Immunothérapie : double échec (1)

Les laboratoires pharmaceutiques américains Pfizer et Johnson & Johnson ont annoncé l’arrêt des essais cliniques en phase III (essais à grande échelle chez l’homme, précédant la demande d’autorisation de mise sur le marché) de la molécule bapineuzumab, un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine bêta-amyloïde, aucun effet clinique différent du placebo n’ayant été observé quant à la cognition ou à la capacité de réaliser les activités de la vie quotidienne. Ce nouvel essai était mené auprès de onze cents personnes au stade léger à modéré de la maladie d’Alzheimer, et porteurs du marqueur de susceptibilité génétique APOE epsilon 4 (facteur de risque de la maladie). Les résultats de trois autres essais menés auprès de personnes porteuses ou non de ce marqueur génétique seront connus dans les semaines à venir. Certains experts estiment que les essais sont menés trop tard dans la progression de la maladie, et que les anticorps seraient peut-être plus efficaces pour prévenir la formation de la plaque amyloïde que pour essayer de la détruire après sa formation. Samuel Gandy, directeur du centre de santé cognitive à l’Ecole de médecine Mount Sinai de New York (Etats-Unis), pense que ces tentatives de traitement symptomatique arrivent vingt-cinq ans trop tard, expliquant que les plaques amyloïdes se forment vingt-cinq ans avant l’apparition des symptômes cliniques : « ces résultats ne me surprennent pas vraiment et je ne suis pas découragé », déclare-t-il. L’annonce de ces résultats négatifs a eu peu d’effet sur le cours boursier des deux grands laboratoires pharmaceutiques, mais le laboratoire Elan, partenaire de recherche beaucoup plus petit, a vu son cours s’effondrer de 19% dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’échec. « Nous reconnaissons que la maladie d’Alzheimer est très complexe », estiment les deux grands laboratoires, qui restent « décidés à faire avancer la science dans ce domaine ».

New York Times, 23 juillet 2012. www.pfizer.com, 6 août 2012. www.npr.org, 10 août 2012. http://bourse.lefigaro.fr, 7 août 2012. 

Immunothérapie : double échec (2)

Presque simultanément, les laboratoires américains Eli Lilly annonçaient que deux essais de phase III sur un autre anticorps monoclonal, le solanezumab, n’avaient pas atteint leurs objectifs principaux sur les critères cognitifs et fonctionnels chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade léger à modéré. Toutefois, en combinant les données des deux essais cliniques, portant sur deux mille personnes, ce qui augmente la puissance statistique de l’analyse, les chercheurs observent un ralentissement significatif du déclin cognitif. Une analyse de sous-groupe, portant uniquement sur les personnes incluses au stade léger de la maladie, montre également une réduction significative du déclin cognitif. Pour William Thies, directeur médical de l’Association Alzheimer américaine, « si ces résultats peuvent être répliqués, ils sont majeurs : c’est la première fois que l’on arrive à modifier la progression de la maladie d’Alzheimer ». Le laboratoire, qui ne déposera pas de demande d’autorisation de mise sur le marché pour le solanezumab (en raison de l’échec des essais sur leurs critères principaux), va discuter avec les autorités fédérales de santé de la suite à donner à ces résultats. Ronald Petersen, directeur du centre de recherche Alzheimer de la Mayo Clinic de Rochester (Minnesota), tempère : « si l’on regarde ces résultats avec des lunettes roses, il pourrait y avoir un bénéfice potentiel sur les tests cognitifs, mais rien ne dit que cela sera suffisant au plan clinique pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ». « Il est possible que ces essais aient été conduits trop tard dans le progression de la maladie », ajoute-t-il, et « c’est à la Food and Drug Administration (FDA, autorité régulatrice pour la mise sur le marché des médicaments) de décider de la confiance à accorder à des analyses secondaires ou à des résultats de sous-groupes : « le danger serait de sur-interpréter un résultat peu significatif ou un effet faible ». Encouragé par ces résultats très préliminaires, Dave Ricks, président de Lilly Bio-Medicines, a déclaré : « nous pensons vraiment que l’idée d’attaquer les plaques amyloïdes est une hypothèse valide, la nouvelle est importante ». « Cette conclusion doit être tenue pour provisoire », minimise Sam Gandy, directeur du centre de recherche Alzheimer à l’Ecole de médecine Mount Sinai de New York : « je pense qu’un agent permettant de réduire la charge amyloïde, comme le solanezumab, marchera peut-être à un stade précoce, voire pré-symptomatique de la maladie ; mais on ne peut rien conclure quant à la réussite d’un traitement par cette molécule avant d’avoir des résultats plus complets ».

