Incidence et prévalence relatives de la démence : en baisse

« Les cas de démence affichent une nette baisse au Royaume-Uni [par rapport aux deux dernières décennies], en particulier chez les hommes, » rappelle Fabrice Gzil, docteur en philosophie et responsable du pôle Études et recherche de la Fondation Médéric Alzheimer, dans un entretien avec Thomas Gorriz, du journal en ligne Atlantico. « Plusieurs études, européennes et nord-américaines, montrent des résultats analogues. Mais il ne faut pas se tromper ! Ces études ne montrent pas une baisse du nombre de cas. Elles montrent une baisse de la prévalence et de l’incidence relatives : dans une même classe d’âge, par exemple entre soixante-dix et quatre-vingts ans, la proportion de personnes atteintes a diminué au cours des trois dernières décennies ; et alors même que le nombre de personnes âgées a beaucoup augmenté depuis les années 1980, le nombre de nouveaux cas de démence par an n’a pas beaucoup progressé. En d’autres termes, les générations nées plus récemment ont un risque statistique plus faible de développer des troubles cognitifs incapacitants que les générations nées plus tôt. C’est une nouvelle très importante. Cela signifie que nous sommes déjà en train de faire des progrès en matière de lutte contre les démences, alors qu’il y a peu de temps encore nous ne le savions pas. Mais il faut garder à l’esprit qu’en valeur absolue, comme l’espérance de vie s’allonge, le nombre de personnes atteintes de troubles cognitifs chroniques et évolutifs continue d’augmenter. Notons aussi que dans les études britanniques, c’est dans la population masculine que la prévalence et l’incidence de la démence ont diminué, et que la proportion de cas de démence est restée importante chez les populations à faible revenu. » En France, dans le milieu rural et agricole (cohortes PAQUID et AMI), on constate également une baisse significative de la prévalence relative des déficits cognitifs avec incapacité (38% en 20 ans), ainsi qu’une diminution de l’incidence de la démence chez les femmes, entre les années 1990 et les années 2000. Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer ces évolutions : un style de vie plus sain pendant l’âge adulte (alimentation, activité physique, arrêt du tabac…) ; la poursuite d’une activité physique et intellectuelle et le maintien d’une vie sociale avec l’avancée en âge ; un meilleur contrôle des facteurs de risque vasculaires (hypertension, cholestérol, diabète…) et psychologiques (anxiété, dépression) ; mais aussi une amélioration globale de l’état de santé et des conditions de vie, une augmentation du niveau d’études, et l’activité professionnelle des femmes.

La survenue des troubles cognitifs chroniques et invalidants n’est pas une fatalité

Pour Fabrice Gzil, « ces études nous rappellent que la survenue, au cours du vieillissement, de troubles cognitifs invalidants n’est pas une fatalité. Elles suggèrent qu’un mode de vie plus sain, au cours de la vie adulte, peut réduire le risque de développer un syndrome démentiel à un âge avancé. Cela signifie qu’en parallèle des efforts importants qui sont actuellement accomplis pour mettre au point des traitements contre les pathologies qui entraînent des troubles démentiels (comme la maladie d’Alzheimer), il serait souhaitable de mettre en œuvre d’ambitieuses politiques de prévention primaire. Mais n’en tirons surtout pas la conclusion que les individus qui ont des troubles cognitifs sont responsables de ce qui leur arrive ! Les enseignements que l’on peut tirer des études épidémiologiques sont d’abord populationnels. Ce que montrent les études indiquant une baisse de la prévalence et de l’incidence des syndromes démentiels, c’est d’abord qu’il ne faut pas relâcher nos efforts en matière de santé publique (en particulier concernant les facteurs de risques vasculaires). Mais ne négligeons pas les dimensions sociales du phénomène ! Si une population en meilleure santé et mieux éduquée a un risque plus faible de développer une démence, et s’il est confirmé que la baisse de la prévalence est moindre chez les femmes et chez les populations à faible revenu, alors nous sommes face à des inégalités sociales. En d’autres termes, il faudra une approche globale pour réduire le risque, ou retarder la survenue, des troubles cognitifs chroniques et invalidants. »

Activités potentiellement à risque

Halima Amjad et ses collègues, de la division de médecine gériatrique et gérontologique de l’Université Johns Hopkins de Baltimore (Etats-Unis), ont analysé les activités de sept mille six cents assurés sociaux du régime Medicare (pour les personnes âgées), suivis depuis 2011 (National Health and Aging Trends Study). Plus de mille d’entre eux avaient une démence probable. Chez les personnes ayant une démence probable non diagnostiquée, 28% conduisent, 30% gèrent leurs finances personnelles et 42% se préparent des repas chauds. Chez les personnes ayant une démence probable diagnostiquée, ces proportions sont respectivement de 17%, 12% et 17%. Avec l’aggravation des symptômes, les personnes malades deviendront progressivement incapables de réaliser ces tâches. « Les familles peuvent agir tant que la personne est semi-autonome », explique le Dr Amjad, en utilisant des caméras Internet pour suivre ce qui se passe, ou pour éteindre automatiquement le feu.   Un diagnostic précoce aide les familles à mettre ces mesures en place, et avoir du temps pour prévenir les risques, plutôt que de prendre des décisions en temps de crise. Ce qu’une personne est capable de faire ou non doit être examiné au cas par cas. Chaque situation individuelle est unique. »

Amjad H et al. Potentially Unsafe Activities and Living Conditions of Older Adults with Dementia. J Am Geriatr Soc, 2 juin 2016. www.reuters.com/article/us-health-dementia-safety-idUSKCN0YP25B, 3 juin 2016. Medical Xpress, 7 juin 2016. www.techtimes.com/articles/162944/20160604/undiagnosed-dementia-ups-risk-of-older-adults-to-perform-dangerous-activities.htm, 4 juin 2016.

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