Politique de la recherche : Etats-Unis

Zaven et Ara Khachaturian, rédacteur en chef et directeur de la rédaction d’Alzheimer's and Dementia, la revue scientifique de l’association Alzheimer des Etats-Unis, écrivent au nom de la « campagne pour prévenir la maladie d’Alzheimer d’ici 2020 » : « il existe de nombreuses difficultés entravant la découverte et le développement d’interventions efficaces pour prévenir la démence. Trois tendances majeures se croisent aujourd’hui : pour influencer l’intérêt émergent pour des traitements modifiant la progression de la maladie, qui pourraient retarder ou stopper la démence : la révolution de la longévité et l’impact du vieillissement de la société ; les effets de l’investissement fédéral américain dans la recherche et l’avancement des connaissances en neurobiologie du vieillissement normal et pathologique ; la difficulté des législateurs et des décideurs politiques américains à allouer de façon équilibrée des ressources toujours plus rares. « Les auteurs s’appuient sur l’histoire du développement des programmes de recherche de l’Institut national du vieillissement dans les dix dernières années.

Khachaturian ZS et Khachaturian AS. Politics of science: Progress toward prevention of the dementia-Alzheimer's syndrome. Mol Aspects Med, 5 juin 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26054567.

Prévention de la dépendance liée à l’hospitalisation : une approche centrée sur la famille

Le Professeur Marie Boltz, docteur en sciences infirmières et ses collègues du Boston College (Etats-Unis), ont conçu et testé une intervention centrée sur la famille et destinée à prévenir la perte d’autonomie induite par l’hospitalisation chez les personnes atteintes de démence. L’intervention permet d’améliorer la réalisation des actes de la vie quotidienne et de la marche, de réduire la durée du syndrome confusionnel (delirium) et les réhospitalisations, mais pas les troubles de l’équilibre chez la personne malade. Quant aux aidants, ils sont mieux préparés à leur rôle. Cette intervention n’a pas d’effet significatif sur la dépression ou l’épuisement de l’aidant, ou sur les relations de l’aidant à la personne malade.

Boltz M et al. Juin 2015. Testing family-centered, function-focused care in hospitalized persons with dementia. Neurodegener Dis Manag 2015; 5(3): 203-215. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26107319.

Mobilité des seniors : de quoi parle-t-on ? (1)

L’une des trois Journées de la prévention 2015 de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) était consacrée à la mobilité des seniors. Le Professeur Gilles Berrut, chef du pôle hospitalo-universitaire de gérontologie clinique au CHU de Nantes, rappelle que vingt-cinq ans séparent la fin de l'activité professionnelle de la perte d'autonomie. « Or ces vingt-cinq années n'ont pas d'identité claire dans le paysage » : « quand on parle de mobilité des personnes âgées, il convient d'intégrer plusieurs notions : la mobilité personnelle, domestique, urbaine, géographique... ». La mobilité personnelle est caractérisée par la lenteur. Elle est dépendante de plusieurs systèmes. La sensorialité, avec la vue par exemple, qui reste indispensable pour ne pas craindre de se déplacer. D’où l'importance d'instaurer des dépistages visuels ou auditifs. Le système locomoteur est un autre élément important. Avoir mal aux pieds par exemple ne facilite pas les déplacements. La neuropsychologie ensuite. Les personnes âgées peuvent présenter des troubles de la marche, dépendants de difficultés cognitives. Le problème principal en est la chute. Selon Gilles Berrut, 70 % des chutes sont liées à des troubles cognitifs. Il estime que la kinésithérapie proposée aux personnes âgées est inadaptée, et suggère d’explorer d'autres pistes comme le taï-chi, art martial chinois basé sur des mouvements lents. La mobilité domestique est améliorée par l’aménagement du domicile, qui cherche à préserver les capacités restantes pour permettre à la personne de continuer à s'adapter et de mettre en place des stratégies lorsqu'elle est seule.

www.agevillage.com, 22 juin 2015.

