Entraînement cognitif : quelle efficacité dans la prévention de la démence ?

Jerri Edwards, du département de psychiatrie et sciences du comportement de l’Université de Tampa (Floride, Etats-Unis), en collaboration avec des chercheurs de l’Université de l’Indiana, a mené un essai contrôlé et randomisé auprès de 2 802 personnes âgées, pour comparer l’efficacité de trois programmes d’entraînement cognitif, basés respectivement sur la mémoire, le raisonnement et la vitesse de réaction, et d’un groupe témoin non exposé à un entraînement cognitif. L’intervention consiste en 10 séances maximum pendant 6 semaines, puis 4 séances maximum de rappel à 11 mois et à 35 mois. L’entraînement cognitif fait appel à l’identification d’objets brièvement affichés sur un écran d’ordinateur. Au fil du temps, les objets sont montrés plus brièvement, d’autres objets sont introduits pour détourner l’attention, et les détails du fond deviennent plus précis, pour rendre le test de plus en plus difficile. Après 10 ans de suivi, 1 200 personnes participaient toujours à l’essai et 260 cas de démence ont été identifiés. L’entraînement à la vitesse de réaction permet de réduire significativement de 29% le risque incident de démence par rapport au groupe témoin. L’entraînement de la mémoire et du raisonnement n’ont aucun effet significatif pour la prévention de la démence. Ces résultats restent préliminaires et doivent être répliqués. « Ces résultats, qui indiquent une réduction apparente du risque de démence après avoir effectué seulement quelques heures d'entraînement à des exercices cognitifs, sont plutôt surprenants et devraient être jugés avec réserve », estime le professeur de psychiatrie Rob Howard à l'University College de Londres.

Edward JD et al. Speed of processing training results in lower risk of dementia. Alz Demen: Transl Res Clin Interv 2017; 3: 603-611. Novembre 2017. https://ac.els-cdn.com/S2352873717300598/1-s2.0-S2352873717300598-main.pdf?_tid=dca5ae38-d68b-11e7-a6bb-00000aacb35f&acdnat=1512128365_62fd76c0e8b8866bda61405129e78ffe (texte intégral).www.ouest-france.fr/sante/maladies/les-jeux-videos-reduiraient-le-risque-de-demence-des-personnes-agees-5383204, 17 novembre 2017.

Réduire le risque vasculaire par des anticoagulants

La fibrillation auriculaire (un trouble du rythme cardiaque) accroît le risque d’accident vasculaire cérébral, pouvant être à l’origine d’une démence vasculaire. « Aucun cerveau ne peut résister à un bombardement constant de caillots microscopiques sur le long terme », expliquent Leif Friberg et Mårten Rosenqvist, du département des études cliniques de l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède). Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de 444 000 personnes traitées pour fibrillation auriculaire entre 2006 et 2014. Les personnes traitées par des anticoagulants à l’inclusion ont un risque de démence réduit de 48% par rapport aux personnes non traitées par des anticoagulants.

Friberg L et Rosenqvist M. Less dementia with oral anticoagulation in atrial fibrillation. Eur Heart J, 24 octobre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29077849.

www.sciencedaily.com/releases/2017/10/171024233208.htm, 24 octobre 2017.

www.theguardian.com/science/2017/oct/25/blood-thinning-pills-irregular-heartbeat-patients-dementia-stroke, 25 octobre 2017.

Pour un meilleur accueil à l’hôpital des personnes ayant des troubles cognitifs

Depuis 2014, au sein du service des urgences, le CHU de Limoges (Haute-Vienne) a mis en place une unité de médecine d’urgence pour personnes âgées (MUPA). Composée de gériatres, d’infirmières spécialisées en gérontologie et d’une assistance sociale, cette unité permet la prise en charge globale des patients âgés de plus de 75 ans et polypathologiques, admis au service d’accueil des urgences du CHU. L’équipe spécialisée assure la continuité de la prise en charge de la personne âgée admise aux urgences tout en permettant de recentrer la mission de l’urgentiste sur l’urgence vitale. Depuis son ouverture, cette unité a pris en charge 3 010 patients, dont 15 % sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées. L’intervention de l’équipe a permis d’éviter 36 hospitalisations par mois et de diminuer le temps de passage aux urgences de 3h35. Ce projet, soutenu par l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP), a reçu le prix 2017 de la Fondation Médéric-Alzheimer et de la Fondation hospitalière de France

Une étude néerlandaise, menée par Jacinta Lucke, médecin urgentiste à l’Université de Leiden auprès de 2 130 patients âgés de plus de 70 ans hospitalisés en urgence, montre qu’un déficit cognitif à l’inclusion est associé à un risque doublé d’effets indésirables (autonomie, entrée en établissement ou décès) dans l’année qui suit. 

www.fondation-mederic-alzheimer.org/Nos-Actions/Soutien-a-l-innovation-sociale,

30 novembre 2017. Lucke JA et al. Impaired cognition is associated with adverse outcome in older patients in the Emergency Department; the Acutely Presenting Older Patients (APOP) study. Age Ageing, 21 novembre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29177470.

