Cognition sociale et évaluation émotionnelle

Des tests de cognition sociale et d’évaluation émotionnelle devraient-ils remplacer les tests neurologiques de référence pour le diagnostic de la démence fronto-temporale ? s’interroge l’équipe du Professeur Bruno Dubois, de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer au CHU Pitié-Salpêtrière de Paris (Sarazin et al). L’échelle SEA (Social Cognition and Emotional Assessment ) peut distinguer la démence fronto-temporale de la dépression (Bertoux et al). La recherche concernant la reconnaissance des émotions faciales s’amplifie, comme le montrent des travaux internationaux récents (Bediou et al) coordonnés par le Professeur Pierre Krolak-Salmon, du centre mémoire de Lyon, en collaboration avec des chercheurs du centre suisse des sciences affectives de Genève, de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec à l’Université Laval (Canada) et le département de neurologie de l’hôpital Beth Israel Deaconess de Harvard (Etats-Unis). Le déficit émotionnel dépend de la neurodégénérescence des réseaux neuronaux fronto-temporaux. Fiona Kumfor et Olivier Piguet, de l’institut australien Neuroscience Research, proposent une revue de synthèse des approches cognitives et de la neuro-imagerie pour l’étude des troubles de l’émotion dans la démence fronto-temporale.

Sarazin M et al. Should the Social Cognition and Emotional Assessment replace standard neuropsychological tests for frontotemporal dementia? Expert Rev Neurother 2012; 12(6):633-635. Juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22650163. Social Cognition and Bertoux M et al. Emotional Assessment differentiates frontotemporal dementia from depression.J Neurol Neurosurg Psychiatry 2012 ; 83: 411-416 . Avril 2012. http://jnnp.bmj.com/content/83/4/411.Kumfor F et Piguet O. Disturbance of Emotion Processing in Frontotemporal Dementia: A Synthesis of Cognitive and Neuroimaging Findings. Neuropsychol Rev, 11 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22577002. Bediou B et al.A comparison of facial emotion processing in neurological and psychiatric conditions. Front Emotion Sci, 3 avril 2012. www.frontiersin.org/Emotion_Science/10.3389/fpsyg.2012.00098/full(texte intégral).

Hallucinations : de quoi parle-t-on ?

Le Professeur Jiska Cohen-Mansfield, directrice de l’Institut Herczeg du vieillissement, et Hava Golander, docteur en sciences infirmières à l’Université de Tel-Aviv (Israël), ont étudié les perceptions et l’origine des hallucinations chez soixante-quatorze personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, atteintes de démence et résidant en établissement. Toutes les hallucinations visuelles et auditives déclarées (parler à des personnes qui ne sont pas présentes) se sont produites chez des personnes ayant des troubles de la vision. Pour les chercheurs, « l’hallucination est le terme que le personnel utilise pour parler d’un phénomène difficile à expliquer, ce qui démontre leur manque de compréhension du résident et/ou du phénomène. La classification des hallucinations en sous-types n’est peut-être pas pertinente, et la plupart des hallucinations, visuelles ou auditives, ne sont pas associées à des émotions négatives. Certaines hallucinations avaient simplement pour origine l’ennui, qui exacerbe la privation sensorielle perçue par les personnes malades, amplifiant ainsi la probabilité d’hallucinations ».

Cohen-Mansfield J et Golander H. Analysis of Caregiver Perceptions of ''Hallucinations'' in People With Dementia in Institutional Settings. Am J Alzheimers Dis Other Demen, 13 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22586261.

