Biomarqueurs amyloïdes : détection sanguine

« L’utilisation des biomarqueurs amyloïdes en pratique clinique serait accélérée s’ils pouvaient être mesurés dans le sang », rappellent Pr Oskar Hansson, de l’unité de recherche clinique de l’Université de Lund (Suède), et ses collègues, dans les rapports scientifiques de la revue Nature. Dans une cohorte de sept cents personnes (Swedish BioFINDER Study), les chercheurs observent que des niveaux plus élevés de protéine amyloïde dans le plasma (mais pas dans le liquide céphalo-rachidien) sont associés à des lésions de la matière blanche du cerveau, à des micro-hémorragies cérébrales, à de l’hypertension, au diabète et à la maladie cardiaque ischémique [causée par le rétrécissement des artères du cerveau]. Ces résultats indiquent que des changements importants dans le métabolisme de la protéine amyloïde interviennent dans le sang, plus tard que ceux intervenus dans le cerveau. De plus, des niveaux élevés de protéine abêta-amyloïde dans le plasma sont associés aux pathologies vasculaires.

Janelidze S et al.   Plasma β-amyloid in Alzheimer’s disease and vascular disease. Sci Rep 2016; 6:26801. www.readcube.com/articles/10.1038/srep26801 (texte intégral).

Biomarqueurs de la protéine tau : progression de la maladie

Malin Gunnarsson et ses collègues, du département de santé publique et de gériatrie de l’Université d’Uppsala (Suède), ont suivi, pendant une période 4.9 ans en moyenne, cent trente-quatre personnes atteintes de déficit cognitif léger et cent atteintes de maladie d’Alzheimer légère à modérée, ayant eu une ponction de liquide céphalo-rachidien. Un niveau élevé de protéine tau totale, un marqueur de neurodégénérescence axonale en cours, est associé à un risque doublé d’entrée en établissement d’hébergement, et un risque multiplié par 1.7 de déclin cognitif rapide vers un stade modéré de la démence (réduction d’au moins 4 points sur 30 au score MMSE en douze mois), suivi de décès avec démence au stade sévère. Il s’agit de la première étude montrant une association entre le niveau de protéine tau détecté dans le liquide céphalo-rachidien et le risque d’entrée en établissement d’hébergement.

Gunnarsson MD et al. High tau levels in cerebrospinal fluid predict nursing home placement and rapid progression in Alzheimer’s disease. Alz Res Ther 2016, 6 juin 2016. https://alzres.biomedcentral.com/track/pdf/10.1186/s13195-016-0191-0?site=alzres.biomedcentral.com (texte intégral).

Détection précoce : leadership infirmier

Au Québec, l’ordre régional des infirmiers de l’Abitibi-Témiscamingue [région forestière à l’Ouest de la province, où deux mille personnes parlent encore l’algonquin] a reçu le prix 2016 de l’innovation clinique de la Banque nationale pour son projet de détection précoce de la maladie d’Alzheimer par des infirmières. Une infirmière pivot gère une équipe de professionnels, coordonnant les soins et interventions, tout en formant les intervenants sur la maladie.

Évaluation et suivi à distance

Hannah Wadsworth et ses collègues, du département de psychiatrie de l’Université du Texas à Dallas (Etats-Unis), ont évalué la faisabilité et la fiabilité d’une batterie de tests neuropsychologiques administrés à distance par vidéo-téléconférence, auprès de quatre-vingt-quatre personnes de la nation indienne Chocktaw de l’Oklahoma, vivant en zone rurale éloignée.

En Australie, Colleen Doyle et ses collègues, de l’Institut national de recherche sur le vieillissement à Melbourne, ont mis en place une consultation pilote de psychiatrie du grand âge utilisant la téléconférence et la supervision à distance (telementoring) pour mettre en commun des ressources rares. Une évaluation menée auprès de dix-huit professionnels montre que la discussion à distance de cas cliniques permet aux différents acteurs de percevoir une amélioration des situations. Les cliniciens observent une réduction du stress des aidants familiaux et professionnels, qui ont davantage confiance en eux-mêmes pour gérer les troubles psycho-comportementaux de la démence. L’expérimentation a amélioré la formation professionnelle, réduit le temps de transport, et accru la cohésion de l’équipe.

Wadsworth HE et al. Remote Neuropsychological Assessment in Rural American Indians with and without Cognitive Impairment. Arch Clin Neuropsychol 2016, 30 mai 2016. http://acn.oxfordjournals.org/content/early/2016/05/30/arclin.acw030.abstract.

Doyle C et al. Videoconferencing and telementoring about dementia care: evaluation of a pilot model for sharing scarce old age psychiatry resources. Int Psychogeriatr, mai 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27189501.

Pourquoi anticiper ?

« La maladie d’Alzheimer se dérobe encore aux visées scientifique et thérapeutique des savoirs contemporains, alors même que sa prévalence augmente chaque année. Malgré des avancées incontestables, nombre d’incertitudes demeurent, notamment sur la cause du processus pathogène, où les rôles respectifs que jouent les dépôts amyloïdes et la neuro-fibrillation ne sont pas encore élucidés. Incertain est aussi, de façon plus préoccupante, l’horizon thérapeutique à court terme : l’efficacité des thérapies mises à l’épreuve aujourd’hui dans les essais cliniques n’est pas encore prouvée », écrit Emmanuel Hirsch, directeur de l’Espace de réflexion éthique Ile-de-France, qui a réuni en 2013 et 2014 des praticiens et chercheurs des sciences du vivant et des sciences humaines et sociales autour d’un objectif commun : comprendre les enjeux éthiques posés par les possibilités d’un « diagnostic » ou d’un « repérage » de plus en plus précoce de la maladie d’Alzheimer. « En réponse à cet état de fait déconcertant et susceptible de nourrir une certaine désespérance, les scientifiques et les associations de malades s’accordent sur la nécessité de faciliter un "dépistage" aussi fiable que possible lorsque se manifestent les premiers symptômes de la maladie. La précocité de la prise en soin comporte en effet plusieurs avantages indiscutables : aussi bien thérapeutiques – puisque les traitements testés ont prouvé leur efficacité sur des "malades précoces" » – qu’économiques – aux échelles individuelle et collective. À quoi s’ajoute l’argument selon lequel une détection précoce de la maladie pourrait offrir aux personnes malades et à leurs proches un temps nécessaire pour "anticiper" » et envisager l’avenir, notamment au plan financier et juridique, ou encore pour conserver une maîtrise sur le cours de leurs existences. »

Hirsch E et al. Interventions précoces, diagnostics précoces. Approches éthique et sociétale de l’anticipation de la maladie d’Alzheimer et des maladies neurologiques dégénératives. Revue française d'éthique appliquée 2016 ; 1(1) : 107-108. www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RFEAP_001_0107.

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