La place des médicaments

Les rapporteurs du projet ALCOVE (ALzheimer COoperative Valuation in Europe), coordonné par la Haute Autorité de Santé française,rappellent qu’il n’y a pas de traitement curatif de la maladie d’Alzheimer, et attire l'attention des médecins sur l'usage inapproprié de certains médicaments (anxiolytiques, antipsychotiques, antidépresseurs, hypnotiques), sur leur faible efficacité et les augmentations des risques de pathologies secondaires et des taux de mortalité. Une autre approche semble donc nécessaire. Pour le Dr Armelle Leperre-Desplanques, membre de la Haute autorité de santé et coordinatrice d’ALCOVE, il s’agit de limiter la « surexposition » à ces médicaments, qui sont largement prescrits en établissement (25% à 60% des résidents). ALCOVE a mis en place une boîte à outils pour mieux utiliser les neuroleptiques et améliorer la prise en charge des troubles du comportement, première cause d’entrée en établissement. Afin d’aider les personnes malades et leur entourage suivant épuisé, ALCOVE préconise également des interventions psychosociales et des traitements non pharmacologiques, ainsi qu’un meilleur soutien tout au long du parcours.

www.espace-ethique-alzheimer.org/newsletter/newsletter16.html#alcove, juin 2013. La Gazette Santé-social, juin-juillet 2013.

Arrêt des médicaments au stade très sévère : quels effets ?

Le syndrome démentiel au stade très sévère est défini par un score MMSE (mini-mental state examination) inférieur à 3/30. « À ce stade, la poursuite des traitements spécifiques de la démence fait débat », rappelle Jean-Marie Cros et ses collègues, du pôle de gérontologie et de pharmacie de CHU de Nîmes. « Cependant, ces traitements semblent avoir un impact bénéfique sur les troubles du comportement au stade sévère et limiter le recours aux psychotropes. Qu’en est-il au stade très sévère ? » Une petite étude observationnelle, menée pendant quatre mois auprès de vingt-quatre personnes, suggère que l’arrêt d’un traitement spécifique chez des patients atteints d’une maladie d’Alzheimer au stade très sévère n’entraine pas de variation significative des troubles neuropsychiatriques, mais peut majorer l’apathie chez certains patients. Les chercheurs observent un allègement significatif des traitements psychotropes et des économies substantielles.

Cros JM et al. Suivi de l’arrêt des traitements antidémentiels au stade très sévère de la maladie d’Alzheimer (MA) chez 24 patients en institution. Revue de gériatrie 2013 ; 38(5) : 331-339. Mai 2013. www.revuedegeriatrie.net/index.php.

Bexarotène : étude invalidée

Le bexarotène (Targretin, du laboratoire japonais Eisai) est un médicament anticancéreux autorisé en 2000 par la Food and Drug Administration américainecontre un type de lymphome cutané. En 2012, une étude menée sur des souris montrait que la molécule possède une capacité à induire l’élimination transitoire des plaques beta-amyloïdes, telles qu'elles peuvent être retrouvées dans une maladie d’Alzheimer. Quatre équipes (Université de Chicago, centre de biotechnologie de l’Université de Louvain, Université de Floride, Université de Pittsburgh) n’ont pas pu reproduire ces résultats et remettent en cause les conclusions originales quant à l’élimination des plaques amyloïdes. La formulation du médicament apparaît très critique. L’équipe du Professeur Bart de Strooper, de l’Université de Louvain, appelle à une extrême prudence quant à l’utilisation de ce médicament chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Robert Vassard, professeur de biologie moléculaire et cellulaire à l’École de médecine Feinberg de Chicago, appelle à « mettre immédiatement un terme à cette pratique ».

www.lemonde.fr, 26 mai 2013.www.europe1.fr, 27 mai 2013. Cramer PE al. ApoE-directed therapeutics rapidly clear beta-amyloid and reverse deficits in AD mouse models. Science 2012; 335: 1503-1506.www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3651582/ (texte intégral). 2013. Tesseur I et al. Comment on "ApoE-directed therapeutics rapidly clear β-amyloid and reverse deficits in AD mouse models". Science 2013; 340(6135): 924-e. Mai 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23704554.

Utilisation de prothèses auditives : quels obstacles ?

Un travail de thèse de Jacqueline Mwangi, de l’Université polytechnique Arcada d’Helsinki (Finlande), commandé par la Fédération finnoise de malentendants parlant suédois (Svenska Hörselförbundet Rf), propose une revue de la littérature sur l’utilisation effective des prothèses auditives par les personnes âgées atteintes de démence et vivant en établissement d’hébergement. Le cadre théorique de l’analyse s’appuie sur le modèle de « croyance en la santé » (Health Belief Model) : pour que des personnes agissent de façon positive pour leur propre santé, la principale motivation est le désir d’éviter un événement négatif. Le comportement des personnes est influencé par les perceptions individuelles de la susceptibilité au risque, de la gravité de l’événement évitable, du bénéfice envisagé, des obstacles et des coûts, de l’efficacité personnelle (self-efficacy). La perception individuelle peut être modifiée par d’autres variables, telles que la culture, le niveau d’éducation, l’âge, le sexe, les compétences, la motivation et les expériences passées.

Les obstacles à l’utilisation des prothèses auditives par les personnes atteintes de démence en institution sont complexes et peuvent être regroupées en quatre catégories : obstacles individuels (difficultés de manipulation, difficultés de maintenance, déclin des capacités cognitives, présence de cérumen, attitude par rapport à la perte auditive, basse vision, prothèse mal placée) ; obstacles liés à la prothèse elle-même (conception, facilité d’utilisation, manque de clarté auditive, défaut de fonctionnement) ; obstacles institutionnels (manque de soutien, environnement auditif, manque de reconnaissance des difficultés d’audition, manque de procédure de maintenance, manque de délégation) ; obstacles sociétaux (coût, accès à la réhabilitation). 

Mwangi J et al. Effective use of hearing devices; a guide for geronoms and care givers in supporting elderly with dementia in an institutional setting. A literature review. Degree Thesis. Human Ageing and Elderly Services. Arcada University, Helsinki, Finland (Törnqvist ML, dir.), 2013.

http://publications.theseus.fi/bitstream/handle/10024/57924/THESIS%20DEGREE%20pdf.pdf?sequence=1 (texte intégral en anglais).

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