Plan Maladies neurodégénératives : recherche en sciences humaines et sociales

Le président du comité de pilotage de la recherche a réuni des experts identifiés par chacun des sept centres d’excellence, auxquels se sont joints la Fondation Médéric Alzheimer, la directrice scientifique de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et l’Espace national de réflexion éthique sur les maladies neurodégénératives (EREMAND). Cette réunion a permis de découvrir la richesse des travaux conduits, mais également le besoin de mieux coordonner les actions. Il a notamment été décidé de constituer un groupe d’experts pour identifier une stratégie de positionnement de la recherche en sciences humaines et sociales et de s’attacher à renforcer la lisibilité des travaux conduits.

Plan Maladies neuro-dégénératives. Flash Info, Mai 2017.

Enjeux du vieillissement cognitif : consultation nationale

La Fondation Médéric Alzheimer publie les résultats de la consultation nationale qu’elle a lancée en amont des Assises de la recherche et de l’innovation sociale pour relever le défi du vieillissement cognitif. Près de mille personnes (personnes en difficulté cognitive, chercheurs académiques, professionnels du soin et de l’accompagnement, aidants familiaux, bénévoles, membres d’associations) ont répondu à cette consultation sur les enjeux du vieillissement cognitif et les difficultés rencontrées pour mener, évaluer et déployer des recherches, études et expérimentations. Parmi les personnes interrogées, 76% rencontrent des difficultés pour évaluer l’impact des actions visant à améliorer l’accompagnement des personnes en difficulté cognitive et de leurs aidants ; 85% reconnaissent qu’il est difficile de déployer à large échelle les réponses et les savoirs qui ont fait la preuve de leur efficacité. Par ailleurs, 93% des professionnels du soin et de l’accompagnement souhaiteraient être davantage associés aux études sur le vieillissement cognitif, et 83 % d’entre eux voudraient que les chercheurs s’intéressent davantage aux réponses expérimentées sur le terrain. « Ces résultats confortent l’action de la Fondation Médéric Alzheimer (…) pour renforcer les synergies entre chercheurs académiques et acteurs de terrain », souligne Fabrice Gzil, responsable du pôle Soutien à la recherche et à l’innovation sociale de la Fondation Médéric Alzheimer. Pour Gérard Hermant, directeur de l’Institut supérieur de rééducation psychomotrice, membre du Haut Conseil des professions paramédicales, « la problématique du vieillissement cognitif est bien plus complexe et large que certains "vrais" chercheurs ne le disent. Cette consultation nationale met en évidence de très nombreux aspects vécus par les malades, leurs aidants et leurs soignants. Certains mots résonnent tout particulièrement. Stimuler, préserver, imaginer, créer, ressentir sont les bases d’un environnement favorable au maintien cognitif ». Pour Alice Casagrande, directrice de la formation et de la vie associative à la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs), « c’est une consultation unique en son genre, qui rapproche les univers du soin, de la recherche, de l’accompagnement, de la pédagogie autour d’un objectif partagé de faire progresser la citoyenneté réelle des plus fragiles. C’est un premier pas vers la prise de conscience partagée des enjeux. »

Fondation Médéric Alzheimer. Consultation nationale sur les enjeux du vieillissement cognitif. Et si on travaillait ensemble ? Juin 2017. www.assises-vieillissement-cognitif.com/consultation-nationale(texte intégral).www.silvereco.fr/decouvrez-les-resultats-de-la-consultation-nationale-sur-les-enjeux-du-vieillissement-cognitif/3181769, 19 juin 2017. 

Soins et maladie d’Alzheimer

C’est le titre d’un dossier que consacre Soins Gérontologie à l’organisation des soins non médicamenteux dans la maladie d’Alzheimer. « Même si les médicaments spécifiquement dédiés au traitement symptomatique sont actuellement remis en cause », écrit Tristan Cudennec, du service de médecine gériatrique de l’hôpital Ambroise-Paré à Boulogne-Billancourt (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), « il existe de nombreuses autres facettes de l’organisation du soin qu’il faut faire connaître dans ce domaine. » Muriel Stefanuto, directrice d’établissement, et ses collègues du groupe Korian, qui proposent une analyse croisée historique, linguistique, juridique et médicale des termes « démence » et « dément », soulignent les risques et les enjeux des choix terminologiques pour les personnes malades et les professionnels. Marie-Laure Lecat, infirmière, chargée de mission à l’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche Comté, et ses collègues, ont interrogé quant à eux neuf aidants ruraux ayant suivi une formation à la maladie d’Alzheimer. La formation est perçue comme un soutien efficace afin de sortir d’un certain isolement social. Le partage de savoirs expérientiels avec les pairs et le fait de rompre la solitude pour créer du lien sont décrits comme fondamentaux pour l’ensemble des aidants. Karine Auffret, ergothérapeute et Céline Jacolot, géronto-psychologue à l’unité Lec’h an envor (en breton : la route vers le souvenir) au pôle de psychiatrie du centre hospitalier de Quimperlé (Finistère), ont développé un programme de remédiation cognitive de dix séances pour des personnes atteintes de maladie neurodégénérative. D’abord en retrait, anxieuses, pessimistes, les personnes malades ont développé progressivement des relations interindividuelles, ont réduit leur agitation psychomotrice, se sont mises à sourire et à être joviales, avec présence et vigilance. Les bénéfices psychologiques sont nombreux : réassurance, confiance, exutoire d’une angoisse peu verbalisée, intérêt et plaisir. Compte-tenu de ces bénéfices socio-thymiques [qui a rapport au comportement extérieur de l’individu, à son affectivité], « il semble opportun de développer un nouveau groupe pour des patients âgés de plus de soixante-cinq ans, présentant une pathologie de l’humeur associée à une plainte cognitive. »