Associated Press. www.cbsnews.com, www.alz.org, 24 août 2012. 

Immunothérapie : double échec (3)

Les chercheurs redoutent que ces échecs n’incitent les laboratoires pharmaceutiques échaudés à réduire, voire arrêter les investissements lourds que nécessite la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Pour Samuel Gandy, directeur du centre de santé cognitive à l’Ecole de médecine Mount Sinai de New York (Etats-Unis), « le défi est de maintenir l’intérêt des laboratoires et les investisseurs pendant encore une décennie ».

L’Association Alzheimer américaine veut garder l’espoir : « bien que nous mettions de grands espoirs dans chaque essai clinique concernant la maladie d’Alzheimer ou la démence, l’histoire montre que le progrès procède par incréments, et que nous essuierons des revers (setbacks) sur la route. Ces revers apportent aussi des informations cruciales à la communauté scientifique pour concevoir les futures études ». « Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et leurs familles ont désespérément besoin (desperately need) de meilleurs traitements et de nouvelles stratégies de prévention, et elles ont besoin d’espoir. Nous ne devons pas arrêter maintenant », déclare l’Association Alzheimer.

D’autres essais de vaccins sont en route : la société Genentech (Roche) développe en phase II un autre anticorps monoclonal, le crenezumab, et le teste en Colombie dans une population à risque génétique élevé de développer une forme familiale précoce de la maladie d’Alzheimer. Elan et Pfizer testent en phase II l’anticorps ACC-001, une forme moins toxique (mais apparemment moins efficace) que l’anticorps AN-1792, dont les essais avaient dû être arrêtés pour des raisons de sécurité. Un mélange d’anticorps non spécifiques (immunoglobulines G) est testé en phase III par Baxter.

 « La chasse au boson de Higgs-Alzheimer continue, se précipitant qui dans cette allée, qui dans ce cul-de sac, à la recherche du traitement/de la cause/de la particule qui va retarder l’évolution de la maladie », ironise Richard Taylor, docteur en psychologie qui vit depuis dix ans avec les symptômes de la maladie d’Alzheimer. « Un échec amer à trente millions de dollars », qui n’iront pas à la recherche psychosociale, regrette-t-il.

www.alz.org, 24 août 2012. Reuters, MedlinePlus, 11 juillet 2012. Taylor R. Alzheimer from the inside out. Juillet et août 2012. www.fiercebiotech.com, 28 août 2012. Wall Street Journal, 16 juillet 2012.

Royaume-Uni : la prescription d’antipsychotiques par les généralistes réduite de moitié en trois ans

Un audit mené auprès de trois mille huit cents médecins généralistes, suivant près de deux cent mille personnes atteintes de démence, montre que la prescription d’antipsychotiques a été globalement réduite de 52% entre 2008 et 2011, selon le National Health Service. Des variations régionales très fortes de la prescription sont cependant observées : il peut y avoir un rapport de un à six entre deux régions. Pour la Société Alzheimer, ce résultat « mobilisateur » a été obtenu par l’engagement de nombreux médecins, infirmières et aides-soignantes et reflète le travail de sensibilisation mené par les associations pour changer les pratiques.

www.medicalnewstoday.com, 21 juillet 2012.

Douleur

Une revue de la littérature sur la douleur et la démence, menée par le centre australien de soins aux personnes âgées de l’Université La Trobe à Melbourne (Australie), montre que les facteurs contribuant à la sous-évaluation de la douleur chez les personnes atteintes de démence sont nombreux. Certains de ces facteurs sont liés à la démence (comme l’incapacité à communiquer) et d‘autres à l’organisation des pratiques (non utilisation d’un outil d’évaluation de la douleur, utilisation d’outils inadaptés, déficit de connaissances professionnelles concernant les mécanismes de la douleur et la démence).

McAuliffe L et al. Pain and dementia: an overview of the literature. Int J Older People Nurs 2012 ; 7(3) : 219-226. Septembre 2012.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22830419.

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