Test sanguin des apolipoprotéines en population générale (1)

Les apolipoprotéines sont un groupe de protéines impliquées dans le transport du cholestérol et du métabolisme des lipides. Certaines (ApoA1, ApoA2, ApoB, ApoE, ApoC3 et ApoH) interviennent dans les mécanismes physiopathologiques de l’hypercholestérolémie, l’hyperlipidémie, l’athérosclérose, la thrombose et l’hypertension. La forme mutée epsilon4 de l’APOE est un facteur de risque génétique des formes familiales de la maladie d’Alzheimer. L’apolipoprotéine E agit normalement pour aider à la formation de vésicules lipoprotéiques de haute densité, favorisant la dégradation des formes solubles de la protéine abeta-amyloïde. Chez la souris, une étude récente montre qu’un médicament stimulant l’activité de l’APOE permet d’éliminer rapidement la protéine amyloïde et de rétablir des capacités cognitives. Des mutations dans le gène codant pour l’apolipoprotéine J (clusterine) sont associées à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer. Des niveaux élevés d’ApoJ dans le sang sont associées à une atrophie du cortex entorhinal et à un déclin cognitif rapide dans la maladie d’Alzheimer. La protéine ApoJ, qui se lie à la protéine Abeta-amyloïde, facilite son transport à travers la barrière hémato-encéphalique.

BiblioDémences 2012; 9(4), avril 2012. Cramer PE et al. ApoE-directed therapeutics rapidly clear β-amyloid and reverse deficits in AD mouse models. Science 2012; 23; 335(6075):1503-156. Mars 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22323736.

Song F et al. Plasma Apolipoprotein Levels Are Associated with Cognitive Status and Decline in a Community Cohort of Older Individuals. PLoS ONE 2012; 7(6): e34078.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3372509/pdf/pone.0034078.pdf (texte intégral).

Test sanguin des apolipoprotéines en population générale (2)

Une étude menée par Fei Song, de l’équipe du Professeur Henry Brodaty au centre de recherche sur le cerveau et le vieillissement de l’Université de la Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney (Australie), a mesuré les niveaux des différentes apolipoprotéines chez six cent soixante-quatre personnes (39% atteintes de déficit cognitif léger et 61% sans troubles cognitifs), âgées en moyenne de soixante-dix-huit ans (cohorte Sydney Memory and Ageing Study). Les personnes atteintes de déficit cognitif léger présentent un niveau anormal d’apolipoprotéines, en relation avec une atrophie cérébrale observable en neuro-imagerie. Un bas niveau d’ApoA1, ApoA2 et ApoH et un rapport élevé ApoB/ApoA1 augmentent le risque de déclin cognitif à deux ans chez des personnes sans troubles cognitifs. ApoA1 est le facteur de déclin le plus significatif. Des niveaux plus élevés d’ApoJ sont prédictifs d’une atrophie de la matière blanche à deux ans. Ces protéines pourraient ainsi devenir des biomarqueurs cliniques précoces du déclin cognitif, ainsi que des cibles de prévention ou de traitement. 

Song F et al. Plasma Apolipoprotein Levels Are Associated with Cognitive Status and Decline in a Community Cohort of Older Individuals. PLoS ONE 2012; 7(6): e34078.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3372509/pdf/pone.0034078.pdf (texte intégral).

Cartographie génétique

Les chercheurs de l’initiative de neuroimagerie de la maladie d’Alzheimer (ADNI), un programme de recherche public-privé soutenu par le gouvernement américain, ont obtenu deux millions de dollars de nouvelles subventions pour établir la carte génétique de huit cents personnes. Il s’agit de voir si des modifications physiques observables liées à la maladie d’Alzheimer (phénotype) peuvent être associées à des variations génétiques individuelles, pouvant être comparées à celles observées chez des personnes n’ayant pas de troubles cognitifs. Vingt-deux marqueurs génétiques influençant potentiellement la dégénérescence de l’hippocampe ont été étudiés.

www.bloomberg.com, 2 juillet 2012. Melville SA et al. Multiple loci influencing hippocampal degeneration identified by genome scan. Ann Neurol, 15 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22745009.

