Pour un effort international massif de recherche

Le Pr Philippe Amouyel est directeur de l’unité Facteurs de risque et déterminants moléculaires des maladies liées au vieillissement (Université de Lille, INSERM, Institut Pasteur de Lille) et du laboratoire d’excellence DISTALZ (développement de stratégies innovantes pour une approche transdisciplinaire de la maladie d’Alzheimer). Avec trente chercheurs du monde entier, il a récemment publié dans la revue Lancet Neurology un état des lieux de la recherche mondiale sur la maladie d’Alzheimer : « nous appelons surtout à des actions et des engagements concertés pour lutter contre ce fléau, dont le coût global pour la société est estimé à environ 1% du produit intérieur brut mondial. Seul un effort international massif permettre de contenir cette épidémie : pour trouver plus vite des solutions, il faut plus de chercheurs et plus d’argent », explique-t-il à Recherche et santé. Plusieurs initiatives existent déjà. Depuis 2009, une programmation conjointe européenne sur les maladies neurodégénératives rassemble trente pays de l’Union européenne, plus le Canada et l’Australie. Le principe, c’est de mettre en commun une partie des budgets nationaux alloués à ces maladies afin de faire émerger des collaborations internationales. La structure de gestion est très légère, mais cela nous permet d’avoir une vision et un programme commun. Cent millions d’euros ont déjà été investis. En 2011, le programme Global Action Against Dementia a été lancé par le G8 et repris depuis par l’Organisation mondiale de la santé. Il rassemble quatre-vingt-treize pays et repose notamment sur la création d’un Conseil mondial contre la démence. » Pour Philippe Amouyel, « la solution contre la maladie d’Alzheimer ne pourra être unique, ni sortir d’un seul laboratoire. Pour éviter la dispersion des projets de recherche ou la redondance des essais, une coordination internationale est indispensable. Elle permet de fixer des priorités mais aussi de partager les données. Il faut défragmenter la recherche afin d’accélérer les découvertes.

Recherche et santé, 3è trimestre 2016.  Winblad B et al. Defeating Alzheimer's disease and other dementias: a priority for European science and society. Lancet Neurol 2016 ; 15(5) : 455-532. http://swedishbrainpower.se/wp-content/uploads/2016/03/LN-Comm-Paper_APRIL2016.pdf (texte intégral).

www.thelancet.com/pdfs/journals/laneur/PIIS1474-4422(16)00062-4.pdf (texte intégral).

Bleu de méthylène : résultats équivoques

Les effets sur la cognition de la molécule LTMX, un dérivé du bleu de méthylène, développée par la société TauRx, ont été testés dans un essai clinique de phase 3 (à grande échelle chez l’homme), dans seize pays, auprès de neuf cents personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stage léger à modéré. La molécule agit in vitro sur l’agrégation des protéines tau. 15% des participants ont pris du LTMX en monothérapie, et 85% ont été traités par un médicament existant indiqué dans la maladie d’Alzheimer, soit en association avec LTMX, soit avec un placebo. Un effet positif a été observé chez les personnes traitées par le LTMX seul, alors qu’aucune amélioration n’a été observée chez les personnes traitées par le LTMX en association avec un médicament spécifique de la maladie d’Alzheimer. La société TauRx, à capitaux écossais, malaisiens et singapouriens, espère une autorisation de mise sur le marché rapide aux Etats-Unis. Mais des experts indépendants sont sceptiques quant au fait de tirer des conclusions sur un sous-groupe de patients, et les autorités de régulation devraient avoir le même avis, écrit Andrew Pollack, du New York Times.

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