Thérapie cellulaire

L’équipe d’Asa Abeliovich, de l’Université de Columbia (New York, Etats-Unis), a réussi à induire la transformation de cellules de peau humaine (fibroblastes) en neurones fonctionnels, capables de s’intégrer dans le cerveau de rongeurs. Les fibroblastes de personnes atteintes d’une forme génétique de la maladie d’Alzheimer (mutation dans les gènes des présénilines) se transforment en neurones altérés. La recherche sur les cellules de peau adulte en culture ne fait pas l’objet des mêmes restrictions que la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Qiang L et al. Directed conversion of Alzheimer's disease patient skin fibroblasts into functional neurons. Cell ; 146(3) : 359-71. 5 août 2011.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21816272.

Echecs thérapeutiques

La simvastatine, utilisée pour réduire le niveau de cholestérol sanguin, a été évaluée dans un essai contrôlé randomisé portant sur quatre cents personnes atteintes de maladie d’Alzheimer au stade léger à modéré. La simvastatine à 20 mg/jour pendant six semaines, puis à 40 mg/jour pendant dix-huit mois, n’a pas plus d’effet que le placebo pour réduire la progression des symptômes (Sano et al).

Dans un autre essai, mené auprès de trois cents personnes atteintes de maladie d’Alzheimer au stade modéré, le valproate de sodium (un antipsychotique) à 10-12 mg/kg de poids corporel/jour pendant deux ans n’a pas plus d’effet que le placebo pour retarder l’émergence de l’agitation ou de la psychose, ou ralentir le déclin fonctionnel. De plus, il est associé à des effets indésirables importants (somnolence, troubles de l’équilibre, tremblements, diarrhée, fatigue). Le groupe traité par le valproate montre une perte significativement plus importante de volume cérébral, accompagné d’une expansion ventriculaire (Tarlot et al).

Les antidépresseurs sertraline et mirtazapine (deux molécules parmi les plus prescrites) s’avèrent inefficaces chez des personnes atteintes de démence, révèle un essai clinique coordonné par Sube Banerjee de l’Institut de psychiatrie du King’s College de Londres. Il s’agit du plus grand essai clinique réalisé à ce jour dans ce domaine (trois cent vingt-six participants atteints de maladie d’Alzheimer possible ou probable, et une dépression durant plus de quatre semaines).

Sano M et al. A randomized, double-blind, placebo-controlled trial of simvastatin to treat Alzheimer disease. Neurology, 27 juillet 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21795660. Banerjee S et al. Sertraline or mirtazapine for depression in dementia (HTA-SADD): a randomised, multicentre, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet 378(9789) : 403-411, 30 juillet 2011. www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60830-1/abstract. Brodaty H. Antidepressant in Alzheimer’s disease. Lancet 378(9789) : 375-376, 30 juillet 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21764117.

Réévaluation des médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer (1)

La commission de la transparence a commencé le 20 juillet le réexamen des quatre médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer : Ebixa (mémantine), Aricept (donépézil), Exelon (rivastigmine) et Reminyl (galantamine). Ces quatre médicaments sont remboursables à 100% au titre des affections de longue durée (ALD). Environ trois cent mille personnes malades (une personne malade sur trois) sont traitées par l’un de ces médicaments. En 2009, ces traitements ont coûté cent-quatre-vingt-dix millions à l’assurance maladie. L’avis de la commission de la transparence, qui détermine le remboursement des médicaments par l’assurance maladie, devrait être rendu à l’automne. La Haute autorité de santé (HAS) explique : « cette réévaluation fait suite à de nouvelles données d’efficacité et de bénéfice-risque. La question est de savoir si les anti-Alzheimer ont encore leur place dans la stratégie thérapeutique », explique la Haute autorité de santé, dont dépend la commission de la transparence. La crainte d’un déremboursement prédomine chez les professionnels de santé, avec un risque de désinvestissement du corps médical. Un gériatre déclare : « sans médicament, un médecin ne s’intéresse plus à la maladie ».

www.lemonde.fr, La Tribune, 20 juillet 2011.

Réévaluation des médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer (2)

En Belgique, suite au rapport du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) sur les médicaments de la maladie d’Alzheimer (2009), et à la lumière d’une revue de littérature, la Commission de remboursement a modifié les remboursements. Pour les inhibiteurs de la cholinestérase, le KCE constatait la « faible efficacité des inhibiteurs des cholinestérases et les limites importantes des modèles coût-efficacité réalisés ». Le seuil de déclin cognitif MMSE (mini-mental state examination) donnant lieu au remboursement est abaissé de 12 à 10 et la plupart des formes orales subissent une baisse de remboursement de 2.7%. Pour la mémantine, le rapport du KCE conclut que « les données rassemblées pour la mémantine sur la diminution des soins dispensés par les soignants ou les institutions, ainsi que la prévention de l'institutionnalisation sont non disponibles, non probantes ou non interprétables ». Le remboursement de la monothérapie, et du traitement des formes sévères de la maladie d'Alzheimer, et du traitement simultané avec un inhibiteur des cholinestérases pour les formes modérément sévères de la maladie d'Alzheimer avec un score MMSE de supérieur ou égal à 10 et inférieur à 15, sont supprimés. Toutefois, le remboursement en monothérapie est prolongé, par période de six mois, pour les patients ayant reçu une autorisation de remboursement avant le 1er juin 2011, pour autant que le score MMSE ne soit pas inférieur à 3. Les extraits de Gingko biloba sont déremboursés.

Maladie d’Alzheimer : vers un désinvestissement des laboratoires pharmaceutiques ?

Le développement de médicaments dans l’indication de la maladie d’Alzheimer demeure un casse-tête pour les industriels de la pharmacie. Les quatre médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer, l’Aricept du japonais Eisai (commercialisé avec Pfizer), l’Exelon de Novartis, le Reminyl de Janssen-Cilag et l’Ebixa du danois Lundbeck se sont partagé un marché mondial de 7.5 milliards de dollars (5.3 milliards d’euros), selon le cabinet d’études IMS Health. Le marché pourrait tripler si des médicaments pouvant ralentir ou arrêter la progression de la maladie étaient découverts. En attendant, la tendance et morose : après une croissance de 14.5% sur la décennie 2001-2010, IMS Health ne prévoit qu’une hausse de 2.3% du marché entre 2011 et 2020. D’autant que les génériques menacent, ce qui signifie une érosion drastique des marges. Dans ces conditions, les laboratoires continueront-ils à investir sans retour dans la recherche et le développement de médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer ? Le syndicat professionnel des entreprises du médicament (Leem) a recensé plus de soixante-quinze essais cliniques dans le monde. « Mais faute de résultats, trop de grands laboratoires remettent en cause leur stratégie Alzheimer et les laboratoires de biotechnologie sont à la peine pour trouver des partenaires industriels pour partager les risques », résume un connaisseur du secteur.

La Tribune, 20 juillet 2011.

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