Bien vieillir : de quoi parle-t-on ?

Pour le Professeur Christian Derouesné, « les modèles du concept de bien vieillir restent bien flous », et « rejeter la responsabilité de la qualité du vieillissement sur le seul individu renvoie à une forme d’ultralibéralisme, triomphe de l’individualisme. S’il est légitime de préconiser la lutte contre certains facteurs de risque au plan social, il serait abusif de faire porter aux sujets la responsabilité de la qualité de leur vieillissement en leur faisant croire que la prescription de « bonnes pratiques » leur assure de bien vieillir, sans tenir compte du rôle des situations de gêne et des conditions de la vie passée et présente. Peut-être d’ailleurs que si beaucoup de sujets âgés ont tant de difficultés à appliquer les recommandations concernant le « bien vieillir », c’est que ces recommandations leur apparaissent comme étrangères ou inopportunes par rapport à leur vie et à leurs croyances. Bien vieillir, c’est aussi savoir rester soi-même, dans la continuité de sa vie, de ses croyances, de ses projets. 

Derouesné C. Editorial. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(2) : 175-176.

Promotion du bien vieillir : quels axes de prévention privilégier ?

Régis Gonthier, du département de gérontologie clinique du CHU de Saint-Etienne, a coordonné une étude descriptive auprès d’un millier de personnes âgées en bonne santé, explorant les difficultés ressenties dans leur vie quotidienne, les attitudes choisies pour bien vieillir et l’impact des actions de prévention. 66% des personnes interrogées ont répondu au questionnaire. Parmi les répondants, les principales plaintes exprimées concernent la mémoire (20.4%) et l’état affectif (18.9%). Le sommeil (82.3%) et l’activité physique (81.4%) sont rapportés comme des éléments essentiels pour le bien vieillir. Les activités à caractère social sont considérées comme significativement plus importantes pour bien vieillir chez les sujets ayant le plus haut niveau d’études. Les actions de prévention ciblées sur l’équilibre et la mémoire apparaissent indispensables.

Crawford-Achour E et al. La promotion du bien vieillir et sa représentation par la personne âgée : quels axes de prévention privilégier ? Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(2) : 207-214. Juin 2012.

www.unboundmedicine.com/medline/ebm/record/22713850/.

Fragilité

Les Professeurs Bruno Vellas, directeur du gérontopôle de Toulouse et président de l’Association internationale de gériatrie et gérontologie (IAGG), et John Morley, directeur de la division de médecine gériatrique de l’Université de Saint-Louis (Missouri, Etats-Unis), rappellent que 95% des professionnels de la gériatrie s’occupent de personnes déjà dépendantes. Selon eux, il y a « nécessité absolue » de prendre en charge les personnes âgées pré-fragiles et fragiles, afin de prévenir la dépendance rapide de la population âgée vieillissante, et l’anticiper pour promouvoir des soins plus efficients. De nouveaux outils, développés par l’IANA (International Academy on Nutrition and Aging) ou la clinique de la fragilité du gérontopôle de Toulouse, permettent une évaluation simple de la fragilité. Il est nécessaire de développer le diagnostic à un stade prodromal (signes avant-coureurs) de pathologies liées à l’âge, dont le déficit cognitif léger, afin d’intervenir lorsqu’il en est encore temps. Des interventions multi-modales ou multi-domaines, qui restent à standardiser, visent à prévenir la fragilité par l’exercice physique, l’exercice cognitif, la nutrition, l’accompagnement social et la réduction de l’hospitalisation évitable. « Si nous sommes capables de reconnaître et de traiter la fragilité dans notre pratique clinique, ce sera un nouveau champ de la médecine gériatrique. Nous serons alors capables de développer une recherche clinique de haut niveau sur les biomarqueurs, l’imagerie et les nouvelles approches thérapeutiques », écrivent les deux gériatres. « Ce mouvement de la médecine gériatrique vers les personnes pré-fragiles et fragiles sera intéressant au plan du coût et de l’efficacité et peut donner un nouveau rebond à la gériatrie ».

Vellas B et Morley JE. Implementing Frailty Into Clinical Practice : We Cannot Wait. J Nutr Health Aging, 30 juin 2012. www.garn-network.org/newsletter-garn-1.pdf.

Style de vie, activités et déclin cognitif

« La variété est le sel de la vie » : le département de santé mentale de l’Université Johns Hopkins de Baltimore (Maryland, Etats-Unis), a suivi des femmes âgées vivant à domicile pendant une décennie, en mesurant la fréquence de leur participation à différentes activités reliées au style de vie, impliquant une difficulté cognitive forte (par exemple la lecture), modérée (discuter de politique) ou faible (regarder la télévision), l’utilité perçue de ces activités ainsi que les capacités de rappel verbal, de vitesse psychomotrice et de fonction exécutive. Indépendamment de la difficulté cognitive, une plus grande variété dans la participation à des activités est associée à une réduction de 8% à 11% du risque d’incapacité en termes de mémoire verbale et de cognition globale.

L’équipe de Laura Fratiglioni, du centre de recherche sur le vieillissement à l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède) montre, dans une étude portant sur trois cent quatre-vingt-huit personnes très âgées (âge moyen supérieur à 81.2 ans), suivies pendant neuf ans (Kungsholmen Project), qu’un style de vie actif (participation à des activités mentales, physiques ou sociales) retarde la survenue de la démence de dix-sept mois en moyenne, par rapport à un style de vie inactif.

Carlson MC et al. Lifestyle activities and memory : variety may be the spice of life. The women’s health and aging study II. J Int Neuropsychol Soc 2012 ; 18(2) : 286-294. Mars 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22172155. Paillard-Borg S et al. An Active Lifestyle Postpones Dementia Onset by More than One Year in Very Old Adults. J Alzheimers Dis, 29 juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22751170

Prévention : quand intervenir ?

Serge Gauthier et ses collègues, du centre d’études sur le vieillissement de l’Université McGill de Montréal (Québec), en collaboration avec Liyong Wu, du département de neurologie de l’hôpital Xuanwu de l’Université capitale de Pékin (Chine), proposent une revue sur les stratégies de prévention de la maladie d’Alzheimer : « le traitement symptomatique au stade démentiel de la maladie d’Alzheimer ne peut ni retarder, ni arrêter la progression de la maladie. C’est pourquoi la prévention au stade préclinique est probablement la façon la plus efficace de réduire l’incidence de la maladie », chez les personnes à risque, en utilisant un score de risque composite comprenant les facteurs d’âge, de sexe, les antécédents familiaux, le génotype ApoE4, la tension artérielle systolique, l’indice de masse corporelle, le niveau de cholestérol total et l’activité physique.

Pour Maiia Kivipelto et ses collègues, de l’Université de Finlande orientale et de l’institut Karolinska de Stockholm, qui ont validé un tel score de risque, il est important de considérer la prévention tout au long de la vie. L’équipe teste les effets d’une intervention multi-domaine, ciblant plusieurs facteurs de risque simultanément, auprès de mille deux cents personnes âgées de soixante à soixante-dix-sept ans (étude FINGER).

Gauthier S et al. Prevention strategies for Alzheimer’s disease. Transl Neurodegen 2012 ; 1(13), 28 juin 2012. www.translationalneurodegeneration.com/content/pdf/2047-9158 (texte intégral). Solomon A et al. Prevention of Alzheimer's Disease: Moving Backward through the Lifespan. J Alzheimers Dis, 29 juin 2012.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22751171.

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