Fragilité : un état potentiellement réversible

« Pour la première fois en France depuis quatre décennies, les incapacités fonctionnelles de la vie quotidienne se sont aggravées pour les personnes âgées de cinquante à soixante-cinq ans, surtout chez les femmes », rappelle l’Académie de médecine. « Or, même dans l’hypothèse (improbable) d’une stabilité de l’espérance de vie sans incapacité, le nombre de personnes âgées dépendantes devrait augmenter d’un tiers entre 2010 et 2030, et doubler entre 2010 et 2060, avec une explosion prévisible de la dépense publique liée à la dépendance que notre système de santé est encore à temps d'éviter (...). Notre système de soins ne prend pas suffisamment en compte ni assez précocement le « cycle vicieux » de la fragilité. La première phase de fragilisation est silencieuse, mais elle commence bien avant que n'apparaissent les signes évidents de vieillissement, avec une réduction progressive des réserves physiologiques globales et surtout une perte de la masse, de la force et de la fonction musculaire squelettique (sarcopénie) qui s'accélère dès l'âge de quarante ans. Cette « pré-fragilité » se situe bien avant l'âge fatidique de la retraite. C'est aux alentours de cinquante ans que les premiers signes devraient être détectés et des mesures déjà prises pour éviter la fragilisation effective le plus souvent constatée après soixante-cinq ans. La fragilité est potentiellement réversible ». Une prise en charge précoce et adaptée (activité physique, conseils de nutrition, suppléments alimentaires...) permettrait de retarder la tendance à la dépendance. « Cela est démontré à ce jour par cinquante-deux études, incluant un suivi de 2.5 à 30 années. » Pour l’Académie de médecine, « il faut substituer à la trajectoire actuelle de fragilisation un nouveau parcours de prévention gérontologique. »

La Lettre mensuelle de l’Année gérontologique. Recherche et pratique clinique 2014 ; 246 : 4. Juin-juillet 2014. www.serdi-publisher.com. Michel JP et al. Importance du concept de fragilité pour détecter et prévenir les dépendances « évitables » au cours du vieillissement. Académie nationale de médecine, 14 Mai 2014. www.academie-medecine.fr/publication100100309 (texte intégral).

Fragilité : comment l’intégrer dans la pratique médicale courante ?

Le site Internet www.frailty.net est une base de connaissances destinée à la formation des gériatres, médecins généralistes et autres professionnels de santé, lancée à l’occasion de la conférence internationale sur la fragilité et la sarcopénie 2014 (ICFSR), pour les aider à identifier les personnes pré-fragiles et fragiles, prévenir la dépendance et mettre en œuvre le concept de fragilité en pratique médicale courante.

www.frailty.net, IAGG-GARN Network, 15 juillet 2014.

Exercice physique : quel effet ?

Nicole Hess et ses collègues, de l’École de science et technologie de l’Université de Nouvelle-Angleterre à Armidale (Australie), proposent une revue systématique de la littérature et une méta-analyse des effets de l’exercice physique sur les performances cognitives des personnes à risque de démence ou vivant avec une démence. Les chercheurs ont compilé les résultats de quatorze essais cliniques contrôlés et randomisés, portant sur plus de mille participants. « L’exercice peut améliorer la fonction neurocognitive chez les personnes atteintes de démence », concluent les auteurs.  Il est encore impossible de préconiser un programme d’exercice particulier, en raison du manque de standardisation des programmes.

Hess NCL et al. The effect of exercise intervention on cognitive performance in persons

at risk of, or with, dementia: A systematic review and meta-analysis. Healthy Aging Res 3:3. Doi:10.12715/har.2014.3.3, 30 juillet 2014. www.har-journal.com/wp-content/uploads/2014/07/HAR05-1412.pdf (texte intégral).

Facteurs de risque modifiables

May Baydoun, du laboratoire d’épidémiologie et sciences de la population de l’Institut national du vieillissement américain (NIA) à Baltimore, publie une revue systématique des études épidémiologiques portant sur les facteurs modifiables associés au déclin de la cognition et à la survenue de la démence. Deux cent cinquante études ont été retenues. Une méta-analyse de trente-et-une études identifie trois facteurs ayant une valeur prédictive forte sur le risque incident de maladie d’Alzheimer : un faible niveau d’éducation (risque multiplié par 1.99), des niveaux élevés d’homocystéine (marqueur d’une carence en vitamine B, associée à un risque thrombo-embolique élevé, risque incident de maladie d’Alzheimer multiplié par 1.93) et une activité physique réduite (risque multiplié par 2.49). Des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer le rôle d’autres facteurs de protection potentiellement modifiables (acides gras oméga-3, caféine).

Beydoun MA. Epidemiologic studies of modifiable factors associated with cognition and dementia: systematic review and meta-analysis. BMC Public Health, juin 2014. www.biomedcentral.com/1471-2458/14/643.

Potentiel de prévention primaire

La prévention dite primaire se situe avant l’entrée dans la maladie. Des données récentes estiment que plus de la moitié du poids de la maladie d’Alzheimer à l’échelle mondiale peut être attribué à des facteurs de risque potentiellement modifiables. Mais cette approche ne prend pas en compte les relations entre les facteurs de risque eux-mêmes. Une étude coordonnée par Carol Brayne, de l’Institut de santé publique de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) a utilisé les risques relatifs publiés dans les méta-analyses existantes pour estimer le risque attribuable en population générale pour sept facteurs de risque potentiellement modifiable, qui sont associés à la maladie d’Alzheimer : le diabète, l’hypertension artérielle au milieu de la vie, l’obésité au milieu de la vie, l’inactivité physique, la dépression, la consommation de tabac et un faible niveau d’éducation. Le risque attribuable en population générale a été calculé en utilisant l’enquête de santé 2006 en Angleterre. Le risque attribuable le plus élevé concerne l’inactivité physique (20.3% des cas en Europe). Viennent ensuite le niveau d’études, le tabagisme, le diabète, l’hypertension, l’obésité à la quarantaine, la dépression. 30% du risque de survenue de la maladie d’Alzheimer en Europe serait ainsi attribuable à la combinaison de ces sept facteurs de risque modifiables. En d’autres termes, résume www.santelog.com, « un cas sur trois de maladie d’Alzheimer pourrait être évité ».

Norton S et al. Potential for primary prevention of Alzheimer's disease: an analysis of population-based data. Lancet Neurol 2014; 13(8): 788-794. Août 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25030513. www.santelog.com, 16 juillet 2014.

Retour haut de page