Les critères de diagnostic utilisant les biomarqueurs restent réservés à la recherche

Le Professeur Bruno Dubois et ses collègues, du Centre de recherche de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (UMR S975) de Paris, rappellent que l’approche diagnostique par les biomarqueurs « doit être réservée aux patients à inclure dans un protocole de recherche, un essai clinique, un suivi de cohorte ou pour lesquels un problème diagnostique complexe se pose : sujet jeune, atrophie corticale postérieure… Il s’agit de critères de recherche. Leur applicabilité en pratique courante est encore sujette à caution, et ce pour plusieurs raisons : leur validation est en cours ; la standardisation des mesures volumiques de l’hippocampe ou des dosages biologiques du liquide céphalo-rachidien reste à faire ; l’analyse du marquage amyloïde est délicate, surtout dans les formes débutantes ; les co-morbidités (démence à corps de Lewy, lésions vasculaires…) doivent être prises en compte ». « Cela dit », ajoute Bruno Dubois, « ces nouveaux critères de la maladie d’Alzheimer ont accompagné (ou induit) une nouvelle vision de la maladie, et il n’est pas douteux qu’ils s’imposeront dans la pratique courante à l’avenir, tout du moins dans les pays où les ressources technologiques seront disponibles et pour les patients chez qui une certitude diagnostique sera possible ».

Dubois B et al. Nouvelle définition de la maladie d’Alzheimer. In Tillement JP, Hauw JJ et Papadopoulos (coord).Le défi de la maladie d’Alzheimer-synergies franco-québécoises. Académie nationale de médecine. Paris : Lavoisier, décembre 2012. 17-24. ISBN : 978-2-257-20534-6.

Neuropsychologie clinique : de quoi parle-t-on ?

La neuropsychologie est la discipline dont l’objectif est la connaissance des relations entre les structures cérébrales et la cognition. Pour Catherine Thomas-Antérion, du laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs à l’Université Lumière Lyon-2 (EA3082) et Emmanuel Barbeau, du centre de recherche Cerveau et cognition de l’Université de Toulouse (CNRS UMR5549), la neuropsychologie possède avant tout une application clinique : l’identification des changements cognitifs, émotionnels et sociaux imputables aux atteintes cérébrales, en tentant de les expliquer et de les interpréter en regard de modèles théoriques relevant des champs de la psychologie, des neurosciences et de la psychopathologie. La neuropsychologie a essentiellement pour objectif l’évaluation des habiletés cognitives d’un sujet donné, et parfois conatives [comportement dirigé vers l'action ou le changement, dont l'impulsion, le désir, la volonté ou l'effort]. La cognition désigne l’ensemble des opérations mentales qui permettent de connaître le monde. Deux postulats sous-tendent l’approche de la neuropsychologie clinique : 1/les fonctions mentales peuvent être individualisées (notions d’indépendance des processus et de modularité fonctionnelle) ; 2/ les fonctions mentales peuvent être mises en relation avec des aires cérébrales distinctes (inscription biologique, reconnaissance du rôle du cortex et ses subdivisions, dépendance étroite de l’esprit et de la matière).

Thomas-Antérion C et Barbeau E. Éthique et tests neuropsychologiques. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(4) : 445-452. Décembre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250025.

Neuropsychologie clinique : quelle démarche ?

Pour Catherine Thomas-Antérion et Emmanuel Barbeau, « la méconnaissance pour certains de ce qu’est un test (une situation expérimentale précise) et pour les autres que cette situation requiert un savoir-faire et s’accompagne toujours d’une écoute clinique, peut conduire à diaboliser ou vulgariser le test, qui n’est pas un objet de vérité et de sanction, mais une mesure juste et le classement d’une performance par rapport à celle attendue ».

