Histoire de la prise en charge institutionnelle des personnes atteintes de démence

La sociologue britannique Emily Andrews explique comment les personnes âgées pauvres vivant avec une démence en sont venues à entrer en institution au Royaume-Uni sous le règne de la reine Victoria (1837-1901). « Ces personnes étaient admises dans des asiles pour lunatiques, des workhouses [littéralement "maisons de travail", des hospices à vocation d’assistance sociale] et des "foyers de bienfaisance " (charitable homes). Admises, mais non bienvenues : les personnes dites alors "séniles" constituaient alors, pour les administrations sanitaires et sociales de l’époque, une "catégorie résiduelle perpétuelle" (perpetual classificatory residuum). « Ces personnes étaient jugées trop faibles et trop passives pour adhérer aux normes de la vie en asile, et avec des troubles du comportement trop importants pour se conformer à celles des hospices et des foyers. Dans toutes ces institutions, les personnes âgées atteintes de démence étaient représentées comme un fardeau pour lequel il n’y avait pas de solution, des décennies avant que la "société du vieillissement" devienne une réalité démographique. »

Andrews ES. Institutionalising senile dementia in 19th-century Britain. Sociol Health Illn, février2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28177142.

Benzodiazépines et pneumonie : quel rapport ?

La prise de benzodiazépines est associée à un risque accru de pneumonie (+28%) chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer par rapport à leurs pairs en bonne santé. C’est le résultat d’une étude menée par Heidi Taipale, du centre de recherche gériatrique de l’université de Finlande orientale, portant sur cinquante mille personnes vivant à domicile et ayant eu un diagnostic récent de maladie d’Alzheimer entre 2005 et 2011. « Cette conclusion a de quoi inquiéter », écrit Julie Levallois, de Pourquoi Docteur : « la prescription de ces médicaments – hypnotiques ou anxiolytiques – est fréquente chez ces patients, pourtant très fragiles. A l’heure actuelle, aucun traitement ne permet de combattre efficacement la maladie d’Alzheimer. Par défaut, les médecins se tournent parfois vers les benzodiazépines, ainsi que les molécules apparentées, afin de résoudre les troubles du sommeil ou de l’humeur dont souffrent les patients. Une prescription qui va à l’encontre des recommandations officielles. »

www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/20761-Alzheimer-les-benzodiazepines-augmentent-le-risque-de-pneumonie, 10 avril 2017. Taipale H. Risk of pneumonia associated with incident benzodiazepine use among community-dwelling adults with Alzheimer disease. Can Med Assoc J 2017; 189(14) :  E519-E529. 10 avril 2017. www.cmaj.ca/content/189/14/E519.short?rss=1.

Consommation d’antalgiques en EHPAD

Il existe peu d’études sur la prescription des médicaments contre la douleur en maison de retraite. Priscilla Clot-Faybesse, de l’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) Perier à Marseille, a utilisé les données de piluliers électroniques d’une centaine d’EHPAD du groupe Korian pour suivre la prescription d’antalgiques pendant un an auprès de onze mille personnes. 62% consommaient au moins un antalgique, 51% de façon chronique (au moins vingt-huit jours par mois) et 11% de façon courte (moins de vingt-huit jours par mois). 47% avaient une prescription « si besoin ». Trois ordonnances sur quatre prescrivent du paracétamol, 13% du tramadol (antalgique de palier 2), 8% de la morphine ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Les prescriptions de paracétamol étaient majoritairement en posologie variable et rarement révisées. A posologie fixe, 6% des ordonnances révèlent un mésusage avec une dose de 4 grammes ou plus par jour. La morphine était principalement dispensée sous forme de patch, forme galénique peu recommandée en raison de la difficulté à équilibrer la posologie par ce biais. Par ailleurs, les patchs d’antalgiques de palier 3 sont normalement réservés aux douleurs chroniques d’origine cancéreuse, ce qui laisse supposer une utilisation hors AMM (autorisation de mise sur le marché). Les formes galéniques plus adaptées aux personnes âgées (comprimés, et suppositoires ou injections en cas de troubles de la déglutition) étaient très peu représentées. Quant au tramadol, les auteurs de l’étude soulignent qu’il présente « des effets secondaires qui peuvent s’avérer très délétères chez les sujets âgés ».

www.agevillagepro.com, 10 avril 2017. Clot-Faybesse P et al. Consommation d’antalgiques en Ehpad : étude observationnelle dans 99 EHPAD. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2017 ; 15(1) : 25-34. Mars 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/labs/articles/28266337.

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