Biomarqueurs de pronostic individuel : quelles limites ?

L’identification de personnes à haut risque de développer la maladie d’Alzheimer fait l’objet d’une recherche intense, à la fois pour identifier des facteurs de pronostic et pour sélectionner les personnes à inclure dans les essais cliniques ou les études d’intervention précoce. Si la prévalence des formes héréditaires de la maladie d’Alzheimer, transmises par un seul gène, est très faible, les gènes qui lui sont potentiellement associés sont très nombreux, et la recherche d’une « signature génétique » prédictive de la maladie se poursuit. Une étude multicentrique, coordonnée par le Pr Julie Williams, du département de pathologie de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie (Etats-Unis) et le Pr Philippe Amouyel, du CHRU de Lille, a utilisé les données du projet de génomique internationale sur la maladie d’Alzheimer, portant sur un échantillon de trois mille personnes malades, pour construire un « score polygénique » prenant en compte la présence simultanée de plusieurs gènes. Un modèle statistique prenant en compte ce score polygénique, la présence du gène muté APOE (codant pour l’apolipoprotéine E, un transporteur du cholestérol), le sexe et l’âge, a une capacité prédictive de 78% pour détecter un risque de survenue de la maladie d’Alzheimer.
Une étude internationale d’imagerie cérébrale par résonance magnétique, menée par Pierrick Coupé, du laboratoire bordelais de recherche en Informatique (CNRS UMR 5800), dans le cadre du programme ADNI (Alzheimer's Disease Neuroimaging Initiative), utilise les données de la cohorte française des Trois cités pour analyser la progression des troubles cognitifs en population générale pendant une période de dix ans, pour proposer une méthode de diagnostic précoce basée sur la morphologie de l’hippocampe, plutôt que sur son volume. Selon les chercheurs, le nouveau biomarqueur a une capacité prédictive de 73% pour détecter une progression vers une démence probable, contre 65% lorsqu’on ne prend en compte que le volume de l’hippocampe.

Escott-Price V et al. Common polygenic variation enhances risk prediction for Alzheimer’s disease. Brain, 21 octobre 2015. http://brain.oxfordjournals.org/content/early/2015/10/15/brain.awv268
Coupé P et al. Detection of Alzheimer's disease signature in MR images seven years before conversion to dementia: Toward an early individual prognosis. Hum Brain Mapping, 10 octobre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26454259.

Mieux vaut en rire

Le sens de l’humour, un « indicateur potentiel du fonctionnement cognitif de nature sociale », est peu étudié dans le domaine des démences, écrivent Camilla Clark et Jason Warren, du centre de recherche sur la démence à l’University College de Londres. Les chercheurs ont conçu un questionnaire pour tester le sens de l’humour chez des personnes atteintes de différents types de démence. Une altération du sens de l’humour apparaît plus fréquemment chez les personnes atteintes de démence fronto-temporale et de démence sémantique que chez les personnes atteintes d’aphasie progressive ou de maladie d’Alzheimer. Indépendamment du type de démence, les personnes malades apprécient moins la comédie satirique ou absurde que les personnes sans troubles cognitifs. Pour les chercheurs, l’humour pourrait être un test sensible pour détecter un déficit cognitif de nature sociale dans la démence.

Clark CN et al. Altered Sense of Humor in Dementia. J Alzheimers Dis, 24 septembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26444779. Clark CN et Warren JD. The Neurology of Humour. Adv Clin Neurosci Rehab 2014; 13(7) : 9-11. 4 février 2014. www.acnr.co.uk/wp-content/uploads/2014/02/neurology-of-humour1.pdf (texte intégral). Clark CN et al. Humour processing in frontotemporal lobar degeneration: A behavioural and neuroanatomical analysis. Cortex 2015 ; 69 : 47-59. Août 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4534772/pdf/main.pdf (texte intégral).

Retour haut de page