Anticancéreux (1)

La maladie d’Alzheimer est associée notamment à une élimination réduite de protéine amyloïde du cerveau, un processus normalement facilité par l’apolipoprotéine E, impliquée dans le transport sanguin du cholestérol. Chez la souris, l’administration orale de bexarotène, un médicament autorisé en France pour le traitement de cancers de la peau, permet d’éliminer la protéine amyloïde soluble en quelques heures à travers un mécanisme dépendant du système ApoE, la plaque Abêta-amyloïde étant réduite de plus de 50% en trois jours. De plus, le bexarotène a rapidement renversé le déclin cognitif, le retrait social, le déficit olfactif et a amélioré le fonctionnement des circuits neuronaux. Révolution thérapeutique ?  Les auteurs de l’étude, publiée dans Science (la première revue scientifique mondiale) envisagent évidemment ce scénario. « Il y a en réalité peu de chances pour que leurs observations encourageantes débouchent rapidement sur un traitement miracle », tempère Tristan Vey, du Figaro, qui a interviewé le neurobiologiste Luc Buée, directeur de l’unité Inserm « Alzheimer et tauopathies ». Le bexarotène est très toxique, et il n’est pas évident que l’administration prolongée d’un tel produit soit autorisée par les autorités sanitaires : « la maladie d’Alzheimer est très grave, mais elle n’est pas aussi foudroyante que les cancers traités avec du bexarotène ». D’autre part, rien ne permet d’assurer que cette molécule pourrait franchir la barrière hémato-encéphalique chez l’homme, et si toutefois elle y parvenait, « la disparition des plaques amyloïdes ne garantirait pas le rétablissement du malade ». Des traitements immunologiques agissant sur ces plaques n’ont pas permis de restaurer les capacités cérébrales de personnes très atteintes : « une fois que les neurones sont morts, il est déjà trop tard ». 

Cramer PE et al. ApoE-Directed Therapeutics Rapidly Clear β-Amyloid and Reverse Deficits in AD Mouse Models. Science, 9 février 2012. www.sciencemag.org/content/early/2012/. Le Figaro, 10 février 2012.

Anticancéreux (2)

Toutefois, ces travaux sont importants, estime Luc Buée : le betaroxène s’est montré efficace en moins de soixante-douze heures, alors que les vaccins thérapeutiques mettaient plusieurs mois à agir. « En soi, c’est déjà révolutionnaire ». Ces travaux ont aussi permis de valider le rôle de l’apolipoprotéine E, une molécule qui permet le renouvellement du bon cholestérol dans le cerveau, et dont le bexarotène stimule la production. « On a maintenant la preuve que cette protéine joue un rôle dans le transport du peptide-poison amyloïde », explique le neurobiologiste, et pourrait « permettre de comprendre pourquoi certaines personnes porteuses d’une double mutation génétique que l’on trouve chez 2% de la population française ont 60% à 80% de risques de développer la maladie ».

Cramer PE et al. ApoE-Directed Therapeutics Rapidly Clear β-Amyloid and Reverse Deficits in AD Mouse Models. Science, 9 février 2012. www.sciencemag.org/content/early/2012/. Le Figaro, 10 février 2012.

Traitement immunologique

Les laboratoires Baxter ont annoncé leur intention de mener en 2012 un second essai clinique de phase III (à grande échelle chez l’homme) de leur médicament Gammagard liquide 10%. Il s’agit d’une immunoglobuline A (intervenant dans l’agglutination et la
neutralisation des bactéries et des virus, ayant des propriétés immunomodulatrices. Gammagard est autorisé en France depuis 1999, notamment chez des patients ayant un déficit immunitaire. 

www.rttnews.com, 23 janvier 2012.

Médicaments spécifiques : quelle efficacité à long terme ?

L’étude de cohorte française REAL.FR a suivi pendant quatre ans six cent quatre-vingt-six personnes recrutées dans seize centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR). Plus de 90% ont été traitées par des médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer. Le score moyen au test MMSE (mini-mental state examination) a diminué de 2.4 points par an. Seules 30% des personnes ont terminé l’étude. 17% des personnes au stade léger de la démence au début de l’étude n’ont connu aucun événement majeur (incapacités fonctionnelles, symptômes neuropsychiatriques, décès) en quatre ans. Le taux de mortalité s’établit à 7.4 pour cent personnes années et le taux d’entrée en établissement de 13.4 pour cent personnes années. Les chercheurs observent une absence de déclin cognitif significatif chez 11.4% des patients, mais il faut vérifier si ces patients sont réellement répondeurs aux traitements ou s’ils présentent une forme moins agressive de maladie d’Alzheimer. Fleur Delva, du CMRR d’Aquitaine, estime qu’il est difficile de généraliser ces résultats aux sujets atteints de la maladie d’Alzheimer en général : l’étude ne concerne que les patients vus en CMRR, donc sélectionnés. La progression de la maladie en population générale reste mal connue. D’autre part, deux tiers des personnes incluses ont été perdues de vue, ce qui limite la portée de l’étude.

Gillette-Guyonnet S et al. Long-term progression of Alzheimer's disease in patients under antidementia drugs. Alzheimers Dement 2011 ; 7(6) : 579-592. Novembre 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22055975. BiblioDémences, décembre 2011.

Les médicaments au ginkgo déremboursés

Le Tanakan, l’un des médicaments emblématiques des laboratoires Ipsen (cinquième laboratoire français), dont le principe actif est un extrait de Ginkgo biloba, a été déremboursé le 1er mars. L’efficacité du traitement commercialisé depuis 1975, et prescrit essentiellement aux personnes âgées pour des troubles de la mémoire et de petits vertiges, est « insuffisante », avait jugé la Haute Autorité de la santé (HAS) en 1999, puis, à nouveau, en 2006. Les ventes de Tanakan, en déclin de 10% par an depuis 2005, atteignaient encore 96.4 millions d’euros en 2010 (8.8% du chiffre d’affaires d’Ipsen), dont plus de la moitié en France. Le taux de remboursement du Tanakan avait été abaissé à 15% en 2010. Le laboratoire rappelle que « le produit pourra continuer à être prescrit », mais que les ventes devraient diminuer de 35% après le déremboursement. La fermeture de l’usine de Dreux, qui produit trois médicaments à base de ginkgo et emploie trois cent cinquante personnes, est envisagée. L’action Ipsen a perdu 0.66% à l’annonce de cette nouvelle.

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