Répondre aux besoins psychologiques : les interactions entre le personnel et les résidents

Une étude menée par l’équipe d’Anne-Margriet Pot, de l’Institut néerlandais de santé mentale et de l’addiction d’Utrecht (Pays-Bas), a utilisé le questionnaire de soins infirmiers centrés sur la personne Dementia Care Mapping pour mesurer la qualité des interactions entre le personnel et les résidents susceptible de répondre aux besoins psychologiques des personnes malades ou d’y faire obstacle. Une centaine d’interactions ont été observées. Pour améliorer le bien-être des résidents, il est important d’accroître les interactions qui répondent aux besoins d’attachement, d’identité et d’inclusion, et d’éliminer les interactions susceptibles de « miner » les besoins de confort des personnes malades. À plus long terme, le bien-être des résidents peut être amélioré si le personnel se saisit des opportunités de mettre les résidents en capacité et de leur faciliter la vie.

Aux Etats-Unis, une étude menée par Jiska Cohen-Mansfield, auprès de quatre-vingt-neuf résidents de six maisons de retraite du Maryland, montre que les interventions pour réduire l’agitation de personnes atteintes de démence au stade sévère sont significativement moins efficaces lorsqu’il existe des obstacles liés au personnel (refus, interruptions) et lorsque les personnes malades ont mal.

Willemse BM et al. Staff-resident interactions in long-term care for people with dementia: the role of meeting psychological needs in achieving residents' well-being. Aging Ment Health, août 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25117793. Cohen-Mansfield J et al. Predictors of the impact of nonpharmacologic interventions for agitation in nursing home residents with advanced dementia. J Clin Psychiatry 2014 ; 75(7):e666-71. Juillet 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25093482.

Interventions psychosociales : une mise en œuvre délicate

Aux Pays-Bas, l’équipe de Rose-Marie Droës, du centre Alzheimer de l’Université libre d’Amsterdam, a défini des indicateurs importants pour introduire de façon efficace les interventions psychosociales dans l’accompagnement quotidien de la démence en maison de retraite. Une étude systématique de la littérature a identifié cinquante-quatre articles de bonne qualité méthodologique. Les phases d’adoption, de mise en œuvre et la maintenance des interventions sont des étapes critiques.

En Chine, des chercheurs du département du travail social de l’Université de Hong-Kong ont transposé au contexte local l’intervention combinée de soutien aux aidants REACH II (Resources for Enhancing Alzheimer’s Caregiver Health) développée par Richard Schulz à l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, Etats-Unis). C’est la première tentative de ce type. L’efficacité de l’intervention a été démontrée par une amélioration significative de la perceptionpar les aidants des aspects positifs de l’aide, la réduction des symptômes dépressifs, du fardeau subjectif, de l’ennui, des risques liés à l’aide, ainsi qu’une diminution des troubles du comportement chez les personnes malades. En termes de couverture et d’adoption, ce programme a été mis en œuvre par quatre-vingt-cinq professionnels de onze organisations à but non lucratif, dans dix-huit districts.  

Cheung KS et al. Multicomponent intervention on enhancing dementia caregiver well-being and reducing behavioral problems among Hong Kong Chinese: a translational study based on REACH II. Int J Geriatr Psychiatry, 12 juillet 2014. 

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25043378.

Boersma P et al. The art of successful implementation of psychosocial interventions in residential dementia care: a systematic review of the literature based on the RE-AIM framework. Int Psychogeriatr, 5 août 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25093383. 