Mobilité des seniors : de quoi parle-t-on ? (2)

La mobilité urbaine et géographique est variable d’un territoire à l’autre. La réforme régionale va obliger à repenser les espaces en fonction des mouvements de la population des personnes âgées dans les dix prochaines années. Pour Gilles Berrut, la personne âgée peut être considérée comme une personne migrante, qui change plusieurs fois de domicile. « À l'heure de la retraite, elle déménage souvent au soleil, pour profiter d'un temps plus agréable. Puis elle se rapproche d'un enfant ou rejoint un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) moins cher à la mort du conjoint. Elle s'isole alors de son réseau social, est perdue géographiquement et se désinsère. Cela concerne 21% des personnes âgées de plus de soixante ans. Mais d'ici dix ans, ce chiffre va considérablement augmenter. C'est un sujet qu'il nous faut traiter maintenant. Car nous rencontrerons des difficultés du point de vue médical, de l'urbanisme, de l'économie, des services. Il faut mettre en place des formations dès maintenant. » Jean-Marie Chapon, représentant du dispositif Villes amies des Ainés, rappelle que « pendant très longtemps, la vision du grand âge s'est concentrée sur les questions liées au soin. Les attentes étaient fortes. Les EHPAD se sont multipliés, loin des centres villes. Aujourd'hui on sait que la mobilité de proximité est importante pour maintenir un lien social et éviter la désinsertion. » Une étude de géolocalisation par satellite a permis d’analyser les déplacements des personnes âgées. En moyenne, ils n'excèdent pas cinq cent mètres. La distance idéale serait de trois cents mètres. Les personnes âgées se rendent essentiellement dans les commerces de proximité. » Les autres motifs de sortie sont concentrés sur le lien social et la rencontre avec les voisins. Les transports en commun restent pour cela très importants et ne sont utilisés que si le temps d'attente n'excède pas quinze minutes. Au-delà, cela génère des inquiétudes. Il faut aussi penser aux bancs pour s’asseoir, si possible couverts et à la présence de toilettes sur le trajet, même si ces équipements ne sont pas utilisés. »

www.agevillage.com, 22 juin 2015.

Mobilité des seniors : se déplacer en ville et à la campagne (3)

George Holley-Moore et Helen Creighton, chercheurs en politique publique au centre international de la longévité (ILC) à Oxford (Royaume-Uni), en collaboration avec l’association des personnes âgées Age UK, publient une étude de prospective sur l’avenir du transport dans une société vieillissante. S’appuyant sur des données de l’étude anglaise longitudinale sur le vieillissement ELSA et sur un séminaire d’experts, le rapport conclut que le système de transport actuel est inadapté aux besoins des personnes âgées. 68% des ménages où l’une des personnes est âgée de plus de soixante-dix ans ont une voiture. Ce sont les problèmes de santé, plus que l’avancée en âge, qui sont à l’origine de l’arrêt de la conduite pour 43% des personnes âgées de plus de soixante ans. 1.45 millions de personnes âgées de plus de soixante-cinq ans ont des difficultés pour se rendre à l’hôpital, et 630 000 pour aller consulter leur médecin généraliste. Ce sont les personnes les plus défavorisées au plan économique et au plan de la santé qui ont le plus de difficultés de transport pour se rendre dans les services de santé. Ces personnes disposent d’un revenu moyen de 313 livres (439 euros) par semaine. Les personnes âgées de plus de soixante-cinq ans qui n’utilisent pas les transports publics considèrent qu’ils sont peu pratiques et ne les conduisent pas là où elles le souhaitent. Les femmes, les personnes ayant un faible revenu et les personnes sans voiture sont les moins critiques, probablement parce qu’elles n’ont pas le choix. Quant au vélo, il n’est pratiqué que par 8% des hommes et 3% des femmes de plus de soixante-cinq ans. Les passages piétons à la demande, utilisant un bouton-poussoir pour demander l’arrêt de la circulation automobile (système Pelican : Pedestrian Light Controlled Crossing) sont réglés à une vitesse de marche pour les piétons de 1.2 mètres par seconde, mais 76% des hommes et 85% des femmes de plus de soixante-cinq ans marchent moins vite. Quant au transport en zone rurale, il est peu accessible. Seuls 20% des personnes âgées de soixante-dix à soixante-quatorze ans vivant à la campagne utilisent un transport public, contre 38% de celles habitant en ville. 18% des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans vivant à la campagne n’utilisent pas les transports publics parce qu’ils ne sont pas disponibles, contre 2% des personnes âgées vivant en zone urbaine. Les opportunités d’amélioration reposent sur une prise de décision locale, la technologie et le bénévolat.

Holley-Moore G et Creighton H. The Future of Transport in an Ageing Society. International Longevity Center-UK, Age UK. Juin 2015.

 www.ilcuk.org.uk/images/uploads/publication-pdfs/The_Future_of_Transport_in_an_Ageing_Society_FINAL.pdf (texte intégral).

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