Une prise en charge fonctionnelle, sociale et environnementale est primordiale

« Une prise en charge fonctionnelle, sociale et environnementale est primordiale », rappelle Magali Guichardon, gériatre à l’hôpital Paul-Brousse (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), pour permettre au patient de garder la meilleure qualité de vie possible : une rééducation orthophonique ou de la musicothérapie pour stimuler son intellect, l’intervention à domicile d’une équipe spécialisée Alzheimer pour l’aider à maintenir son autonomie, l’accès à un conseil juridique, la mise à disposition d’une aide-ménagère, etc. « Il y a un vrai effet social de cette prise en charge, ajoute Fanny Durig, gériatre au centre hospitalier de Douai. « Cela crée du lien, les patients ne sont plus isolés à la maison. » « On demande aux patients : “Qu’est-ce qui a changé et que vous regrettez ?”, et on essaie de trouver un moyen, même détourné, pour qu’ils puissent le faire à nouveau », explique Florence Pasquier, responsable du centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR) de Lille. Parallèlement, un accompagnement est proposé aux proches des patients, sous forme d’une éducation thérapeutique. « Il est vraiment important que les aidants comprennent que leur parent ne fait pas exprès d’oublier ou d’avoir un comportement inhabituel », explique Magali Guichardon. » Cela leur permet d’anticiper certaines situations. De plus, on peut faire le point sur les prescriptions médicamenteuses, certains traitements pouvant aggraver les troubles cognitifs.

Peut-on faire de la recherche en maison de retraite ?

À quelles difficultés les professionnels de santé se heurtent-ils lorsqu’ils souhaitent collaborer à des recherches ? Selon les résultats de la consultation nationale lancée début 2017 par la Fondation Médéric Alzheimer, 93% des professionnels du soin et de l’accompagnement souhaiteraient être davantage associés aux études sur le vieillissement cognitif et 83% d’entre eux voudraient que les chercheurs s’intéressent davantage aux réponses expérimentées sur le terrain. « La plupart des professionnels du soin, notamment les médecins coordonnateurs, évoquent en premier lieu les contraintes de financement comme des obstacles insurmontables pour mener des recherches, mais aussi leurs difficultés à concilier, en termes de temps, la recherche avec leurs activités professionnelles », rappelle Alain Bérard, directeur adjoint de la Fondation Médéric Alzheimer. « De la même manière, ils soulignent leur manque de légitimité pour valoriser ensuite leurs travaux dans les revues scientifiques notamment, ou encore le sentiment de ne pas maîtriser les méthodes de recherche, scientifiques et rigoureuses. Je crois que ces obstacles relèvent bien souvent de freins culturels, de manque de confiance en soi, qui devraient être levés à court ou moyen terme. "Je n’ose pas" est plus fréquent que "je ne peux pas".

www.assises-vieillissement-cognitif.com/consultation-nationale, 20 septembre 2017. Soins Gérontol, septembre-octobre 2017. Le Journal du médecin coordonnateur, juillet-septembre 2017.

Trouver du sens

« La démence ne conduit pas à l’insensé mais à des difficultés de mise en sens, pour le malade luttant contre ses déficits et pour l’entourage percevant mal ce qu’il exprime », écrivent le psychiatre et gériatre Philippe Thomas et ses collègues, du centre de recherches sémiotiques (CERES, EA3648) à l’Université de Limoges et du CHRU de Brest. « Soutenir le malade pour trouver du sens dans ce qu’il vit et ce qu’il fait, trouver le sens d’un symptôme au-delà d’un trouble du comportement, est une piste pour développer un projet de soins. Enfin, si la démence est une maladie pour l’instant incurable, l’observation soignante laisse entrevoir de nouvelles pistes de prise en charge encore peu explorées. Des médiations psychologiques existent pour soutenir le malade dans ses efforts de reconstruction de la signification de son environnement. »

Thomas P et al. La reconstruction de la signification dans la démence. Soins Gérontol 2017 ; 41-44. Septembre-octobre 2017.

« Gymnastique du cerveau » : que faut-il en penser ?

Arthur Le Denn, de Libération, titre dans l’édition du 21 septembre 2017 : « Aux yeux de certains, Alzheimer est un produit marchand ».Des services de coaching ou des programmes informatiques se vantent de pouvoir « entraîner » le cerveau. Qu’en est-il vraiment ? Le Pr Francis Eustache, directeur de l’unité Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine (INSERM U1077) à l’Université de Caen-Basse-Normandie, répond : « c’est effrayant. Aux yeux de certains, Alzheimer est un produit marchand. Au nom d’une logique mercantile, on capitalise sur la peur des gens. J’ai pu voir des publicités franchement déplacées. Qu’on soit bien clair : les bénéfices de ce type d’offre n’ont pas été prouvés scientifiquement. Je pense d’ailleurs que cette prétendue "gymnastique du cerveau" est contre-productive. Elle habitue à une certaine manière de penser. Le cerveau est donc plus assisté que capable de se débrouiller par lui-même. Rappelons qu’on cherche quand même à rester maître de ses décisions. »

Médiation par le jeu

Cédric Gueyraud est doctorant en sciences de l’éducation au centre de recherche en psychopathologie et psychologie clinique (CRPPC) à l’Université Lumière-Lyon 2, sous la direction du Pr Marie Anaut. Il est aussi gérant du Centre national de formation aux métiers du jeu et du jouet à Caluire (Rhône). Il publie, en collaboration avec le groupe Korian et le Pr Pierre Krolak-Salmon, responsable du centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR) des Hospices civils de Lyon, un retour d’expérience pour guider les professionnels à organiser des séances de jeux pour les personnes atteintes de troubles cognitifs et vivant en établissement. Cette médiation vise à contribuer à leur bien-être et à leur qualité de vie, à faciliter leurs interactions sociales et à améliorer la prise en charge de leurs troubles du comportement. Le cadre de l’intervention repose sur une sélection d’objets ludiques adaptés aux compétences des participants, sur des principes d’aménagement offrant protection et lisibilité de l’espace ainsi que sur le rôle et la place des professionnels durant la séance de jeu en vue de favoriser l’autonomie des personnes. « La séance de jeu ainsi pensée offre un espace sécurisé, porteur de sens et maîtrisable par le public visé. L’activité ludique favorise alors initiative, autonomie, liberté et créativité. Cette médiation s’inspire de l’avancée des travaux sur la résilience pour en trouver une application clinique en transposant également dans son cadre des principes d’éducation nouvelle de type Montessori [engagement dans l'apprentissage par la décomposition des tâches, répétition guidée, progression en difficulté du simple vers le complexe, adéquation entre la demande et les niveaux de compétence]. Elle souhaite offrir un outil complémentaire adapté aux soignants dans la prise en soin du sujet âgé atteint de pathologie démentielle. » Cédric Gueyraud est boursier de la Fondation Médéric Alzheimer.

Gueyraud C et al. Jeu et maladie d’Alzheimer, pour une intervention psychosociale. Gérontologie et société, 2017 ; 40(3) : 149-164. www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2017-3-page-149.htm.

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