La prévention, une question trop peu abordée

« La prévention est une question assez peu abordée lorsqu’on évoque la maladie d’Alzheimer et les troubles apparentés. Pourtant, les facteurs permettant au résident malade de voir son état se stabiliser, voire s’améliorer, sont nombreux », déclare le Dr Jean-Pierre Aquino, coordonnateur du plan national de prévention de la perte d’autonomie. « Il ne s’agit pas simplement d’accompagner des résidents, mais également de prévenir la majoration de leurs troubles, en travaillant sur leurs compétences maintenues et en cessant de se focaliser sur leurs incapacités. Plusieurs éléments vont permettre d’atteindre cet objectif. Tout d’abord, les facteurs médicaux. Ainsi, la survenue d’une maladie intercurrente ou d’une chute, une prescription médicamenteuse inadaptée ou un état nutritionnel précaire peuvent être à l’origine de bien des aggravations. Mais l’environnement joue aussi un rôle important. Ainsi, l’aménagement des locaux facilitant les déplacements et l’orientation dans l’espace, l’organisation des repas et l’animation, sont autant d’aides précieuses pour la qualité de vie des résidents. Enfin, les équipes jouent un rôle central pour prévenir la perte d’autonomie des personnes malades. Leur formation, leur connaissance de la maladie et leur expérience sont essentielles ». Pour le Dr Aquino, les médecins coordonnateurs doivent, dès l’entrée du résident en établissement, être attentifs à plusieurs signaux qui peuvent entraver la communication, comme la vue ou l’audition. « Une démarche trop rarement menée dans les établissements » : selon une enquête menée par la Fondation Médéric Alzheimer en juin 2016 auprès de deux mille établissements, seuls 33% d’entre eux procèdent à ce type d’examen et seulement 6% formulent des recommandations.

Le Journal du médecin coordonnateur, juillet-septembre 2017.

Études européennes d’intervention multi-domaines : quels résultats ?

Chacun peut-il adopter un mode de vie "anti-démence" ?, s’interroge Elena Sender, de Sciences et Avenir. « Les chercheurs fondaient beaucoup d'espoir sur trois études dites d'intervention - constituant à modifier activement les facteurs de risque dans un groupe d'individus - lancées dans le cadre de l'European Dementia Prevention Initiative (EDPI), créée en 2011. Las ! l'étude néerlandaise Prediva, dont le but était de réduire le risque vasculaire pendant six ans chez 3 500 volontaires, n'a pas donné de résultat positif. Pas plus que l'essai français MAPT (Multidomain Alzheimer Preventive Trial), pour lequel plus de 1 500 participants âgés de 70 ans avaient entrepris un programme ciblé sur trois ans. Seule l'étude finlandaise Finger (Finnish Geriatric Intervention Study to Prevent Cognitive Impairment and Disability) s'est révélée positive.  630 personnes à haut risque de démence, âgées de 60 à 77 ans, ont adopté un mode vie supposé protecteur (nutrition, entraînement cognitif et sportif…). Les performances cognitives du groupe bénéficiant d'un entraînement cognitif et physique pendant deux ans ont dépassé celles du groupe témoin. Seuls 12% des participants sont sortis de l’essai clinique durant cette période. « Nous avons maintenant une bonne preuve que la combinaison de ces facteurs peut améliorer la cognition après soixante ans », note le Pr Miia Kivipelto, du centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut Karolinska de Stockholm (Suède), coordinatrice de l'étude. Ces résultats sont-ils scientifiquement convaincants ? « Pour avoir une preuve solide, il faudrait lancer une vaste recherche internationale sur des dizaines de milliers de personnes durant plusieurs années », tempère le Pr Philippe Amouyel, président de la Fondation de coopération scientifique Plan Alzheimer.

www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/alzheimer-la-prevention-fait-ses-preuves_115989, 20 septembre 2017. Ngandu T et al. A 2-year multidomain intervention of diet, exercise, cognitive training, and vascular risk monitoring versus control to prevent cognitive decline in at-risk elderly people (FINGER): a randomised controlled trial. Lancet. 2015; 385(9984): 2255-2263. 6 juin 2015.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25771249.

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