Cudennec T. Avant-propos. Organisation des soins non médicamenteux dans la maladie d’Alzheimer. Soins Gérontologie 2017 ; 22(125) : 11. Mai-juin 2017. www.em-consulte.com/article/1122432/article/organisation-des-soins-non-medicamenteux-dans-la-m. Stefanuto M et al. Maladie d’Alzheimer : l’importance du choix des mots. Soins Gérontologie 2017 ; 22(125) : 12-16. Mai-juin 2017. www.em-consulte.com/article/1122433/article/maladie-d-alzheimer-l-importance-du-choix-des-mots. Auffret K et Jacolot C. Bénéfices sociaux et thymiques d’un atelier de remédiation cognitive. Soins Gérontologie 2017 ; 22(125) : 23-26. Mai-juin 2017. www.em-consulte.com/article/1122435/article/benefices-sociaux-et-thymiques-d-un-atelier-de-rem

Les effets du jeu

« Les supports ludiques disponibles dans les unités Alzheimer sont très souvent mis à mal face aux compétences de plus en plus réduites des résidents. La peur de l’infantilisation, la difficulté à trouver des objets adaptés et le manque de formation des professionnels ne permettent pas de faire évoluer les supports dans le but de rendre les séances de jeu plus efficientes », écrit Cédric Gueyraud, doctorant en sciences de l’éducation à l’Université Lumière-Lyon-2. « Il est aussi parfois difficile de se dégager des représentations du jeu, considéré comme une activité futile et puérile. Par ailleurs, la volonté de soigner et de préserver les compétences des résidents détourne souvent le professionnel de l’objectif premier de l’activité ludique : le plaisir. » Une étude randomisée, coordonnée par le Pr Pierre Krolak-Salmon, responsable du centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR) de Lyon, a inclus cinquante-quatre personnes, âgées en moyenne de quatre-vingt-six ans et vivant dans six unités Alzheimer du groupe Korian. Par rapport au groupe témoin, les chercheurs observent une amélioration significative de la qualité de vie (échelle ADQRL, spécifique de la maladie d’Alzheimer), des troubles du comportement de chaque résident jugés les plus gênants selon les soignants (score de 1 à 10), et du bien-être (échelle EVIBE, avec auto-évaluation par le résident s’il en est capable ou sinon par un psychologue). « Le cadre ludique semble permettre une amélioration de la communication non verbale et offre un espoir d’amélioration de leur qualité de vie », écrivent les auteurs, « et favoriserait un accompagnement de la résilience du sujet âgé atteint de maladie d’Alzheimer. » Cédric Gueyraud est lauréat d’une bourse doctorale de la Fondation Médéric Alzheimer.

Par rapport à une stimulation cognitive conventionnelle, la stimulation cognitive par des activités ludiques diminue la plainte mnésique et améliore les capacités de stockage et de mise à jour de la mémoire de travail [capacité à retenir des informations pendant quelques secondes ou quelques minutes] et la vitesse de traitement des informations, montrent Élisabeth Grimaud et ses collègues, du centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage de l’Université François-Rabelais de Tours et de l’Université de Poitiers, (UMR-CNRS 7295), dans une étude portant sur soixante-sept personnes âgées de plus de soixante ans.

Gueyraud C. Démence et thérapeutique non médicamenteuse : efficacité du cadre ludique. Soins Gérontologie 2017 ; 22(125) : 23-26. Mai-juin 2017. http://www.em-consulte.com/article/1122436/article/demence-et-therapeutique-non-medicamenteuse-effica. Grimaud E et al. Stimulation cognitive chez les adultes âgés : comparaison d’une méthode de stimulation par les activités de loisirs et d’une méthode de stimulation conventionnelle. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2017 ; 15(2) : 214-223. www.jle.com/fr/revues/gpn/e-docs/stimulation_cognitive_chez_les_adultes_ages_comparaison_dune_methode_de_stimulation_par_les_activites_de_loisirs_et_dune_methode_de_stimulation_conventionnelle_309853/article.phtml.

Les effets de la musique sur l’agitation

« L’agitation est un problème fréquent chez les personnes atteintes de démence, avec des comportements comprenant actes répétitifs, impatience, déambulation et agressivité », écrivent les Norvégiens Siv Pedersen et ses collègues, du département de psychologie de l’Université des sciences appliquées de Lillehammer et du centre de neurosciences cliniques de l’hôpital universitaire d’Oslo. « L’agitation réduit la probabilité d’une interaction sociale positive et accroît le fardeau psychologique et organisationnel des soignants. » Les chercheurs proposent une méta-analyse des effets de la musique sur l’agitation des personnes malades. Douze études sont de qualité méthodologique acceptable. La musique a un effet global modéré significatif et robuste sur l’agitation des personnes atteintes de démence, ce qui suggère que les interventions médicales sont pertinentes sur un plan clinique. Le faible nombre d’études ne permet pas de savoir quel type de musique est le plus efficace.

Pedersen SKA et al. Effects of Music on Agitation in Dementia: A Meta-Analysis. Front Psychol 2017; 8:742. doi: 10.3389/fpsyg.2017.00742. 16 mai 2017.

http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fpsyg.2017.00742/pdf (texte intégral)

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