Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer

L’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer (IM2A) au sein du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière de Paris, premier centre de recherche « totalement dédié » à la prévention, au diagnostic précoce, à la recherche et au traitement de la maladie d’Alzheimer, a ouvert ses portes. Les malades sont considérés comme des « partenaires » : « ils viennent pour une exploration clinique et en même temps ils participent à la recherche en nous permettant de trouver des marqueurs spécifiques de leur maladie », explique le Professeur Bruno Dubois, qui dirige le nouvel l’Institut. « La meilleure façon de percer le secret de leur maladie, c’est d’aller directement auprès d’eux pour récupérer des informations » : les données standardisées de nature différente (neuro-imagerie, explorations biologiques, électrophysiologie) permettront de constituer une base de données qui permettra d’orienter les recherches et de parvenir à un diagnostic « plus précoce et plus sûr ». Le Professeur Dubois déclare au Journal du Dimanche : « nous sommes à un tournant majeur dans l’histoire de cette pathologie. Nous sortons d’une vision fataliste. Grâce aux progrès de la recherche fondamentale et aux efforts financiers des laboratoires pharmaceutiques, on peut espérer disposer dans quelques année de nouveaux médicaments capables de ralentir son évolution. Pour l’instant, ceux dont on dispose se contentent de jouer sur les symptômes ».

Les partenaires institutionnels de l’IM2A sont la Fondation Ifrad pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer, la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et l’Institut du cerveau et de la moelle épinière.

Les Echos, 24 septembre 2010. Le Journal du Dimanche, 19 septembre 2010. www.news-assurances.com, 26 septembre 2010.

Le nombre de personnes atteintes de troubles cognitifs en établissement : données Pathos

En 2006, le plan Solidarité grand âge 2007-2012, lance par Philippe Bas, prévoyait la médicalisation des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Cette médicalisation rendait nécessaire l’évaluation des besoins de soins des résidents, pour déterminer les personnels nécessaires et les financements. L’outil utilisé à cette fin est le modèle Pathos, qui évalue le besoin en soins techniques (l’autonomie étant évaluée par la grille AGGIR). Les « coupes Pathos » sont effectuées par des médecins coordonnateurs formés. En 2007, vingt-six binômes de médecins –conseil du service médical de l’Assurance maladie et de médecins gériatres ont été formés par le Dr Jean-Marie Vétel, chef de service de gériatrie et président du Syndicat national de gérontologie clinique. Ces binômes sont devenus formateurs dans leur région, constituant un réseau national de formateurs agréés. Depuis avril 2010 et la mise en place des Agences nationales de santé, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) est chargée de l’accompagnement de la formation des médecins coordonnateurs. A ce jour, des coupes Pathos ont été réalisées dans trois EHPAD sur cinq. Deux mille cinq cents EHPAD, hébergeant près de deux cent mille résidents, sont rentrés dans le périmètre de validation. Un syndrome démentiel est présent dans 51.86% des cas. Le Dr Yannick Eon, médecin de santé publique à la CNSA, estime à deux cent cinquante-deux mille le nombre de résidents d’EHPAD atteints de troubles cognitifs en France. Ces personnes sont majoritairement en situation de grande dépendance (groupes iso-ressources GIR 1 et 2) et à un stade sévère (profil S0 35%, profil S1 53%). « Cela signifie qu’au moins 70% des personnes des personnes atteintes de démence résident hors des EHPAD, à domicile », indique le Dr Eon.

Le Journal des médecins coordonnateurs, juillet-août-septembre 2010.

Penser le vieillissement cérébral/cognitif dans sa complexité (1)

