Mécanismes amyloïdes, mécanismes vasculaires de la démence : un lien (1)

Un mécanisme commun permettant de relier les pathologies amyloïdes et vasculaires de la maladie d’Alzheimer est-il en train d’être éclairci ? Pour l’Institut national des troubles neurologiques et l’accident vasculaire cérébral (NINDS, National Institutes of Health, Bethesda, Etats-Unis), les preuves d’une association entre la maladie d’Alzheimer et un débit sanguin restreint dans le cerveau s’accumulent. On savait déjà que la protéine amyloïde se déposait dans les artères cérébrales, réduisant progressivement le débit, et aggravant les dommages causés par les dépôts amyloïdes au niveau des synapses (connexions entre neurones) : il s’agit de l’angiopathie amyloïde cérébrale. Mais le mécanisme de la réduction du débit sanguin par la protéine amyloïde restait inconnu. L’équipe de Sidney Strickland, directeur du laboratoire de neurobiologie et génétique de l’Université Rockefeller de New York (Etats-Unis), publie une nouvelle étude, montrant que le peptide bêta-amyloïde peut stimuler la formation de caillots sanguins résilients. Il altère la structure du réseau de fibrine, en la rendant résistante aux enzymes capables de dissoudre le caillot. Chez des souris transgéniques utilisées comme modèle de la maladie d’Alzheimer, un traitement anticoagulant (Ancrod) a des effets bénéfiques sur l’angiopathie amyloïde cérébrale et améliore les performances cognitives dans un test d’orientation spatiale.

Cortes-Canteli M et al. Fibrinogen and beta-amyloid association alters thrombosis and fibrinolysis: A possible contributing factor to Alzheimer's disease. Neuron 2010; 66(5), 695-709. 10 juin 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20547128. National Institute of Neurological disorders and stroke, www.ninds.nih.gov, 4 octobre 2010.

Mécanismes amyloïdes, mécanismes vasculaires de la démence : un lien (2)

Carol Brayne, de l’Institut de santé publique de l’Université de Cambridge, et ses collègues des Universités de Southampton, Glasgow et Sheffield (Royaume-Uni), étudient une cohorte neuropathologique en population générale (sans biais concernant le type de démence) dans le cadre de l’étude prospective MRC-CFAS (Medical Research Council Cognitive Function and Ageing Study), qui dispose d’une banque de cerveaux. Les chercheurs ont étudié l’association entre le génotype APOE (apolipoprotéine E, un transporteur du cholestérol et le principal facteur connu du risque génétique dans les formes sporadiques de la maladie d’Alzheimer), les données neuropathologiques et le statut cognitif du vivant des personnes, sur un effectif de trois cent dix personnes. Il apparaît que le génotype APOE epsilon 4 est associé aux lésions neuronales de la maladie d’Alzheimer (plaques diffuses, plaques neuritiques, fibrilles et angiopathie amyloïde cérébrale), à l’angiopathie cérébrale amyloïde, mais pas aux autres lésions vasculaires (infarctus, lacunes, hémorragies et pathologies des micro-vaisseaux). Le génotype APOE epsilon 2 a un effet protecteur sur la pathologie de type Alzheimer et sur le risque d’atrophie corticale. En conclusion, le risque plus élevé de démence chez les porteurs de l’allèle APOE epsilon 4 est expliqué par les lésions pathologiques de type Alzheimer, mais pas par la maladie cérébrovasculaire autre que l’angiopathie amyloïde. La perte de fonctions cognitives est-elle causée par ces mécanismes pathologiques ou par des mécanismes associés à APOE ? La question reste ouverte à ce jour.

Nicoll JA et al, on behalf of the Medical Research Council Cognitive Function and Ageing Study. Association between APOE genotype, neuropathology and dementia in the older population of England and Wales. Neuropathol Appl Neurobiol, 30 septembre 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20880354.

Mécanismes amyloïdes, mécanismes vasculaires de la démence : un lien (3)

Dans les hémorragies intracérébrales, les pathologies vasculaires sous-jacentes sont l’angiopathie cérébrale amyloïde et les dommages liés à l’hypertension. Ces deux pathologies sont associées au déficit cognitif, mais aucune étude n’avait été menée concernant la démence préexistante chez les personnes présentant une hémorragie intracérébrale. Le service de neurologie de l’Université de Lille a mené une étude pour en déterminer la prévalence et les mécanismes, dans une cohorte de quatre cents dix-sept patients. 14% des personnes présentaient un déficit cognitif sans démence et 16% une démence préexistante. Dans l’hémorragie cérébrale lobaire, la prévalence de la démence préexistante était de 23%, et les facteurs associés sont l’âge (risque multiplié par 1.09 par année), un faible niveau d’éducation (risque multiplié par 8.37) et l’atrophie cérébrale (risque multiplié par 3.34 par niveau) ; les cinq patients ayant pu être autopsiés présentaient tous une maladie d’Alzheimer et une angiopathie amyloïde. Pour les hémorragies intra-vasculaires profondes, les facteurs associés à la démence préexistante sont la présence de lésions anciennes (risque multiplié par 4.52) et la sévérité de la leucoaraiose (sclérose des micro-artères au niveau de la substance blanche du cerveau) ; le seul patient ayant pu être autopsié présentait une maladie micro-vasculaire La démence préexistante est donc fréquente chez les personnes présentant une hémorragie intracérébrale, et pourrait donc être la conséquence de deux mécanismes distincts : une neurodégénérescence de type Alzheimer et une angiopathie amyloïde dans l’hémorragie intracérébrale lobaire d’une part ; et un processus vasculaire dans l’hémorragie cérébrale profonde.

