La perte olfactive : un marqueur précoce de la maladie d’Alzheimer ?

Matthew Growdon et ses collègues, de l’École de santé publique de l’Université Harvard (Boston, Etats-Unis), ont mené une étude sur les capacités cognitives et olfactives de deux cent quinze personnes âgées en bonne santé (Harvard Aging Brain study). Des hippocampes plus petits, un cortex entorhinal plus mince sont associés à un déficit dans l’identification des odeurs et à des troubles de la mémoire. Dans un sous-groupe de personnes ayant un niveau élevé de dépôts amyloïdes dans le cerveau, la perte neuronaledans le cortex entorhinal est significativement associée à une perte olfactive. « Le test d’identification des odeurs (University of Pennsylvania Smell Identification Test-UPSIT) pourrait être utile pour identifier, parmi des personnes âgées en bonne santé, celles à risque de développer une maladie d’Alzheimer. Si nos résultats apparaissent prometteurs, ils doivent être encore interprétés avec précaution », prévient Matthew Growdon.

Une autre étude américaine, menée par Davangere Davanand, professeur de psychiatrie à l’Université Columbia de New York, auprès d’un échantillon multi-ethnique de sept cent cinquante personnes âgées, sans troubles cognitifs à l’inclusion, montre qu’un score olfactif plus faible sur l’échelle UPSIT est associé significativement à une transition vers une démence. Chaque point perdu sur l’échelle UPSIT est associée à un risque accru de 10% de survenue de la maladie d’Alzheimer. Un score olfactif plus faible à l’inclusion est associé significativement au déclin cognitif chez des personnes sans troubles cognitifs à l’inclusion.

Les plaques amyloïdes sur la rétine : un marqueur précoce de la maladie d’Alzheimer ?

En Australie, Shaun Frost, du centre de recherche appliquée CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization), a mis au point une méthode d’imagerie de la rétine utilisant de la curcumine fluorescente qui se lie aux plaques amyloïdes. Des résultats préliminaires obtenus sur quarante participants montrent que les niveaux de dépôts amyloïdes détectés dans la rétine sont corrélés aux dépôts amyloïdes cérébraux obtenus en imagerie PET-scan (tomographie à émission de positons). Le test différencie les personnes atteintes ou non de la maladie d’Alzheimer avec une sensibilité de 100% et une spécificité de 81%. Une autre étude, menée par la société Cognoptix, mesure la protéine amyloïde dans le cristallin de l’œil, toujours par fluorescence, et annonce une sensibilité de 85% et une spécificité de 95%.

Complexité phonétique

La fluence verbale est la capacité d’un individu à produire un énoncé de façon fluide et continue. Elle évoque une idée d’écoulement, de facilité. La disfluence est un évènement de la parole qui vient perturber la fluence (blocage, hésitation, répétition, prolongement…). Hyeran Lee et Melissa Barkat-Defradas, du laboratoire PRAXILING (UMR 5267) à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, ont analysé les disfluences chez quarante personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et trente-huit personnes âgées sans troubles cognitifs, afin d’identifier les mots qui font l’objet de difficultés d’évocation. Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ont tendance à utiliser des mots de complexité phonétique plus faible que les personnes âgées saines. Les disfluences n’apparaissent pas de façon aléatoire. Les occurrences problématiques (précédées d’une disfluence) présentent un score de complexité phonétique plus élevé que pour les occurrences non problématiques. L’indice de complexité phonétique peut avoir un apport clinique en orthophonie pour une évaluation précise de la difficulté linguistique en prenant en compte le contexte phonétique de cette difficulté, afin d’orienter les patients vers une remédiation adaptée, expliquent les auteurs.

Lee H et Barkat-Defradas M. Complexité phonétique et disfluence dans le vieillissement normal et dans la maladie d’Alzheimer. 4ème Congrès mondial de linguistique française. SHS Web of Conferences 2014 ; 8 : 1315-1327. 24 juillet 2014.

www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2014/05/shsconf_cmlf14_01289.pdf.

Retard au diagnostic : l’influence des facteurs familiaux

Pour l’économiste Thomas Rapp, du laboratoire interdisciplinaire de recherche appliquée en économie de la santé (LIRAES) de l’Université Paris-Descartes et du gérontopôle de Toulouse, « il est surprenant d’observer que le nombre de patients recevant un diagnostic tardif de maladie d’Alzheimer reste élevé même dans des pays qui promeuvent des campagnes de diagnostic précoce. Dans une étude portant sur onze cents personnes diagnostiquées, il montre que des antécédents familiaux de la maladie d’Alzheimer augmentent le risque de diagnostic tardif, notamment lorsque ces antécédents concernent des frères, des sœurs et la famille proche. La présence d’un aidant familial au moment des premiers signes, quel que soit son lien de parenté, réduit le risque de diagnostic tardif. L’économiste suggère que les campagnes de détection précoce devraient cibler les familles ayant des antécédents de démence, ainsi que des patients isolés.

Rapp T. Patients’ diagnosis decisions in Alzheimer's disease: The influence of family factors. Soc Sci Med, 24 juillet 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25084489.

La plainte mnésique subjective a une signification clinique

Quelle est la relation entre la plainte subjective de troubles de la mémoire et les capacités cognitives objectives ? Une étude menée par Katherine Gifford, du département de neurologie de l’Université Vanderbilt à Nashville (Tennessee, Etats-Unis), analyse la trajectoire objective et fonctionnelle de neuf mille personnes âgées suivis par le centre coordonnateur national Alzheimer, sans troubles cognitifs à l’inclusion ou atteints de déficit cognitif léger. La plainte mnésique subjective est associée au déclin de la performance cognitive au cours du temps. La plainte conjointe de la personne malade et d’un tiers est associée à un déclin cognitif accéléré.

Gifford KA et al. Inclusion of an Informant Yields Strong Associations between Cognitive Complaint and Longitudinal Cognitive Outcomes in Non-Demented Elders. J Alzheimers Dis, 24 juillet 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25061054.

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