Diagnostic : savoir ou ne pas savoir ?

Belinda Rahman et ses collègues, du groupe de recherche psychosociale du département d’oncologie médicale de l’Hôpital Prince-de Galles à Randwick (Australie), publient une revue de la littérature sur l’impact psychologique et comportemental des tests génétiques visant à évaluer le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer. Les études montrent en général une attitude positive à l’égard des tests de susceptibilité fondés sur le génotype APOE (variantes du gène codant pour l’apolipoprotéine E), tant en population générale que dans le cas d’une histoire familiale de la maladie d’Alzheimer.  Les auteurs rappellent toutefois que ces tests ne sont actuellement pas recommandés en raison de leur manque d’utilité clinique.

En Suisse, Franz-Josef Holzer et ses collègues, du département de médecine à l’hôpital cantonal de Fribourg, publient une revue de la littérature suggérant que seul un tiers des troubles cognitifs sont reconnus et évalués selon les recommandations des experts.  La plupart des patients (jusqu’à 90%) et l’entourage (jusqu’à 70-80%) souhaitent un diagnostic plus précis. Un bilan extensif permet d’améliorer la précision diagnostique de 30% à 80% environ, mais il reste 20% de diagnostics inexacts. L’annonce diagnostique semble avoir un impact positif sur l’intensité des troubles dépressifs des patients, mais est associée à une augmentation des suicides dans les trois mois. Celle-ci doit donc être un processus progressif et contrôlé. Accompagner un patient dans la démarche diagnostique d’une démence exige une disponibilité et des compétences complexes de la part du médecin de premier recours. Les difficultés liées à l’annonce du diagnostic sont contrebalancées par des bénéfices à long terme, tant pour les malades que pour leur entourage. 

Rahman B et al. To Know or Not to Know: An Update of the Literature on the Psychological and Behavioral Impact of Genetic Testing for Alzheimer Disease Risk. Genet Test Mol Biomarkers, 25 juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22731638. Holzer FJ et al. Diagnostiquer et annoncer une démence : quels risques, quels bénéfices ? Rev Med Suisse 2012; 8:1130-1134. http://rms.medhyg.ch/numero-342-page-1130.htm

Trouble neurocognitif majeur : la future dénomination de la démence

Le groupe d’experts chargé de l’élaboration du manuel diagnostique de santé mentale (référence mondiale de la classification des diagnostics dans le domaine) a proposé de remplacer le terme de démence par « trouble neurocognitif majeur » dans la nouvelle version du manuel, le DSM-5 (Diagnosis and Statistical Manual of Mental Disorders), dont la parution est prévue en mai 2013. Pour les experts, cette nouvelle dénomination est centrée sur le déclin par rapport à un niveau antérieur de performance, et considère en premier lieu la performance plutôt que le déficit. Les critères précédents utilisaient la maladie d’Alzheimer comme prototype, ce qui signifiait un déficit de la mémoire dans tous les types de démence. Mais dans d’autres troubles neurocognitifs (déclin cognitif associé au SIDA, maladie cérébrovasculaire, dégénérescence fronto-temporale, traumatisme cérébral…), d’autres domaines tels que le langage ou des fonctions exécutives peuvent être affectées en premier, voire exclusivement, selon la localisation cérébrale et l’histoire naturelle de la maladie. Dans le Huffington Post, Marguerite Manteau-Rao, travailleur social, apprécie le changement sémantique : « Imaginez-vous au cabinet du neurologue. Le docteur vous annonce un diagnostic de trouble neurocognitif majeur. Le coup sera dur, mais moins que si vous étiez touché par le mot commençant par D. Je trouve encourageant (heartening) que la profession médicale reconnaisse enfin la connotation péjorative ou stigmatisante du mot démence ». Face à des arguments polémiques publiés dans les média, l’Association psychiatrique américaine (APA) propose des éléments factuels concernant l’élaboration du nouveau manuel sur un site accessible à tous. 

http://dsmfacts.org/, juin 2012.www.huffingtonpost.com, 10 avril 2012.

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