Évaluation des approches non médicamenteuses

Jiska Cohen-Mansfield, du département de promotion de la santé à l’Université de Tel-Aviv (Israël) et du centre de recherche sur l’innovation dans le vieillissement à Silver Springs (Maryland, Etats-Unis) et des chercheurs américains et australiens, remettent en question les critères habituellement utilisés pour évaluer l’efficacité des interventions non médicamenteuses dans l’accompagnement de la démence. Les chercheurs ont évalué vingt-sept revues de la littérature sur le sujet. 46% de ces revues ne retiennent que les études menées de façon contrôlée et randomisée, avec des critères d’inclusion extrêmement stricts. Cette rigueur extrême a pour résultat « une faible utilisation de la littérature et une faible validité écologique. Éliminer la plupart des données disponibles pose un problème critique pour le développement de la recherche clinique. Les études respectant des critères méthodologiques stricts peuvent ne pas être généralisables à la population générale ou exclure des sous-populations ou des interventions. » Les auteurs posent les limites des essais contrôlés et randomisés [les patients répartis aléatoirement en deux groupes, un groupe expérimental recevant le traitement évalué et un groupe témoin recevant le traitement de référence ou un placebo, afin de comparer leurs résultats. Pour maintenir la comparabilité des deux groupes durant le suivi, on applique si possible le principe du double aveugle : le patient et l’équipe soignante sont tenus dans l’ignorance du traitement reçu. Le but est d'éviter que ces derniers changent leur comportement ou la prise en charge, en connaissant le traitement reçu, et influent sur l'évolution de la maladie.] J. Cohen-Mansfield et ses collègues proposent des solutions potentielles pour la conception des essais pour les interventions non médicamenteuses.

Cohen-Mansfield J et al. Expanded review criteria: the case of nonpharmacological interventions in dementia. J Alzheimers Dis 2014; 41(1): 15-28. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24577481. Validité méthodologique des essais thérapeutiques contrôlés et randomisés : tutoriel du Centre Cochrane français. http://tutoriel.fr.cochrane.org/fr/essai-th%C3%A9rapeutique, août 2014.

Interventions non médicamenteuses : quelle efficacité ?

Une étude menée par Jiska Cohen-Mansfield, du département de promotion de la santé à l’Université de Tel-Aviv (Israël), évalue l’efficacité d’interventions non médicamenteuses chez des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs. Une étude pilote contrôlée et randomisée en simple aveugle, menée auprès de quarante-quatre personnes âgées se plaignant de troubles de la mémoire, compare trois approches : la promotion de la santé, l’entraînement cognitif et un cours centré sur la participation. La fonction cognitive est évaluée de façon informatisée à l’aide de l’outil MindStreams, qui donne un score cognitif global. Les trois interventions améliorent significativement la fonction cognitive, et semblent réduire la solitude des participants. Les chercheurs recommandent des approches multiples chez les personnes âgées se plaignant de troubles de la mémoire, afin de répondre aux besoins d’une population hétérogène. Du matériel éducatif est nécessaire pour faire comprendre au grand public l’intérêt de ces approches multiples.

Cohen-Mansfield J et al. Interventions for older persons reporting memory difficulties: a randomized controlled pilot study. Int J Geriatr Psychiatry, 7 juillet 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25043482.

Usage et utilité des interventions non médicamenteuses (1)

Une autre étude exploratoire menée par Jiska Cohen-Mansfield auprès de quatre-vingt-neuf personnes atteintes de démence et vivant en maison de retraite, confirme l’importance du contact humain, du face-à-face, de la parole et du toucher. Les interventions les plus souvent utilisées, soit à titre d’essai, soit pour une thérapie, sont la relation sociale en face-à-face, les interventions sociales intermédiées (poupée, vidéo de répit), la discussion thématique à partir d’un magazine, et la stimulation sensorielle par la musique. Les interventions ayant le plus d’impact sont l’interaction en face-à-face, le massage des mains, la musique, la vidéo, l’accompagnement et le pliage de serviettes. D’autres actions à fort impact pour les personnes malades sont la marche, les sorties à l’extérieur, les arrangements floraux, la nourriture et la boisson, la couture, l’activité en groupe, la présentation de livres, le coloriage ou la peinture, et la vidéo de famille.

www.agevillagepro.com, 18 août 2014. Cohen-Mansfield J et al. The Use and Utility of Specific Nonpharmacological Interventions for Behavioral Symptoms in Dementia: An Exploratory Study. Am J Geriatr Psychiatry, 26 juin 2014.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25081819.

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