La détection de la démence : quelles représentations ?

Une revue thématique systématique de trente mille articles, menée par l’équipe de Carol Brayne, de l’Institut de santé publique de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), à l’aide du logiciel Nvivo [qui permet de collecter, organiser et analyser qualitativement du contenu tel que des articles, des interviews, des discussions thématiques de groupes, des enquêtes, des fichiers audio…], identifie vingt-neuf articles de bonne qualité méthodologique sur les attitudes et les préférences du grand public, des professionnels de santé, des personnes atteintes de démence et de leurs aidants en ce qui concerne le processus de détection de la démence. Sept thèmes émergent en relation avec la personne malade, l’aidant et la population générale : l’état de santé actuel, le style de vie et la conception de la vie ; la sensibilisation à la démence ; le rôle du clinicien ; la communication ; le bénéfice ; le rôle de la famille. Dix thèmes concernent la relation au clinicien et au professionnel de santé : la santé actuelle et les comorbidités de la personne malade ; la sensibilisation à la démence ; la confiance ; la durée du contact avec le clinicien ; l’adéquation de l’outil de détection ; le coût ; le temps ; le traitement ; le pronostic ; la stigmatisation. Pour les chercheurs, les questions de préférence et de choix vis-à-vis de la détection de la démence sont complexes, et il est difficile d’identifier les facteurs spécifiques qui pourraient faciliter cette l’acceptation de cette détection ou y faire obstacle. Le niveau de preuve global est faible, peu d’études ont été menées à grande échelle et aucune sur un échantillon représentatif de la population. Cette étude suggère néanmoins que le dépistage systématique de la démence en population générale ne serait acceptable ni pour le grand public, ni pour les professionnels.

Martin S et al. Attitudes and preferences towards screening for dementia: a systematic review of the literature. BMC Geriatrics (2015) 15:66. 16 juin 2015 www.biomedcentral.com/content/pdf/s12877-015-0064-6.pdf(texte intégral).

Maladie d’Alzheimer : quelles représentations chez les aidants principaux ?

« L'aidant principal du patient atteint d'une maladie d'Alzheimer est au cœur de la prise en charge. Les médecins généralistes le considèrent comme une aide précieuse sur laquelle ils peuvent s'appuyer », « écrivent André Stillmunkés et ses collègues, du département de médecine générale de Toulouse-Rangueil. Les représentations de l’aidant principal « sont des systèmes d'interprétation qui orientent et organisent les conduites et les communications sociales Dans certains travaux, il semble exister une relation forte entre la façon dont s'est déroulée l'annonce du diagnostic et le ressenti des aidants. La plupart des réactions négatives semble être influencée par l'attitude du médecin pendant l'annonce, lorsqu’il a des représentations négatives vis-à-vis de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Les réactions négatives sont parfois aussi conditionnées par un manque de temps pour cette consultation ou une rétention d'information de la part du généraliste, ainsi que par sa méconnaissance des représentations de l'aidant sur la maladie. »

Stillmunkés A et al. Maladie d'Alzheimer : représentations des aidants principaux - Une revue de la littérature. Médecine 2015 ; 11(6) : 271-275. www.jle.com/fr/revues/med/e-docs/maladie_d_alzheimer_representations_des_aidants_principaux_une_revue_de_la_litterature_305014/article.phtml.

La démence non diagnostiquée

Près de la moitié des personnes atteintes de démence ne sont pas diagnostiquées. George Savva et Anthony Arthur, de l’École des sciences de la santé de l’Université East Anglia de Norwich (Royaume-Uni) ont analysé les données d’une cohorte américaine de huit cent cinquante personnes (Aging, Demographic and Memory Study). Les personnes atteintes de démence non diagnostiquées (58%), plus souvent des hommes, sont plus âgées, moins éduquées, plus souvent célibataires, et présentent moins de symptômes que leurs homologues diagnostiquées.

Savva GM et Arthur A. Who has undiagnosed dementia? A cross-sectional analysis of participants of the Aging, Demographics and Memory Study. Age Ageing 2015; 44(4): 642-647. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25758406.

Biomarqueurs : quelle fiabilité ?

Les recommandations de recherche actuelles pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer intègrent l’utilisation des biomarqueurs de la protéine amyloïde et de la protéine tau pour le diagnostic. Cette approche, réservée à la recherche, reste controversée. Une étude suédoise, menée par Christoffer Rosen de l’Institut de neurosciences et physiologie de l’Université de Gothenburg, à partir de deux mille trois cents dossiers du registre suédois de la démence, montre qu’environ une personne sur quatre (23%) ayant un diagnostic clinique de la maladie d’Alzheimer n’est pas détectée par ces biomarqueurs. Ces résultats pourraient refléter soit un diagnostic clinique erroné (faux positifs), soit un manque de sensibilité des biomarqueurs.

Frisoni GB, Visser PJ. Biomarkers for Alzheimer's disease: a controversial topic. Lancet Neurol, 29 juin 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26139024. Rosén C et al. Benchmarking biomarker-based criteria for Alzheimer's disease: Data from the Swedish Dementia Registry, SveDem.Alzheimers Dement, 13 juin 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26079415.

Coût du diagnostic : Angleterre

Louise Robinson, professeur de médecine générale, et John-Paul Taylor, chargé de cours en psychiatrie du grand âge à l’Université de Newcastle (Royaume-Uni), proposent une revue clinique des notions de diagnostic en temps opportun (timely diagnosis) et d’intervention précoce. « Dans certains pays, l’introduction d’un plan national Alzheimer a promu le diagnostic précoce, mais le dépistage systématique de la démence en population générale n’est pas recommandé », rappellent les auteurs. « Maintenant que de grandes études longitudinales de cohorte montrent que la prévalence globale de la démence pourrait globalement décroître, c’est la prévention et la réduction du risque qui sont davantage mises en avant. En Angleterre, la politique a influencé la détection de la maladie dans les groupes à haut risque, chez les personnes âgées de plus de soixante-quinze ans et celles présentant un risque vasculaire élevé, une maladie de Parkinson ou des troubles de l’apprentissage. Cette politique de détection comprend une évaluation proactive de la mémoire chez les personnes asymptomatiques en ville ou à l’hôpital. Cependant, il n’est pas démontré que ces initiatives, qui conduisent inévitablement à des orientations vers des services spécialisés, aient un rapport coût-efficacité favorable et n’aient pas d’impact psychologique chez les personnes malades. »

Robinson L et Taylor JP. Dementia: timely diagnosis and early intervention. BMJ 2015; 350:h3029. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4468575/pdf/bmj.h3029.pdf. 16 juin 2015 (texte intégral).

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