Malades jeunes : retard au diagnostic

Une double étude de cohorte prospective menée par l’équipe de Frans Verhey, du centre Alzheimer du Limbourg à l’Université de Maastricht (Pays-Bas), auprès de deux cent trente-cinq personnes de moins de soixante-cinq ans atteintes de démence (malades jeunes) et cent-soixante-sept personnes de plus de soixante-cinq ans, montre que le délai entre l’apparition des symptômes et le diagnostic de démence est plus long de 1.6 ans en moyenne chez les malades jeunes (délai de 4.4 ans) que chez les malades âgés de soixante-cinq ans et plus (2.8 ans). Les facteurs favorisant le retard au diagnostic sont le jeune âge et la démence fronto-temporale. Le facteur favorisant le diagnostic précoce est la présence d’une démence vasculaire.

van Vliet D et al. Time to diagnosis in young-onset dementia as compared with late-onset dementia. Psychol Med, 28 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22640548

Diagnostic précoce : quelle exactitude ? Quel coût ?

L’exactitude du diagnostic de la maladie d’Alzheimer dépend des définitions cliniques et neuropathologiques utilisées. Une étude des trente centres Alzheimer de l’Institut national du vieillissement américain (homologues des centres mémoire de ressources et de recherche français), portant sur neuf cent dix-neuf personnes pour lesquelles étaient disponibles à la fois un diagnostic clinique de démence et un diagnostic neuropathologique à  l’autopsie, montre que selon les classifications utilisées, la sensibilité du diagnostic varie de 70.9% à 87.3% et la spécificité de 44.3% à 70.8%. Chez les personnes ayant un diagnostic de maladie d’Alzheimer probable (selon l’observation clinique), une atteinte neuropathologique a été confirmée dans 83.3% des cas.

Maria Biasutti et ses collègues du laboratoire de modélisation et surveillance des risques sanitaires du Conservatoire national des Arts et métiers (CNAM) et de l’Ecole des Ponts Paris-Tech, ont comparé le coût et l’efficacité des tests actuels de cognition et d’imagerie par résonance magnétique, d’une part, et d’autre part d’un test associant des produits de contraste et la résonance magnétique pour le diagnostic précoce  de la maladie d’Alzheimer. Les auteurs concluent qu’une détection systématique de la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées de soixante ans et plus ne deviendrait intéressante en termes de coût et d’efficacité qu’avec des tests hautement spécifiques pour le diagnostic des premiers stades de la maladie.  Cependant, un nouveau test de diagnostic utilisant les biomarqueurs bêta amyloïdes chez des personnes âgées atteintes de déficit cognitif léger pourrait améliorer ce rapport coût-efficacité.

Bibliodémences, avril 2012. Beach TG et al.  Accuracy of the clinical diagnosis of Alzheimer disease at national institute on aging Alzheimer disease centers, 2005-2010. J Neuropathol Exp Neurol 2012 71(4): 266-73. Biasutti M et al. Cost-Effectiveness of Magnetic Resonance Imaging with a New Contrast Agent for the Early Diagnosis of Alzheimer's Disease. PLoSOne 2012 ; 7(4) : e35559. Avril 2012. www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0035559 (texte intégral).

Evaluation des capacités fonctionnelles par vidéo

Les équipes du Professeur Philippe Robert, de l’EA CoBTek à l’Université de Nice Sophia Antipolis, et de François Brémond, de l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique), proposent une étude pilote d’évaluation des capacités physiques et cognitives de vingt-six personnes âgées, atteintes ou non de démence, en utilisant un système de vidéo assistée par ordinateur pour observer leurs mouvements dans des situations de la vie quotidienne. La mesure des capacités obtenue par cette méthode est fortement corrélée aux mesures obtenues en utilisant les tests de référence cognitif (MMSE-mini-mental state examination) et fonctionnel (IADL-E, Instrumental activity of daily living evaluation).

Joumier V et al. Measurement instrument for assessing functional abilities of elderly people with and without dementia using a video monitoring system. Int Conf Biomechanics Biomed Engineering, Copenhague, Danemark, 11-12 juin 2012. www.innovation-alzheimer.fr/wp-content/uploads/downloads/2012/06/iCBBE2012_paper.pdf (texte intégral). 

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