Éviter l’alitement pour préserver les capacités cognitives

Dans une recommandation de bonnes pratiques professionnelles sur la qualité de vie en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) rappelle que « l’alitement d’une personne âgée, quelle qu’en soit la raison, peut rapidement avoir des conséquences sur ses capacités à se mouvoir du fait d’effets néfastes sur le plan musculaire et cardiovasculaire, ainsi que sur ses capacités cognitives et ce, même chez des personnes parfaitement valides jusque-là ».

ANESM. Recommandation de bonnes pratiques professionnelles. Qualité de vie en EHPAD (volet 4). L’accompagnement personnalisé de la santé du résident. Septembre 2012. www.anesm.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Anesm_QDV4_Novembre_2012-2.pdf (texte intégral).

Prévention multi-domaine : l’étude MAPT

Des études épidémiologiques montrent qu’il existerait un lien entre la nutrition, les exercices physiques, les activités cognitives, et la stimulation sociale, dans le maintien de la fonction cognitive. Les études d’intervention ciblent désormais plusieurs facteurs simultanément. Deux chercheurs du centre de recherche de Nestlé à Lausanne (Suisse) proposent une revue de la littérature récente sur le sujet (Schneider et Yvon). Au gérontopôle de Toulouse, l’étude MAPT (Multi-Domain Alzheimer’s Preventive Trial) a été mise en place pour étudier de manière systématique, si une intervention multi-domaine prodiguant des conseils en nutrition, des exercices physiques, de la stimulation cognitive et des activités sociales, associée à un supplément en acides gras oméga-3, pouvait retarder le déclin cognitif des personnes âgées et fragiles.

Mille six cent quatre-vingts participants ont été recrutés dans plusieurs villes de France pour participer à l’étude pendant trois ans. Les sujets ont été répartis aléatoirement en trois groupes de traitement et un groupe témoin. Les personnes des trois groupes de traitement ont reçu soit le traitement multi-domaine seul, soit un supplément en acides gras oméga-3 seul, soit une combinaison des deux. Le déclin cognitif et fonctionnel sera mesuré durant les trois ans de l’essai et deux ans d’observation après la fin de l’essai. De plus, des sous-groupes de sujets ont accepté de subir des études en neuro-imagerie pour déterminer si le traitement produit un effet biologique pouvant être détecté par une modification du métabolisme cérébral, une diminution du rétrécissement du cerveau, ou par un changement dans le dépôt des plaques amyloïdes dans le cerveau.Le métabolisme cérébral a été évalué en utilisant la tomographie par émission de positons au glucose radioactif (PET-scan-FDG) chez trente-quatre participants ayant reçu une intervention multi-domaine ainsi que des acides gras oméga-3 ou un placebo, et chez trente-quatre autres participants n’ayant reçu aucune intervention multi-domaine, avec placebo ou oméga-3, mais sans exercices physiques ou cognitifs. L’hypométabolisme du glucose dans certaines zones du cerveau peut être associé à la maladie d’Alzheimer et, dans le cadre d’une mesure longitudinale, pourrait devenir un marqueur de la neurodégénérescence. A six et douze mois après le début de l’intervention de prévention, les personnes traitées ont un métabolisme cérébral significativement plus élevé dans la région préfrontale que les sujets du groupe témoin. Ces résultats préliminaires apportent des éléments en faveur de l’utilisation du PET-scan-FDG comme biomarqueur du métabolisme cérébral du glucose, et suggèrent que l’intervention multi-domaine pourrait protéger les personnes âgées de la neuro-dégénérescence, explique le Professeur Bruno Vellas, chef du pôle gériatrie et gérontopôle du CHU de Toulouse.

Schneider N et Yvon C. A review of multidomain interventions to support healthy cognitive ageing. J Nutr Health Aging, octobre 2012. http://download.springer.com/(texte intégral). Subra J et al. The integration of frailty into clinical practice: preliminary results from the gérontopôle. J Nutr Health Aging 2012; 16(8): 714-720. Novembre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23076514.

Prévenir l’hospitalisation

Le Professeur Graham Stokes, directeur général des soins et de l’accompagnement de la démence de la chaîne de maisons de retraite britannique Bupa, alerte l’opinion publique et les parlementaires : selon lui, environ 30% des lits hospitaliers de court séjour sont occupés par des personnes atteintes de démence et leur durée moyenne de séjour est deux fois plus longue que celle des patients hospitalisés sans troubles cognitifs. Il est critique de développer le diagnostic précoce et la prévention pour éviter l’hospitalisation. « Moins de 40% des personnes vivant à domicile sont diagnostiquées. Ces personnes luttent pour faire face, masquent leurs symptômes jusqu’à un certain point, jusqu’à l’incident critique qui les conduit à l’hôpital, où les problèmes se révèlent ». Pour le Pr Graham Stokes, « l’hôpital est le pire lieu de soins pour une personne atteinte de démence. Elle va souvent refuser les soins et est difficile à prendre en charge parce qu’elle ne comprend pas où elle se trouve et ce qui lui arrive ». Seules un tiers de personnes hospitalisées atteintes de démence rentrent chez elles. 

