Biomarqueur de la coagulation, protéine amyloïde et déclin cognitif rapide : quel lien ?

Une étude de Calin Prodan et ses collègues, du service de neurologie des Anciens combattants américains à Oklahoma City (Etats-Unis) propose un test sanguin basé sur un biomarqueur périphérique de la coagulation pour identifier les patients à risque de déclin rapide du déficit cognitif léger vers la maladie d’Alzheimer. Des plaquettes sanguines d’un type particulier (coated platelets), produites après une double activation par le collagène et la thrombine, retiennent la protéine amyloïde à leur surface. Le niveau de ces plaquettes est plus élevé chez les personnes atteintes de déficit cognitif léger amnésique, et est associé à un risque accru de survenue de la maladie d’Alzheimer, qui se déclare dans 4% à 37% des cas selon la concentration des plaquettes.

McSharry C. Alzheimer disease : coated platelets can predict risk of Alzheimer disease. Nature Rev Neurol 2011; 7(128), doi : 10.1038/nrneurol.2011.11. www.nature.com, 11 mars 2011. Prodan CI et al.  Coated-platelet levels and progression from mild cognitive impairment to Alzheimer disease. Neurology 2011; 76(3): 247-252. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21242492.

Déficit cognitif vasculaire : des « malades enterrés dans la communauté »

Le service de neurologie comportementale de l’Université médicale de Sendai (Japon), avait initié en 1998 une étude d’incidence de la démence vasculaire, montrant que cette maladie survenait chez 17.9% des sujets âgés. Une analyse de suivi, publiée le 14 mars 2011, conclue : « bien que le déficit cognitif léger d’origine vasculaire soit traitable, il peut progresser vers la mort tout comme la démence caractérisée. Les auteurs proposent une prévention spécifique pour ce sous-groupe de malades « enterrés dans la communauté » (buried under the community).

Meguro K et al. Prognosis of Vascular Mild Cognitive Impairment Includes Vascular Dementia Onset and Death by Cardiovascular Disease: Reanalysis From the Osaki-Tajiri Project. J Stroke Cerebrovasc Dis, 14 mars 2011.
www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21411339.

Scores prédictifs

Parallèlement à la recherche de biomarqueurs comme outils de prédiction de la probabilité de survenue d’une maladie d’Alzheimer, se développe une réflexion sur des outils cliniques utilisables en médecine générale, basés sur des scores de risque.

En Allemagne, une étude multicentrique de cohorte, coordonnée par Hendrik van der Bussche, du service de médecine générale du centre médical universitaire de Hambourg, a été menée auprès de 3 055 personnes de plus de soixante-quinze ans vivant à domicile (AgeCoDe-Study on Aging, Cognition and Dementia), non atteintes de démence à l’inclusion. Les chercheurs proposent un jeu de facteurs prédictifs du risque de maladie d’Alzheimer incidente, qu’ils agrègent en un score composite comprenant l’âge, un trouble de mémoire subjectif, la performance aux tests de rappel verbal à distance, de fluence verbale, MMSE (mini-mental score examination) et de capacité à accomplir les activités instrumentales de la vie quotidienne. L’instrument a une précision de prédiction de 79%, ce qui peut permettre d’identifier des personnes à risque, susceptibles de bénéficier de programmes d’intervention. Ce score est indépendant des aides techniques, et pourrait être utilisé dans le cadre de programmes de prévention à grande échelle, proposent les auteurs.

Une équipe de neurologues néerlandais, du centre médical universitaire d’Utrecht (Reijmer YD et al) propose un score de risque de survenue du déficit cognitif léger s’appuyant sur une étude menée auprès de 322 personnes âgées de cinquante à soixante-quatre ans, sans démence à l’inclusion, et suivies pendant quinze ans. Le score de risque est associé de façon significative à la vitesse de traitement de l’information (risque multiplié par un facteur 3), à la construction visuelle et au raisonnement (risque multiplié par un facteur 4). 

Jessen F et al. Prediction of Dementia in Primary Care patients. PLosOne 2011 ; 6(2) : e16852. 18 février 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21364746 (texte intégral) Reijmer YD et al. Dementia Risk Score Predicts Cognitive Impairment after a Period of 15 Years in a Nondemented Population. Dement Geriatr Cogn Disord 2011 ; 31(2) ; 152-157. 18 février 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21364746 (texte intégral). 

Formes familiales : une région de malades jeunes

Les formes génétiques de la maladie d’Alzheimer sont rares et les malades habituellement dispersés, ce qui rend les études difficiles. En Colombie, la même mutation ponctuelle dans le gène de la préséniline 1 affecte cinq mille personnes de vingt-cinq familles étendues autour des collines d’Antioquia, dans la région de Medellin. Cette population, qui fait l’objet de recherches pour le diagnostic et la prévention de la maladie, attire l’attention et fait l’objet d’une intense couverture médiatique (New York Times, CNN, CBS, Scientific American). Une étude de cohorte, menée par le groupe de neurosciences de l’Université d’Antiquoia et le service de psychiatrie de l’Université de Hambourg (Allemagne) auprès de 1 784 personnes dont 449 porteuses de la mutation, montre un âge médian de survenue du pré-déficit cognitif léger asymptomatique à trente-cinq ans, du pré-déficit cognitif léger symptomatique à trente-huit ans, du déficit cognitif léger à quarante-quatre ans et de la démence à quarante-neuf ans. Les troubles cognitifs sont associés à des domaines multiples, très variables aux stades initiaux, avec une récupération transitoire au stade symptomatique avant le déficit cognitif léger, suivi par un déclin continu.

Acosta-Baena N et al. Pre-dementia clinical stages in presenilin 1 E280A familial early-onset Alzheimer's disease: a retrospective cohort study. Lancet Neurol 2011; 10(3):213-220. 4 février 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21296022. www.alzforum.org, 11 mars 2011.

Style de vie cognitif et risque de démence

Un style de vie cognitif actif est associé à l’incidence de la démence et à la survie, mais les effets séparés et combinés des différentes composantes de ce style de vie restent à préciser. Le Medical Research Council britannique a analysé des données de population générale (Medical Research Council Cognitive Function and Ageing Study) portant sur treize mille personnes suivies pendant dix ans pour l’incidence de la démence et douze ans pour la mortalité. Un score de style de vie cognitif est défini en associant trois composantes : l’éducation, la complexité du métier et l’engagement social. Un score élevé constitue un facteur protecteur (risque relatif incident de démence réduit de 40%). Cet effet s’observe même lorsqu’on ne considère plus que deux composantes du score sur trois. Aucun des facteurs pris isolément n’est associé à l’incidence de la démence. Les différences de style de vie cognitif ne sont associées à aucune différence significative de survie après le diagnostic de démence.

Valenzuela M et al. Cognitive Lifestyle and Long-Term Risk of Dementia and Survival After Diagnosis in a Multicenter Population-based Cohort. Am J Epidemiol, 4 mars 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21378129.

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