques, plutôt que comme critères d’inclusion ou d’exclusion des participants à l’essai, pour éviter les biais de sélection des malades (pseudo-spécificité).

J Nutr Health Aging. Aisen PS. Pre-dementia Alzheimer’s trials: overview. Avril 2010. J Nutr Health Aging. Schneider LS. The potential and limits for clinical trials for early Alzheimer’s disease and some recommendations. Avril 2010. 

Impact potentiel d’un hypothétique traitement

En l’absence de médicaments capables de modifier la progression de la maladie d’Alzheimer, les coûts totaux cumulés de prise en charge pourraient atteindre vingt mille milliards de dollars (seize mille milliards d’euros) en 2050. L’Association Alzheimer américaine publie un modèle économique réalisé par le cabinet d’études Lewin Group, décrivant la trajectoire actuelle de développement de la démence et deux trajectoires alternatives, hypothétiques, dans lesquelles des avancées scientifiques déboucheraient sur un traitement probant en 2015 (immunothérapie, association de médicaments ou modification des styles de vie), soit en retardant la survenue des symptômes, soit en ralentissant leur progression. Par rapport à l’évolution actuelle, retarder la survenue de la démence chez les Américains de soixante-cinq ans et plus diminuerait de 13.5 à 7.7 millions le nombre de personnes malades (-43%), et réduirait de quatre cent quarante-sept milliards de dollars les coûts totaux cumulés de prise en charge aux Etats-Unis pour l’ensemble des payeurs (-41%). Un traitement qui ralentirait la progression de la maladie conduirait à une augmentation du nombre de personnes malades, de 13.5 à 15.0 millions (+11%). La proportion de personnes au stade léger passerait de 23% à 59%, au stade modéré de 29% à 33% et au stade sévère de 48% à 8%. Les coûts totaux cumulés de prise en charge seraient réduits d’environ deux cents milliards de dollars par an (160 milliards d’euros) pour l’ensemble des payeurs (-18%). Pour l’association Alzheimer américaine, changer la trajectoire de la maladie ne peut passer que par un investissement massif dans la recherche biomédicale. « Ces projections du vieillissement rapide de la population et de l’augmentation spectaculaire du nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer dans les années à venir devraient accélérer l’action gouvernementale. Compte tenu de la magnitude et de l’impact de cette maladie, la réponse du gouvernement à cette crise émergente a été étonnamment négligente (stunningly neglectful) », selon Harry Johns, président de l’Association Alzheimer.

www.alz.org, www.reuters.com, Alzheimer’s Association. Changing the Trajectory of Alzheimer’s Disease : a National Imperative. 19 mai 2010. 

DHEA

Le service de médecine gériatrique de la Faculté de médecine Kyorin de Tokyo (Japon) a mené un essai comparant les effets de la DHEA (déhydroépiandrostérone) sur la fonction cognitive et la capacité à réaliser les activités de base de la vie quotidienne (ADL) chez vingt-sept femmes âgées de soixante-cinq à quatre-vingt-dix ans, présentant un déficit cognitif léger à modéré, par rapport à un groupe témoin de quinze personnes ne recevant pas le supplément alimentaire. Chez les personnes traitées par la DHEA à six mois, les chercheurs observent une augmentation des scores cognitifs aux tests MMSE (mini-mental state examination) et d’Hasegawa (HDS-R, Hasegawa Dementia Scale-Revised) et un maintien des capacités fonctionnelles, et une détérioration des capacités cognitives et fonctionnelles chez les personnes non traitées. L’amélioration des fonctions cognitives concerne la fluence verbale.

Geriatr Gerontol Int. Yamada S et al. Effects of dehydroepiandrosterone supplementation on cognitive function and activities of daily living in older women with mild to moderate cognitive impairment. 17 mai 2010.

Phytothérapie

Une enquête du Congrès américain sur les compléments alimentaires (dietary supplements) à base de plantes a identifié un produit contenant du Gingko biloba présenté de façon mensongère comme un traitement de la maladie d’Alzheimer. Un projet de loi, qui devrait être présenté au Sénat en juin, devrait rendre obligatoire l’enregistrement des compléments alimentaires auprès des autorités sanitaires.

New York Times, 25 mai 2010.

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