J Dementia Care, novembre-décembre 2012. www.bupaagedcare.com.au/our-approach/understanding-dementia/Dementia-intervention-/Dementia-Intervention. Stokes G. The diagnosis gap. J Dementia Care 2012; 20(3): 18-20 (texte intégral).  www.wecanhelp.org.nz/images/custom/diagnosis_gap.pdf

Fragilité, déficit cognitif et autres incapacités

Le gérontopôle de Toulouse, en collaboration avec le département universitaire de médecine générale, a mis en place, le 20 septembre 2011, la plate-forme d’évaluation des fragilités et de prévention de la dépendance. Il s’agit de la première intervention de prévention de la fragilité en population générale. Cette étude est destinée à modéliser les premiers signes de la « cascade de l’incapacité », de façon à développer des interventions de prévention plus efficaces. Des données d’inclusion montrent une population âgée en moyenne de 82.7 ans (61.9% de femmes). Environ deux tiers des patients reçoivent une aide régulière. 41.4% des patients sont considérés comme pré-fragiles et 52.9% comme fragiles. En termes fonctionnels, 83.9% marchent lentement, 53.8% sont sédentaires et 57.7% ont une faiblesse musculaire. Seuls 10% des patients ont un score supérieur à 10 sur l’échelle SPPB (Short Physical Performance Battery). L’autonomie pour les activités de base de la vie quotidienne apparaît bien préservée (score ADL moyen : 5.6), et la perte d’autonomie pour les activités instrumentales est marginale (score moyen 6.0). Un tiers des patients (33.1%) présente un score MMSE(mini-mental state examination) inférieur à 25. Une démence, mesurée sur l’échelle CDR(clinical dementia rating) est observée chez 11.6% des patients suivis par la plateforme, et un déficit cognitif léger (CDR=0.5) chez 65.8% des patients. Les troubles dépressifs nouvellement diagnostiqués sont rares (3.2% des patients). Un patient sur dix (10.4%) a des troubles de la vision décelables à l’aide de la grille d’Amsler. Près de 9% des patients de l’étude sont en état de malnutrition protéino-énergétique, 34% ayant une altération précoce du statut nutritionnel et 94.9% une déficience en vitamine D. Une version française de ces résultats est disponible.

Subra J et al. The integration of frailty into clinical practice: preliminary results from the gérontopôle. J Nutr Health Aging 2012; 16(8): 714-720. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23076514. Subra J et al. Intégrer le concept de fragilité dans la pratique clinique : l’expérience du Gérontopôle à travers la plateforme d’évaluation des fragilités et de prévention de la dépendance. Cah Année Gérontol, 2012. DOI 10.1007/s12612-012-0303-9. Novembre 2012.

www.ensembleprevenonsladependance.fr/wp-content/uploads/2012/10/Int%C3%A9grer-le-concept-de-fragilit%C3%A9-dans-la-pratique-clinique-.pdf (texte intégral en français)

Le bilan de santé est-il inutile ?

« Les bilans généraux de santé comprennent des tests multiples chez une personne qui ne se sent pas malade, dans le but de détecter une maladie plus précocement, d’éviter qu’une maladie ne survienne, ou simplement rassurer la personne. Les bilans de santé font partie intégrante des soins dans certains pays. Si ces bilans apparaissent intuitivement utiles pour la plupart des gens, certains programmes de dépistage montrent que leurs bénéfices sont moindres que prévu et leurs risques accrus », écrivent Lasse Krogsbøll et ses collègues, du groupe Cochrane pour une pratique et une organisation efficace des soins (un collectif international d’expertise pour la médecine fondée sur des preuves scientifiques), qui publient une revue systématique de la littérature sur le sujet. Les auteurs s’appuient sur les résultats de seize essais cliniques avec un effectif total de cent quatre-vingt-trois mille participants, et un suivi de neuf ans pour la mortalité. Leurs conclusions ? Les bilans de santé généraux ne réduisent ni la morbidité ni la mortalité (toutes causes confondues, causées par un cancer ou une maladie cardio-vasculaire), même si le nombre de nouveaux diagnostics a progressé. Les effets indésirables apparaissent sous-évalués. Les auteurs concluent que les bilans généraux de santé sont inutiles. L’une des raisons de ce manque d’efficacité apparent serait que les médecins généralistes ont déjà identifié les patients à haut risque et sont intervenus lorsqu’ils ont vu les patients pour d’autres raisons. Il se peut aussi que les personnes à haut risque n’aient pas fait de bilan général lorsqu’ils y ont été invités. Enfin, ces essais cliniques sont anciens, les traitements et les facteurs de risque ont pu changer depuis, soulignent les auteurs.

Krogsbøll LT et al. General health checks in adults for reducing morbidity and mortality from disease. Cochrane Database of Systematic Reviews 2012; 10: CD009009. DOI: 10.1002/14651858.CD009009.pub2. 17 octobre 2012.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD009009.pub2/abstract (texte intégral)

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