Activité physique et prévention de la maladie d’Alzheimer : Quelles preuves ? Quel message ?

L’activité physique est une intervention psychosociale prometteuse pour la prévention de la maladie d’Alzheimer, mais il manque des messages de santé publique étayés par des preuves scientifiques. Kathleen Ginis et ses collègues, de l’École des sciences de la santé et de l’exercice de l’Université de Colombie-Britannique à Kelowna (Canada), se sont appuyés sur sept revues systématiques sur le sujet, sur un groupe expert et sur un panel de personnes âgées et de médecins pour délibérer sur les preuves et formuler le message. Le consensus est le suivant : « la pratique régulière d’une activité physique est associée à un risque réduit de développer la maladie d’Alzheimer. Chez les personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer ou d’une autre démence, une activité physique régulière peut améliorer la performance des activités de la vie quotidienne et la mobilité, et peut améliorer la cognition générale et l’équilibre. » Le message, jugé « approprié, utile et clair » par le panel de personnes âgées et de médecins, est aujourd’hui largement relayé dans le monde entier. 

Marchons, marchons

Au Japon, Yasutake Tomata et ses collègues, de la division d’épidémiologie de l’Université Tohoku de Sendaï, ont suivi une cohorte de six mille neuf cents personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, sans incapacité à l’inclusion. L’incidence de la démence six ans après l’inclusion est de 9.2%. Par rapport aux personnes marchant le moins (moins de trente minutes par jour), les personnes qui marchent au moins une heure par jour ont un risque significativement réduit (-28%) de développer une démence. Pour les auteurs, « ces résultats suggèrent que le maintien d’un niveau élevé d’activité physique à partir du milieu de la vie pourrait être une stratégie clé pour la prévention de la démence à un âge plus avancé. »

Tomata Y et al. Changes in time spent walking and the risk of incident dementia in older Japanese people: the Ohsaki Cohort 2006 Study. Age Ageing, 5 mai 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28475691.

Prévention du risque de chute : qu’en pensent les personnes malades et leurs aidants ?

Tamsin Peach, du partenariat local CityCare, Kristian Pollock, de l’École des sciences de la santé de l’Université de Nottingham (Royaume-Uni), et leurs collègues, ont exploré les attitudes de vingt couples de personnes âgées atteintes de déficit cognitif léger ou de démence légère, et leurs aidants, concernant le risque de chute et sa prévention. Les participants à l’étude ont été recrutés dans des centres mémoire et des centres de prévention des chutes. Leurs attitudes sont similaires à celles des personnes âgées n’ayant pas de troubles cognitifs. Les attitudes sont variables et parfois contradictoires. Si certaines personnes s’inquiètent des conséquences prévisibles des chutes, beaucoup résistent à l’idée de s’identifier comme des « chuteurs » potentiels, même si elles sont déjà tombées, et rejettent l’idée d’avoir besoin de l’aide que signifierait le recours à une intervention structurée. Les participants préfèrent faire face à la situation présente plutôt que d’anticiper et se préparer à affronter un avenir incertain. « Les participants ne pensent pas que les interventions de prévention des chutes sont applicables à leur propre cas », écrivent les auteurs. « La difficulté, pour les cliniciens, se situe dans la façon de présenter les interventions en comprenant et en respectant l’identité de la personne âgée. Les professionnels doivent identifier les objectifs auxquels les personnes âgées et leurs aidants accordent de la valeur. Des approches simplistes ou paternalistes sont vouées à l’échec. Des interventions individualisées, visant à maintenir l’autonomie et à préserver la qualité de vie, seront davantage acceptées à condition de promouvoir une image de soi positive pour les personnes malades et leurs aidants familiaux. »

Peach T et al. Attitudes of older people with mild dementia and mild cognitive impairment and their relatives about falls risk and prevention: A qualitative study. PLoS ONE 12(5): e0177530. 19 mai 2017.

http://journals.plos.org/plosone/article/file?id=10.1371/journal.pone.0177530&type=printable (texte intégral).

Le cri des Maoris : un facteur de protection

Le ministère de la Santé de Nouvelle-Zélande publie des résultats complémentaires à son rapport Santé, autonomie et aide au grand âge, publié en décembre 2017. L’Université d’Auckland a mené une étude de cohorte auprès de neuf cent personnes âgées vivant dans la Baie de l’Abondance, où les Européens ont pris pied en 1769 avec James Cook. Des inégalités sociales sont observées dans les facteurs de risque. Les non-Maoris sont privilégiés dans l’accès à l’éducation, la position socio-économique et l’accès à la santé. En revanche, le bilinguisme est associé à une réduction du risque de démence. Les aînés des Maoris ont un rôle social important, impliquant des activités cognitives complexes. À travers le kapa haka, qui réunit des groupes de personnes pour pratiquer et présenter les chants mimés et les mouvements associés aux combats à mains nues ancestraux, les activités culturelles peuvent apporter une stimulation cognitive importante et préserver ainsi la cognition jusqu’à un âge avancé ».

En Australie, Kylie Radford et ses collègues, de l’équipe de recherche en neurosciences de l’Université de la Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney, dans une étude auprès de trois cents Aborigènes âgés de soixante à quatre-vingt-douze ans, montrent que le stress dans la petite enfance, lié à la précarité sociale, est associé à une augmentation significative du risque de démence à la fin de la vie.

www.health.govt.nz/publication/dementia, University of Auckland. Dementia. Supplementary Findings from LiLACS NZ for Section Five, ‘Service Use and Common Health Conditions’ in the report ‘Health, Independence and Caregiving in Advanced Age’. 10 mai 2017.www.fmhs.auckland.ac.nz/assets/fmhs/faculty/lilacs/research/docs/Dementia-Supplement-Research-Report.pdf. Tahiti News, www.tntv.pf/Le-haka-pour-lutter-contre-la-maladie-d-Alzheimer_a19225.html, 29 mai 2017. Radford K et al. Childhood Stress and Adversity is Associated with Late-Life Dementia in Aboriginal Australians. Childhood Stress and Adversity is Associated with Late-Life Dementia in Aboriginal Australians. Am J Geriatr Psychiatry, 26 mai 2017. www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1064748117303160

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