Un diagnostic précoce pour repérer les sujets à risque

Pour le Pr Bruno Vellas, responsable du gérontopôle de Toulouse, du Centre mémoire de ressources et de recherche Midi-Pyrénées et président de l’USPALZ (unités de soins, d’évaluation et de prise en charge Alzheimer), « dans la maladie d’Alzheimer, comme pour le cancer, c’est le diagnostic précoce qui nous permettra d’être efficaces en agissant avant que des lésions irréversibles ne détruisent le cerveau des patients. Ainsi, on comprend tout l’enjeu lié à la prévention. Mais au-delà de la coordination, on doit privilégier le décloisonnement. » Alexandra Marquet, de Doc’Alzheimer, l’interroge : « comment faire justement comprendre aux médecins généralistes l’enjeu du diagnostic précoce, et que ce sont eux qui pourraient changer la donne, mais qu’ils se défendent de ne pas avoir le temps ? » Le Professeur Vellas répond : « c’est avant tout une demande des patients, ce qui sous-entend que les médecins traitants seront vite sensibilisés. Ils attendent sans doute que de nouvelles molécules soient disponibles. Des progrès devraient arriver dans ce domaine, du fait d’une recherche très active. Les soins et la recherche pour une pathologie comme celle de la maladie d’Alzheimer bénéficient d’avancées importantes sur la compréhension de la maladie, ses biomarqueurs et les thérapies innovantes en cours d’évaluation. L’objectif de certaines cohortes actuelles, notamment l’étude EPAD (European Prevention of Alzheimer’s Disease), est de repérer les sujets à risque pour éviter qu’ils ne développent la maladie. La France doit jouer un rôle pour que les patients bénéficient des traitements, s’ils le souhaitent. L’accès à la recherche innovante est fondamental car elle se concentre sur le stade léger et donc le diagnostic précoce. »

Doc’Alzheimer, janvier-mars 2016. Société française de gériatrie et gérontologie-France Alzheimer et maladies apparentées-Fédération des centres mémoire de ressources et de recherche. Livre blanc des unités de soins, d’évaluation et de prise en charge Alzheimer. Décembre 2015. 286 p.

https://asp.zone-secure.net/v2/index.jsp?id=4463/5806/61339&lng=fr(texte intégral).

Vivre dans l’incertitude (1)

« Dans le monde entier, un diagnostic précoce et en temps opportun de la démence est considéré comme un impératif de politique et de pratique, ainsi qu’une étape nécessaire pour bien vivre avec une démence », écrivent Sarah Campbell, de l’École infirmière de l’Université de Manchester, et ses collèges du King’s College de Londres et de l’Université de Newcastle (Royaume-Uni). Mais quelles sont les conséquences personnelles et relationnelles de la « transition diagnostique », entre le moment où on ne sait pas et le moment où on sait. Les chercheurs ont interrogé douze personnes consultant en centre mémoire. De la prise de conscience qu’il faut aller consulter à l’ajustement des attentes dans la vie quotidienne après l’annonce du diagnostic, « vivre dans l’incertitude » est le sentiment qui prévaut. Les représentations de la maladie indiquent une « menace à l’identité personnelle. » En Australie, le diagnostic précoce de la démence est rarement réalisé en temps opportun : le circuit est complexe et variable, et l’on manque de spécialistes, selon une enquête parlementaire (Flicker L et al).

Campbell S et al. Living with uncertainty: Mapping the transition from pre-diagnosis to a diagnosis of dementia. J Aging Stud 2016; 37: 40-47. Avril 2016.  www.sciencedirect.com/science/article/pii/S089040651530181X. Flicker L et al. Timely Diagnosis for Dementia: The Need for Specialists. J Am Med Dir Assoc 2016 ; 17(5) : 452-453. 1er mai 2016.  www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1525861016300019.

Vivre dans l’incertitude (2)

Toutes les personnes âgées devraient-elles faire évaluer leurs fonctions cognitives ? Où est la perspective du patient ? s’interrogent Frans Verhey et ses collègues, du centre Alzheimer et du département de recherche en médecine familiale de l’Université de Maastricht (Pays-Bas). « Le déficit cognitif léger a été introduit comme un état de transition entre la cognition normale et la démence. En consultation mémoire, les personnes atteintes de déficit cognitif léger ont un risque de conversion vers la démence augmenté de 40% en cinq ans. Cependant, ce risque est considérablement plus faible au cabinet du médecin généraliste, où il pourrait être inférieur à 20%. » La consultation mémoire concentre les personnes à risque.

Verhey F et al. Should All Elderly Persons Undergo a Cognitive Function Evaluation? Where Is the Patient's Perspective? J Am Med Dir Assoc 2016 ; 17(5) : 453-455. 1er mai 2016.  www.jamda.com/article/S1525-8610(16)00116-X/abstract.

Retour haut de page