 « La question de savoir s’il faut recourir, en clinique, à une batterie de tests standardisée ou à une analyse centrée sur le sujet, est un traditionnel objet de discussion », écrit le neurologue Christian Derouesné, professeur honoraire à l’Université Pierre et Marie Curie. « Le choix de la réponse, en réalité, est fonction de l’objectif : la neuropsychologie clinique, à visée diagnostique, s’accommode très bien d’une batterie standardisée chargée de fournir, à moindre coût, une évaluation quantitative et une orientation vers les éléments qui nécessitent une réflexion plus approfondie. L’analyse quantitative singulière, en revanche, est indispensable lorsque la démarche s’inscrit dans une optique de réhabilitation et a fortiori de recherche, c’est-à-dire avec un objectif de compréhension des mécanismes. Il est vrai que cette démarche requiert plus de temps et une expertise supérieure à la seule démarche quantitative : elle offre moins de sécurité, donc de confort intellectuel ».

Thomas-Antérion C et Barbeau E. Éthique et tests neuropsychologiques. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(4) : 445-452. Décembre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250025.  Derouesné C. Editorial. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(4) : 412-413. Décembre 2012.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250021.

Neuro-anatomie de la prise de décision : vieillissement normal et pathologique

Un groupe pluridisciplinaire, coordonné par le Professeur Marie-Christine Gély-Nargeot, du laboratoire Epsylon (EA4556) de l’Université Paul-Valéry à Montpellier, analyse la prise de décision, un processus cognitif complexe et évolutif, susceptible d’altérations notamment au cours de l’avancée en âge. En effet, cette faculté repose sur diverses structures cérébrales se modifiant au cours du vieillissement pathologique mais aussi du vieillissement dit normal. Définie comme la capacité à choisir à son avantage, la prise de décision est évaluée en laboratoire sous deux modalités : l’une sous connaissance des risques pris et l’autre sous ambiguïté ou méconnaissance des conséquences des choix. Si la modalité sous risque dispose de corrélats cognitifs ainsi que de substrats neuro-anatomiques bien circonscrits, la modalité sous ambiguïté et son outil d’évaluation, l’Iowa gambling task (IGT), a donné lieu à une théorie controversée, spécifiant une dissociation anatomo-fonctionnelle entre processus décisionnels et exécutifs [fonctions de contrôle permettant la résolution d'actions de résolution de problèmes, de planification, d'inhibition d'activités routinières, d'anticipation, de raisonnement, de prise de décision]. Ces controverses pourraient relever d’un mode particulier de contribution des fonctions exécutives, s’intégrant avec des informations d’origine émotionnelle (marqueurs somatiques en provenance du système limbique, capables de générer des états somatiques utiles aux processus cognitifs en vue d’opter pour le choix le plus avantageux). Lors du processus décisionnel sous ambigüité, les fonctions exécutives pourraient être véhiculées par d’autres variables, comme le savoir explicite quant aux conséquences de ses choix.

Jacus JP et al. Prise de décision dans le vieillissement normal et pathologique. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil  2012 ; 10(4): 437-444. Décembre 2012.
www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250024.

Le registre des problèmes de « mémoire »

La sociologue Aude Béliard, maître de conférences à l’Université Paris-Descartes et post-doctorante au centre Maurice Halbwachs (UMR8097, unité mixte de recherche CNRS, École des hautes études en sciences sociales, École normale supérieure), vient de finir une thèse à l’université de Paris VIII sur la prise en charge des personnes atteintes de troubles de type Alzheimer (prix de thèse 2011 de la Fondation Médéric Alzheimer). Elle s’intéresse particulièrement aux croisements entre la sociologie de la santé, de la famille et du vieillissement. Dans un nouvel article, elle explore la diversité des rencontres entre médecins, patients et entourages dans deux services hospitaliers posant des diagnostics de maladie d’Alzheimer. Les observations de consultations sont éclairées par des entretiens, par l’analyse statistique de dossiers médicaux, et l’analyse textuelle des réponses aux deux premières questions de l’enquête Handicaps-incapacités-dépendance (HID). Les transactions autour des mots – le mot « mémoire » en particulier – révèlent des affinités entre médecins et profanes, mais aussi des malentendus et des attentes déçues.

Béliard A. Investir le registre des problèmes de « mémoire ». Interactions et malentendus en consultation hospitalière entre médecins, patients et entourages. Genèses 2012 ; 87 : 4-25. 2012. www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=GEN_087_0004.

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