Évaluation infirmière de la fonction cognitive et la fragilité en soins primaires

L’équipe du Pr Bruno Vellas, du gérontopôle du CHU de Toulouse, publie les résultats d’une étude pilote, portant sur deux cents patients âgés de soixante-dix ans et plus, consultant dans quatorze cabinets de médecins généralistes. Si le médecin pense que le patient est fragile, et/ou si le patient se plaint de troubles de la mémoire, le patient est orienté vers une infirmière présente au cabinet pour une évaluation. Quels résultats ? le score cognitif moyen sur l’échelle MMSE (mini-mental state examination) est de 25.2/30 ; 16.7% présentent une démence et 12% un déficit cognitif léger. 78% des patients ont été suivis par leur médecin généraliste, 2.5% ont été adressés à un hôpital de jour gériatrique ; 12% à une consultation mémoire spécialisée et 7.5% à une consultation gériatrique. Pour les auteurs, ces résultats préfigurent ce que pourrait être l’option ambulatoire de proximité la plus pertinente pour les personnes âgées, en alternative à l’hôpital de jour. Ils démontrent la faisabilité de mettre en œuvre, en soins primaires, les services d’une infirmière formée à l’évaluation gériatrique pour évaluer les patients âgés dans un cabinet de médecine de ville.

Fougère B et al. Implementing Assessment of Cognitive Function and Frailty Into Primary Care: Data From Frailty and Alzheimer disease prevention into Primary care (FAP) Study Pilot. J Am Med Dir Assoc, 16 septembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27650669.

Capacité financière : état des lieux de la recherche

La capacité financière comprend un ensemble de capacités liées à la cognition, ayant trait à la compétence d’une personne à gérer son patrimoine et son revenu, rappellent Felipe Kenji Sudo, de l’Institut de psychiatrie de l’Université fédérale, et Jerson Laks, du parquet de Rio de Janeiro (Brésil). Une revue systématique de la littérature scientifique sur le sujet n’identifie que dix articles de bonne qualité méthodologique : la recherche sur la capacité financière des personnes atteintes de démence reste rare. Plusieurs dimensions complexes de la capacité financière sont altérées dès le stade du déficit cognitif léger : la gestion d’un chéquier, d’un relevé de banque et le jugement financier. Aux Etats-Unis, trois pionniers du domaine, Nathan Spreng, de l’Institut de neuroscience humaine de l’Université Cornell à Ithaca (New York), Jason Karlawish, du centre de bioéthique de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie et Daniel Marson, du centre Alzheimer de l’Université de l’Alabama à Birmingham, proposent une revue des connaissances et des recherches émergentes pour identifier des marqueurs neurologiques, cognitifs et sociaux du déclin de la capacité des personnes âgées à prendre des décisions de nature financière, les opportunités pour la détection précoce de cette capacité et les nouvelles interventions envisageables pour réduire le risque de maltraitance financière.

Sudo FK et Laks J. Financial capacity in dementia: a systematic review. Aging Ment Health, 20 septembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27647045. Spreng RN et al. Cognitive, social, and neural determinants of diminished decision-making and financial exploitation risk in aging and dementia: A review and new model. J Elder Abuse Negl, 20 septembre 2016.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27644698.

Capacité à s’exprimer par écrit

Emanuela Onofri, du département d’anatomie, histologie, médecine légale et orthopédie de l’Université Sapienza de Rome (Italie), et ses collègues du département de psychologie de l’Université de Gothenburg (Suède), ont suivi pendant six mois la capacité de trente personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à exprimer leurs intentions, leurs désirs et leur capacité à prendre une décision. Les chercheurs observent une relation forte entre la dysgraphie (difficulté à écrire) et d’autres mesures de la capacité cognitive. « Jusqu’à un âge avancé, les patients conservent la capacité cognitive manifestée dans leurs expressions graphiques. Un document écrit par une personne atteinte de maladie d’Alzheimer présente une expression honnête de l’intention du patient si ce document est lisible, clair et complet. L’évaluation de la capacité à écrire et de la cognition pourrait permettre d’identifier les occasions durant lesquelles le patient peut être considéré suffisamment lucide pour prendre des décisions », concluent-ils.

Onofri E et al. Legal medical consideration of Alzheimer’s disease patients’ dysgraphia and cognitive dysfunction : a 6 month follow up. Clin Interv Aging 2016 : 11 : 279-284.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4788358/pdf/cia-11-279.pdf(texte intégral). www.diseaseinfosearch.org/Dysgraphia/9761, 17 octobre 2016.

Évaluer l’autonomie dans les activités complexes de la vie quotidienne

L’autonomie dans les actes de la vie quotidienne est liée à la réalisation des activités instrumentales, qui sont complexes. Une équipe menée par la neuropsychologue Véronique Quaglino, de l’Université de Picardie Jules-Verne, propose un nouvel outil : l’échelle S-IADL (Simulation-Instrumental Activities of Daily Living), qui est une adaptation de l’IADL de Lawton et Brody, pour évaluer l’autonomie des personnes les plus âgées ou ayant une maladie d’Alzheimer ou un syndrome apparenté, dans une situation de simulation de mise en situation d’activités de vie quotidienne, les critères pouvant être vérifiés sans tiers. La nouvelle échelle permet d’identifier des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer à risque de rencontrer des difficultés dans la réalisation des tâches instrumentales de la vie quotidienne. Les activités retenues dans l’échelle S-IADL sont : faire le planning du jour ; faire une liste de courses ; connaître les heures d’ouverture des magasins ; être capable d’utiliser le téléphone ; payer une facture par chèque ; écrire une adresse sur une enveloppe ; organiser un voyage entre un point A et point B ; payer avec de l’argent liquide : ranger les courses ; remplir un pilulier ; prendre ses médicaments ; gérer son compte ; faire le ménage.

Quaglino V et al. Talk the talk and walk the walk. Evaluation of autonomy in aging and Alzheimer disease by simulating instrumental activities of daily living: the S-IADL. Peer J ; 4e2351. doi: 10.7717/peerj.2351. eCollection 2016. https://peerj.com/articles/2351.pdf(texte intégral).

Démences rares : l’aphasie primaire progressive

Les données démographiques sur l’aphasie primaire progressive restent parcellaires, la maladie étant rare. Une étude menée par le réseau des centres mémoire français en recense deux mille cas. Les anomalies de fluence (logopénie : diminution du débit de parole et de l’usage de la syntaxe) sont plus fréquentes que les anomalies sémantiques : respectivement 2.2 et 0.8 pour 100 000 personnes. Le variant logopénique est associé dans 85% des cas à la présence de biomarqueurs du liquide céphalo-rachidien chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer. L’aphasie primaire progressive est plus répandue chez les hommes que chez les femmes à partir de l’âge de quatre-vingts ans.

Magnin E et al. Primary Progressive Aphasia in the Network of French Alzheimer Plan Memory Centers. J Alzheimers Dis, 2 septembre 2016.

Retour haut de page