Cordonnier C et al. What are the causes of pre-existing dementia in patients with intracerebral haemorrhages? Brain, 17 septembre 2010.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20852266.

La démence : première cause d’entrée en dépendance

Le vieillissement des populations vivant dans des pays en développement a pour conséquence une forte progression des maladies chroniques liées à l’âge, qui contribuent aux années de vie passées avec incapacité et à une dépendance future. Le groupe d’épidémiologie de la démence 10/66 (un programme d’Alzheimer’s Disease International coordonné par Martin Prince, du King’s College de Londres) a mené une étude auprès de quinze mille personnes dans sept pays (sites urbains à Cuba, au Vénézuela, en République dominicaine ; sites urbains et ruraux au Pérou, au Mexique, en Chine et en Inde), afin d’estimer la prévalence de la dépendance, qui ne concerne pas simplement la dépendance physique. Dans tous les pays, sauf en Chine rurale, la démence est le facteur qui contribue de façon la plus importante à la dépendance (34% de la prévalence attribuable), largement devant le handicap physique (9%), les accidents vasculaires cérébraux (8%) et la dépression (8%). Pour les auteurs, la prévention et la maîtrise des maladies chroniques neurologiques et psychiatriques, ainsi que le développement de politiques de la dépendance, sont des priorités urgentes pour les pays à revenu intermédiaire.

Sousa RM et al. The contribution of chronic diseases to the prevalence of dependence among older people in Latin America, China and India: a 10/66 Dementia Research Group population-based survey. BMC Geriatr 2010; 10:53. 6 août 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20691064.

Mortalité : espérance de survie à domicile (1)

Quelle est l’espérance de survie des personnes atteintes de démence vivant à domicile ? La réponse n’est pas simple, et dépend de plusieurs facteurs indépendants.

Dans le cadre de la cohorte du groupe de recherche épidémiologique sur la démence 10/66 d’Alzheimer’s Disease International, coordonné par le Professeur Martin Prince du King’s College de Londres, une étude sur deux mille trois cents personnes âgées vivant à domicile et suivies pendant cinq ans, menée par l’équipe du Professeur Yueqin Huang de l’Institut de santé mentale de Pékin (Wang Y et al), 66.4% des personnes démentes à l’inclusion sont décédées durant les cinq ans de suivi, contre 37.2% des personnes du groupe témoin. La survie médiane des personnes atteintes de démence est de 4.2 ans. La survie dépend de plusieurs facteurs indépendants : la sévérité de la démence (le stade sévère est associé à une mortalité 8.7 fois plus élevée que le stade léger), une perte d’autonomie importante (risque multiplié par 5.5), une co-morbidité (risque multiplié par 4.1) et l’âge (risque multiplié par 1.08). A partir de ces facteurs prédictifs, les chercheurs ont développé un index pronostique pour stratifier le risque de mortalité en trois groupes : risque faible (survie médiane 5.2 ans), risque moyen (survie médiane 4.4 ans) ; risque élevé (survie médiane 1.5 ans). Cette méthode, qui doit être validée, permet de prédire l’espérance de vie des personnes vivant à domicile).

Au Royaume-Uni, le Medical Research Council britannique a mené une enquête portant sur vingt-deux mille cinq cents patients suivis par trois cent cinquante médecins généralistes (Rait G et al). Si la survie médiane pour les personnes atteintes de démence âgées de soixante à soixante-neuf ans est de 6.7 ans, elle tombe à 1.9 an à partir de l’âge de quatre-vingt-dix ans. Une détection précoce permettrait d’allonger la survie médiane, soulignent les auteurs. Le risque de mortalité est plus élevé la première année après le diagnostic. Ceci peut refléter des diagnostics posés lors d’épisodes de crise ou tardivement lors de la progression de la maladie. L’incidence de la démence enregistrée par les médecins reste stable au cours du temps (3-4/1000 personnes années à risque). L’incidence est plus élevée chez les femmes et chez les personnes entre soixante et soixante-dix-neuf ans, habitant dans des quartiers défavorisés.

Rait G et al. Survival of people with clinical diagnosis of dementia in primary care: cohort study. Br Med J, 5 août 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20688840. Wang Y et al. A five-year community-based longitudinal survival study of dementia in Beijing, China: a 10/66 Dementia Research Group population-based study. Int Psychogeriatr 2010; 22(5):761-8. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20522280. Août 2010.

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