Réduire la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation : recommandations françaises

En France, près de 3 millions de personnes âgées de 70 ans et plus sont hospitalisées une ou plusieurs fois par an en services de soins aigus, ce qui représente 5.4 millions de séjours hospitaliers annuels. Lors de ces hospitalisations, ces personnes peuvent perdre leur autonomie dans les activités de base de la vie quotidienne. Plusieurs facteurs intriqués en sont à l’origine : certains liés au patient (sa pathologie et son état de santé avant l’hospitalisation), d’autres liés aux modalités de soins et à l’environnement hospitaliers. Dans ce dernier cas, on parle de dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation, un phénomène en grande partie évitable qui concerne près de 10% des personnes hospitalisées. Dans une fiche, la Haute Autorité de santé (HAS) et le Collège national professionnel de gériatrie (CNPG) décrivent les modalités de soins, les environnements et les organisations nécessaires. Il s’agit de mettre en place dans l’ensemble des services hospitaliers recevant des personnes âgées de 70 ans et plus, le dépistage, la prévention, le suivi et le traitement des 6 causes principales de dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation : le syndrome d’immobilisation, la confusion aiguë, la dénutrition, les chutes, l’incontinence urinaire de novo et les effets indésirables des médicaments. La HAS et le CNPG recommandent le recours à une expertise gériatrique, en particulier par le développement des équipes mobiles gériatriques hospitalières ; d’adapter l’environnement et les équipements du service aux besoins spécifiques des personnes âgées ; d’améliorer l’interface ville/hôpital, à l’admission et en sortie d’hospitalisation ; d’adapter l’organisation du service pour répondre à ces enjeux, et de soutenir le changement des pratiques sur le long terme.

Haute Autorité de santé (HAS), Collège national professionnel de gériatrie (CNPG). Prévenir la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation chez les personnes âgées. Point clés-organisation des parcours. 27 octobre 2017.

www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-10/prevenir_la_dependance_iatrogene_liee_a_lhospitalisation_chez_les_personnes_agees_-_fiche_points_cles.pdf (texte intégral).

Réduire la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation : les 6 principales causes (1)

Les facteurs de risque de dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation des personnes âgées sont nombreux, en particulier l’âge supérieur à 70 ans, la fragilité, le statut fonctionnel et cognitif prémorbide et un support social faible. Six causes principales sont identifiées : le syndrome d’immobilisation, la confusion aiguë, la dénutrition, les chutes, l’incontinence urinaire de novo et les effets indésirables des médicaments. Ces causes interagissent entre elles et ont des facteurs de risque commun. Le syndrome d’immobilisation est à l’origine d’une décompensation multi-systémique, avec une perte rapide de la masse musculaire, une perte d’autonomie, et une augmentation du taux de réhospitalisations des personnes âgées. Malgré cela, 70 à 83% du temps passé à l’hôpital est passé allongé au lit, alors que la restriction d’activité est rarement justifiée médicalement. La confusion aiguë touche 29 à 64% des personnes âgées pendant leur hospitalisation et augmente le risque de déclin fonctionnel, de chutes, de syndrome démentiel, d’hospitalisation prolongée et d’entrée en institution. La dénutrition lors de l’hospitalisation est liée à un apport alimentaire insuffisant et/ou à un accroissement des besoins liés à la maladie. La prévalence de la dénutrition des personnes âgées est de 35% à l’admission, et de 50% à la sortie. Elle est associée à une augmentation de la mortalité, à des complications (confusion, infection, perte de masse musculaire, retard de cicatrisation, escarre, etc.), à des entrées en institution et à une diminution de l’autonomie et de la qualité de vie.

Haute Autorité de santé (HAS), Collège national professionnel de gériatrie (CNPG). Prévenir la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation chez les personnes âgées. Point clés-organisation des parcours. 27 octobre 2017.

www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-10/prevenir_la_dependance_iatrogene_liee_a_lhospitalisation_chez_les_personnes_agees_-_fiche_points_cles.pdf (texte intégral).

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