Comment aborder les troubles psychopathologiques ? Par une approche essentialiste (« un trouble a une essence, c’est-à-dire un caractéristique constitutif, propre et nécessaire ») ? Par une approche culturelle (« les troubles psychopathologiques sont construits par les cultures et les sociétés ») ? Par une approche pragmatique (« les concepts et les catégories psychopathologiques sont des outils, des instruments, dont l’intérêt doit être évalué sur la base de leur utilité pratique, à partir des buts qu’ils permettent d’atteindre, et non pas de leur correspondance à une présumée réalité ») ? Les auteurs (anonymes) du blog mythe-alzheimer.over-blog.com fustigent « l’approche réductrice » véhiculée par le National Institute of Aging américain, l’Association Alzheimer des Etats-Unis et le groupe d’experts mené par le Professeur Bruno Dubois (International Working Group for New Research Criteria for the Diagnosis of Alzheimer's Disease), qui vient de publier de nouveaux critères diagnostiques. Pour les tenants du Mythe Alzheimer, la maladie d’Alzheimer « a été, et est encore largement conçue dans une vision essentialiste, qui considère qu’elle possède des caractéristiques spécifiques et nécessaires et qu’elle est la conséquence d’agents causaux relativement simples (comme des protéines anormales). « Bien entendu, une fois de plus, la presse relaie ces propositions de révision, sans aucun recul critique », s’insurge le blog, qui estime qu’il y a « dans ces propositions une démarche de plus en plus catégorielle et biomédicale, confinant à l’absurde, qui réduit la complexité du vieillissement cérébral/cognitif et conduit à le pathologiser gravement ».

Penser le vieillissement cérébral/cognitif dans sa complexité (2)

Les défenseurs du Mythe Alzheimer proposent au contraire d’adopter l’approche prônée par l’équipe de Kenneth Kendler, directeur de génétique psychiatrique et comportementale de Virginie (Virginia Commonwealth University, Richmond, Etats-Unis), selon laquelle les problèmes psychopathologiques sont définis, non pas en termes d’essence, mais en terme de réseaux complexes de mécanismes causaux se renforçant mutuellement. Ces troubles résulteraient de combinaisons (patterns) plus ou moins stables d’interactions entre le comportement, l’environnement et la physiologie. Selon Kenneth Kendler, cette approche, dite Mechanistic property cluster ou MPC (ensemble de propriétés mécanistes, un modèle proposé initialement pour décrire l’évolution des espèces), serait particulièrement utile « si la psychiatrie souhaite faire le lien entre l’étiologie et les mécanismes sous-jacents : comme les espèces, les troubles psychiatriques comptent des membres centraux, paradigmatiques, et des membres marginaux ». Les combinaisons d’interactions seraient établies au cours du développement, de l’évolution ainsi que des relations avec l’environnement et seraient le reflet d’états particuliers du cerveau et du fonctionnement mental. « Les types de troubles ainsi définis ont des frontières floues, ils sont hétérogènes et les mécanismes impliqués correspondent à des niveaux différents (biologiques, psychologiques, environnementaux, socio-culturels), les symptômes eux-mêmes pouvant interagir entre eux et se renforcer l’un l’autre ».

mythe-alzheimer.over-blog.com, 14 octobre 2010. What kinds of things are psychiatric disorders?Psychol Med, 22 septembre 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20860872.

Penser le vieillissement cérébral/cognitif dans sa complexité (3)

Selon la conception de Kenneth Kendler et ses collègues, « les individus ayant un type particulier de problème psychopathologique se ressemblent parce que les mécanismes causaux induisent, de façon régulière, la co-occurrence de certaines caractéristiques ou propriétés. Cette conception reconnaît en outre le fait que des relations entre des mécanismes causaux et les symptômes peuvent avoir un caractère probabiliste (et pas uniquement déterministe, comme le met en avant la conception essentialiste) : autrement dit, des causes peuvent simplement changer le risque ou la probabilité qu’un symptôme ou un ensemble de symptômes apparaisse. Enfin, elle considère aussi que le même ensemble de symptômes peut provenir de mécanismes étiologiques différents ». Selon Kenneth Kendler, une approche du type MPC devrait conduire à de nouvelles propositions de classification des troubles. « Cependant, le nombre potentiellement important de mécanismes impliqués, leur chevauchement et leurs interactions font qu’un appariement simple et unique entre mécanismes et diagnostic s’avérera vraisemblablement impossible. Il s’agira dès lors de réfléchir à un autre type de nosologie permettant de mieux prendre en compte la complexité des facteurs en jeu ».

mythe-alzheimer.over-blog.com, 14 octobre 2010. Kendler KS et al. What kinds of things are psychiatric disorders?Psychol Med, 22 septembre 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20860872.

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