Agitation au stade sévère : interventions psychosociales individualisées

Un essai clinique contrôlé, randomisé, contre placebo, mené par le Professeur Jiska Cohen-Mansfield, de l’École de santé publique de l’Université de Tel-Aviv (Israël), évalue l’efficacité d’interventions individualisées pour répondre à des besoins non satisfaits (ennui, douleur…), et réduire l’agitation chez les personnes atteintes de démence au stade avancé. Cent vingt-cinq personnes de neuf maisons de retraite ont participé à l’étude. Une méthode systématique a été utilisée pour individualiser les interventions : l’outil TREA (Treatment Routes for Exploring Agitation-chemin thérapeutique pour explorer l’agitation). Une hypothèse est faite quant au besoin insatisfait, à partir des évaluations du médecin, d’entretiens structurés auprès du personnel, de questionnaires remis aux proches, d’observations directes de l’agitation (critère principal de l’essai) à l’aide de l’échelle ABMI (Agitation Behavior Mapping Instrument) et de l’affect [ensemble de mécanismes psychologiques qui influencent le comportement], mesuré par l’échelle Modified Behavior Stream de Lawton et des évaluations des résidents. Une fois l’hypothèse émise quant au besoin insatisfait, une catégorie de traitement est identifiée, avec des caractéristiques spécifiques au besoin de la personne, à son identité passée, à ses préférences et à ses capacités. Les interventions TREA ont été mises en œuvre durant deux semaines. Par rapport au groupe témoin, les interventions TREA personnalisées selon les besoins insatisfaits permettent de réduire significativement les troubles de l’agitation en général, l’agitation physique non agressive, l’agitation verbale, et d’accroître significativement le plaisir et l’intérêt. Cinq ans ont été nécessaires pour conduire cette étude. Il s’agit du premier grand essai contrôlé et randomisé démontrant l’efficacité de cette approche, et l’un des rares portant sur des interventions non pharmacologiques pour l’agitation au stade avancé de la démence.

Cohen-Mansfield J et al. Efficacy of nonpharmacologic interventions for agitation in advanced dementia: a randomized, placebo-controlled trial. J Clin Psychiatry 2012; 73(9): 1255-1261. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23059151.

Unités cognitivo comportementales

Pour Marc Paccalin, professeur de gériatrie au CHU de Poitiers, dans l’attente d’innovations thérapeutiques pharmacologiques, « il nous faut continuer à développer les possibilités thérapeutiques environnementales et comportementales. Dans ce contexte, et à côté des hospitalisations de jour, les unités cognitivo-comportementales (UCC) apparaissent comme une ressource indispensable. Créées par le plan Alzheimer 2008-2012, les UCC visent à prendre en soins les personnes présentant des troubles du comportement sévère, assurer le confort et la sécurité, rassurer les aidants, soutenir les soignants et traquer la iatrogénie ». Les UCC sont « une nécessité », explique-t-il. Une étude portant sur deux cent trente-cinq personnes âgées de plus de soixante-quinze ans, atteintes de maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée admises à l’UCC de Poitiers, montre que le risque de réadmission est multiplié par trois en cas de symptômes de type comportemental et par cinq pour les patients sortant d’hospitalisation avec une association antidépresseur-neuroleptique. Le risque de réadmission diminue significativement avec une augmentation de la durée du séjour initial.

Paccalin M. Unités cognitivo-comportementales dans le traitement de la maladie d’Alzheimer : une nécessité. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(3) : 233.

Baudemont C et al. Unité cognitivo-comportementale : facteurs prédictifs de réadmission à trois mois. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(3) : 277-283. www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/7B/77/resume.phtml.

Conseil psychosocial précoce post-diagnostic : quelle efficacité ?

Le service de psychiatrie et de psychothérapie de l’Université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne) a mené un essai clinique prospectif, randomisé, auprès de quarante-deux patients atteints de démence et leurs aidants familiaux, suivis par leur médecin généraliste, pour évaluer l’efficacité d’un conseil professionnel aux familles après le diagnostic. Le groupe d’intervention a bénéficié d’un conseil psychosocial, comprenant une éducation à la maladie, une détection des besoins et une assistance si nécessaire. Le groupe témoin a reçu simplement une brochure d’information sur la démence et une liste de contacts possibles. Quels résultats après dix-huit mois ? La dépression des aidants augmente significativement dans le groupe témoin. Le conseil psychosocial précoce peut ainsi stabiliser les personnes atteintes de démence et allonger la durée de leur maintien à domicile, dans le cadre d’une prise en charge par le médecin généraliste, concluent les auteurs.

Geschke K et al. Effectivity of early psychosocial counselling for family caregivers in general practioner based dementia care. Dtsch Med Wochenschr 2012; 137(43): 2201-2206. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23076666 (article en allemand).

Stimulation physique

Pauline Maillot, docteur en STAPS (scienceset techniques des activités physiques et sportives) et Alexandra Perrot, maître de conférences à l’Université Paris-Sud d’Orsay (unité de recherche Complexité, innovation et activités motrices et sportives , EA 4532, UFR STAPS), présentent une revue des principaux travaux sur la théorie de l’enrichissement cognitif à travers la stimulation physique, mettant en parallèle les études concernant l’activité physique traditionnelle et celle des jeux vidéo actifs (exergames). « En dehors de la capacité des exergames à réduire chez les seniors les barrières à l’engagement dans un style de vie actif, nous pensons que cette nouvelle catégorie de pratique présente un véritable intérêt pour l’autonomie fonctionnelle », estiment les auteurs. Si la recherche dans le domaine de l’environnement virtuel appliqué aux seniors en est encore à son balbutiement, « il est plausible d’envisager qu’avec de meilleures connaissances des répercussions de cet outil sur les activités fonctionnelles, les interventions pourraient être plus adaptées. Si la recherche en réalité virtuelle développe de nombreux outils destinés à la rééducation de populations pathologiques, l’évolution des finalités des jeux vidéo autorise à accorder une importance particulière à ce système attrayant et peu coûteux. Les efforts actuels de simplification de ces outils numériques, d’amélioration de leur ergonomie (pour pallier les déficiences visuelles, sensorimotrices et cognitives) et d’identification des besoins des plus âgés doivent être poursuivis. Un tel objectif implique d’approfondir les collaborations entre les développeurs des outils numériques et d’autres professionnels : ergothérapeutes, neuropsychologues, psychomotriciens, orthophonistes et gériatres ».

Maillot P et Perrot A. La théorie de l’enrichissement cognitif à travers la stimulation physique : activité physique traditionnelle versus exergames. Neurologie Psychiatrie Gériatrie 2012 ; 12 : 217-229.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/73/72/75/PDF/Article_NPG_2012.pdf(texte intégral).

Adaptation de l’architecture à la démence, en unités spécifiques et non spécifiques.

L’équipe du Professeur Henry Brodaty, du centre de recherche collaborative de Sydney (Australie) présente la validation d’un outil d’audit environnemental testé auprès de cinquante-six établissements, pour évaluer le caractère « domestique » (home-like) d’un lieu de vie accueillant des personnes atteintes de démence.

Smith R et al. Validation of the Environmental Audit Tool in both purpose-built and non-purpose-built dementia care settings. Australas J Ageing 202; 31(3): 159-163. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22950586. Septembre 2012.

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