Imagerie automatisée

L'équipe de Pierre Celsis, de l'unité INSERM 825 « imagerie cérébrale et handicaps neurologiques » de Toulouse vient de mettre au point une méthode rapide et simple pour le diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer. Le volume de l'hippocampe, zone privilégiée de la mémoire et principale zone lésée par la maladie, étant trop variable et parfois plus petit chez une personne saine que chez une personne malade, l'équipe française a étudié un autre critère : l'épaisseur du cortex, qui varie peu entre les individus. Les données d'imagerie utilisées proviennent d'une vaste cohorte américaine (ADNI, The Alzheimer's Disease Neuroimaging Initiative), portant sur cent trente personnes sans troubles cognitifs, cent vingt-deux personnes présentant un déficit cognitif léger et cent vingt-deux personnes présentant une maladie d'Alzheimer, suivies pendant deux ans. La mesure de l'épaisseur corticale en IRM pratiquée à l'inclusion dans l'essai clinique prédit correctement trois fois sur quatre (76%) la progression d'un déficit cognitif léger vers la maladie d'Alzheimer. Cette méthode est supérieure à celle des scores cognitifs, qui ont une valeur prédictive comprise entre 63% et 72%. Il est probable qu'au cours d'un suivi plus long, la maladie pourrait être détectée chez davantage de personnes, et le pouvoir de prédiction sera meilleur. Selon l'INSERM, la technique proposée permet une détection plus précoce chez les personnes ayant un haut niveau d'éducation, pour qui la « réserve cognitive » masque longtemps la progression de la maladie. Si cette méthode était validée, elle pourrait permettre d'indiquer, en moins de vingt minutes, si une personne est hautement susceptible ou non de développer une maladie d'Alzheimer dans les mois ou les années qui suivent.

Inserm, 26 mai 2009. Brain. Querbes O et al. Early diagnosis of Alzheimer's disease using cortical thickness : impact of cognitive reserve. 12 mai 2009.

Une prévalence et des coûts sociétaux jusqu'alors sous-estimés

7.3 millions de personnes seraient atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de maladies apparentées dans les 27 pays de l'Union européenne, selon les experts internationaux du groupe épidémiologie du projet EuroCoDe (European Collaboration on Dementia, projet financé par la Commission européenne dans le cadre du programme d'action communautaire en santé publique 2003-2008, initié et coordonné par Alzheimer Europe et soutenu par la Fondation Médéric Alzheimer). Ce groupe d'experts, conduit par Emma Reynish, du consortium européen EADC, s'est appuyé sur une méta-analyse de dix-sept études postérieures à 1990. La prévalence de la maladie chez les femmes de quatre-vingt-cinq ans et plus a été sous-estimée. En conséquence, l'étude EuroCoDe indique un effectif de 7.3 millions de personnes malades, contre 6.5 millions dans la précédente étude Eurodem, soit une différence de 12%.
Selon le Dr Anders Wimo, économiste et professeur au service de neurobiologie de l'Institut Karolinska de Stockholm, coordonnateur du groupe socio-économie d'EuroCoDe, le nombre de personnes malades atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de maladies apparentées pourrait atteindre douze millions en 2030 en Europe, et cent dix millions dans le monde en 2050. En Europe, les coûts sociétaux de la maladie pourraient passer de cent trente milliards d'euros en 2008 à deux cents milliards d'euros en 2030.

Dementia in Europe, mai 2009.

Nutrition : facteurs de risque

L'obésité, les maladies cardiovasculaires et le diabète sont des facteurs de risque de survenue de la maladie d'Alzheimer. La prévalence du surpoids et de l'obésité est en constante augmentation. Actuellement, près de 50% de la population adulte de dix-huit à soixante-quatorze ans est en surpoids en France, dont 18% au stade d'obésité. Le ministère de la Santé lance une vaste étude prospective de cohorte (NutriNet Santé), portant sur cinq cent mille personnes en France, dont la moitié âgée de quarante-cinq ans et plus, et visant à mieux comprendre les déterminants biologiques, sociaux, culturels, économiques, sensoriels des comportements alimentaires. Cette étude est une première mondiale. Ces personnes volontaires seront suivies pendant au moins cinq ans. L'appel au volontariat vise à recruter des sujets bénévoles « acteurs de la recherche et de la santé publique », les « nutrinautes », qui contribueront au progrès des connaissances scientifiques en renseignant par Internet des questionnaires sur leur alimentation. Parmi les facteurs de risque étudiés, les maladies cardiovasculaires sont la cause de 28% des décès en France (ce qui correspond à cent cinquante mille décès par an, parmi lesquels 24% sont dus à un accident vasculaire cérébral). L'hypertension artérielle touche 31% de la population adulte, et cette prévalence augmente avec l'âge, touchant 66% des personnes de plus de cinquante ans. La prévalence du diabète est de 3.8% en population générale, et en augmentation constante. L'accroissement de la prévalence de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées par tranche d'âge, joint au vieillissement de la population et à la durée de la prise en charge, font des démences des personnes âgées un problème crucial de santé publique dans les années à venir, selon le ministère de la Santé.

Travailler plus longtemps pour réduire le risque ?

Une équipe de chercheurs en neurosciences de l'Institut de psychiatrie du King's College de Londres publie une étude portant sur trois cent quatre-vingt deux hommes atteints de la maladie d'Alzheimer. Ces chercheurs observent une association significative entre l'âge de départ à la retraite et le risque de survenue de la maladie d'Alzheimer. Ils proposent plusieurs explications, dont la plus intéressante suggère que l'activité professionnelle à un âge avancé permettrait de préserver la capacité cognitive au-dessus du seuil observé dans la maladie d'Alzheimer.

Le Figaro, 19 mai 2009. Int J Geriatr Psychiatry. Lupton MK et al. Education, occupation and retirement age effects at the onset of Alzheimer's disease. 20 mai 2009.

Don de cerveaux, achat de temps

La Fondation IFRAD a contribué à créer la première banque tissulaire nationale entièrement dédiée à la maladie d'Alzheimer, mise à la disposition de chercheurs français et étrangers en neurologie. Début 2009, elle avait été contactée par cent soixante personnes malades, dont 50% se sont engagées à faire don de leurs cerveaux. La Fondation IFRAD propose aux donateurs d'acheter des minutes de recherche sur la maladie d'Alzheimer. Une minute de recherche pour financer une équipe de 10 chercheurs coûte 10 euros.

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