Prospective : l’environnement de la démence après 2025

Le plan Alzheimer américain vise à développer un traitement pouvant stopper ou retarder la progression de la maladie d’ici 2025. Un groupe d’experts internationaux, animé par Paul-Ariel Kenigsberg, adjoint au responsable de la cellule de coordination, prospective et stratégie de la Fondation Médéric Alzheimer, repousse cet horizon, et estime qu’il ne devrait pas y avoir d’avancées significatives sur le développement des médicaments à cette date. La prévention de la maladie d’Alzheimer, ciblée sur la réduction des facteurs de risque vasculaires et liés au style de vie, pourrait être un objectif plus réaliste que le traitement. Le niveau d’éducation et l’évaluation de la réserve cognitive dans les tests neuropsychologique méritent une plus grande attention, ainsi que les aspects culturels, sociaux et économiques de l’aide. Les technologies d’assistance pour l’accompagnement de la démence restent complexes. Les jeux sérieux (serious games) émergent comme outils de formation et de loisir, et peuvent être conçus pour le maintien des compétences individuelles et le développement collaboratif des compétences collectives. Il est vraisemblable que les politiques publiques continueront à améliorer la sensibilisation du grand public et à améliorer la compréhension de la démence, à proposer de façon précoce un diagnostic et des interventions de qualité jusqu’en fin de vie, en utilisant des critères d’évaluation cliniques et économiques, et en mettant en œuvre les plans Alzheimer plus rapidement, pour davantage de personnes. La démence doit continuer à être présentée comme un concept distinct de la fragilité ou de la perte d’autonomie. Les connaissances scientifiques fondamentales sur les déficits cognitifs et sur la participation sociale des personnes atteintes de démence doivent être développées. L’apprentissage par Internet (e-learning) devrait améliorer la formation du grand public et des professionnels. Face à la réduction des financements, une nouvelle dynamique professionnelle et économique devrait émerger, à travers des réseaux de recherche coordonnés et flexibles. La recherche psychosociale pourrait être considérée comme un investissement pour la qualité des soins, plutôt que comme un objet de réussite académique dans quelques centres d’excellence. Cela pourrait donner un avantage concurrentiel aux meilleurs opérateurs. En s’appuyant sur les besoins d’accompagnement, une approche logique, systémique de l’environnement de la démence, prenant en compte les interventions organisationnelles, architecturales et psychosociales, peut être développée avec pour objectif de réduire les symptômes chez les personnes malades et améliorer leur qualité de vie. Un environnement accueillant, la prise en compte de la culture et la dimension domestique familière sont les facteurs clés de succès de ces interventions.

Kenigsberg PA, Aquino JP, Bérard A, Gzil F, Andrieu S, Banerjee S, Brémond F, Buée L, Cohen-Mansfield J, Mangialasche F, Platel H, Salmon E, Robert P.  Dementia beyond 2025: Knowledge and uncertainties. Dementia (London) 2016; 15(1): 6-21. Janvier 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25740575.

www-sop.inria.fr/members/Francois.Bremond/Postscript/dementia2015.pdf (texte intégral).

Agir sur les facteurs de risque modifiables : quel rôle pour le médecin généraliste ?

Une personne atteinte de maladie d’Alzheimer sur deux n’est pas diagnostiquée. Au Royaume-Uni, depuis mars 2015, les autorités ont souhaité améliorer ce taux de diagnostic et apporter un soutien après le diagnostic. Pour y parvenir, une incitation financière a été proposée contractuellement aux médecins généralistes pour chaque patient détecté montrant les premiers signes de la maladie. Cependant cette approche reste controversée, en raison de difficultés à porter un diagnostic précis, notamment aux premiers stades, au fait que moins de la moitié des cas de déficit cognitif léger évolueront vers une démence, au manque de dispositifs d’accompagnement de proximité adaptés, et au manque de traitement efficace. Catherine O’Donnell, professeur de médecine générale à l’Université de Glasgow (Ecosse) et l’équipe du projet européen in-MINDD (Innovative, midlife intervention for dementia deterrence) suggèrent de changer d’objectif : ne plus essayer d’améliorer le diagnostic précoce, mais au contraire améliorer la prévention au milieu de la vie, vers l’âge de cinquante ans, en aidant les personnes à modifier leur style de vie pour agir sur les facteurs de risque modifiables.

O’Donnell CA et al. Promoting modifiable risk factors for dementia: is there a role for general practice? Br J Med Practice, 1er novembre 2015.

http://bjgp.org/content/65/640/567.article-info, www.inmindd.eu, 11 janvier 2016.

Agir sur les facteurs de risque modifiables : le cas des malades jeunes

L’équipe du Professeur Brian Draper, du département de psychiatrie du sujet âgé de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney (Australie), propose une revue des études évaluant l’impact des facteurs de risque modifiables chez les personnes de moins de soixante-cinq ans atteintes de maladie d’Alzheimer (formes non héréditaires) et de démence vasculaire. Ces facteurs de risque potentiels sont les maladies cardiovasculaires, psychiatriques, la consommation élevée d’alcool et les facteurs liés aux hormones œstrogènes. Les effets de l’éducation, du développement durant l’enfance, de la consommation de tabac et de l’exposition aux métaux lourds ne sont pas prouvés.

Cations M et al. What is the role of modifiable environmental and lifestyle risk factors in young onset dementia? Eur J Epidemiol, 30 novembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26620808.

Prévention secondaire de la maladie d’Alzheimer

La prévention consiste à éviter l'apparition, le développement ou l'aggravation de maladies ou d’incapacités. On distingue la prévention primaire, qui agit en amont de la maladie, la prévention secondaire qui agit à un stade précoce de son évolution (dès que l’on observe les premiers signes de la maladie), et la prévention tertiaire qui agit sur les complications et les risques de récidive. Le projet EPAD (European Prevention of Alzheimer’s Disease), porté par un consortium public-privé, financé par l’Initiative Innovative Medicines (médicaments innovants), vise à accroître les chances de succès lors du développement de nouveaux traitements pour la prévention secondaire de la maladie d’Alzheimer. Le projet EPAD aidera à tester différentes molécules auprès de cette population au stade pré-démentiel selon quatre dimensions : l’amélioration de l’accès aux cohortes et registres existants, le développement d’un registre d’environ vingt-quatre mille personnes pouvant potentiellement développer une démence de type Alzheimer ; l’établissement d’une cohorte longitudinale pour suivre l’évolution de six mille personnes ; et la mise en place d’un essai clinique portant sur mille cinq cents personnes pour établir la preuve du concept de prévention secondaire.  Le projet, coordonné par le Pr Craig Ritchie, du département de psychiatrie de l’Université d’Edimbourg (Royaume-Uni), regroupe actuellement des chercheurs du centre de recherche sur le cerveau de la Fondation Pasqual Maragall à Barcelone (Espagne), du département de psychiatrie de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), et des équipes de recherche et développement des laboratoires Janssen (Etats-Unis, Pays-Bas) et Eisai (Etats-Unis).

Ritchie CW et al. Development of interventions for the secondary prevention of Alzheimer's dementia: the European Prevention of Alzheimer's Dementia (EPAD) project. Lancet Psychiatry, 9 décembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26683239.

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