Capacité à communiquer

On connaît les troubles du langage des personnes atteintes de démence neurodégénératives, mais qu’en est-il de leur capacité de communication ? Marc Rousseaux, de l’Institut d’orthophonie de l’Université de Lille (EA 2691), en collaboration avec le service de rééducation neurologique et le Centre mémoire de ressource et de recherche du CHU de Lille (Nord), ont analysé la communication verbale et non verbale au stade léger à modérément sévère de la maladie (score MMSE ≥ 14/30) chez vingt-neuf personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, seize de la forme comportementale de démence fronto-temporale et treize de démence à corps de Lewy, comparés à quarante-sept personnes d’un groupe témoin. Le test de communication de Lille comprend trois domaines : la participation à la communication (salutations, attention, participation) ; la communication verbale (compréhension verbale, débit de parole, intelligibilité, production de mots, syntaxe, pragmatique verbale, retour verbal) et communication non verbale (compréhension des gestes, expressivité affective, production de gestes, pragmatique et retour). Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer présentent un déficit partiel de participation à la communication (salutations) et un déficit plus marqué de communication verbale, en termes de compréhension, de difficultés à trouver les mots, répondre à des questions ouvertes, présenter une nouvelle information ; toutefois, leur capacité de communication non verbale est pour l’essentiel préservée. Les personnes présentant une démence fronto-temporale présentent un déficit sévère de participation à la communication ; leurs difficultés de communication verbale sont associées à des problèmes lexicaux et sémantiques, syntaxiques et pragmatiques (éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu'en connaissant le contexte) ; leur communication non verbale est diminuée par des difficultés d’affectivité expressive, de pragmatique et de gestion du retour. Les personnes atteintes de démence à corps de Lewy ont peu de difficultés en communication verbale.

Rousseaux M et al. An analysis of communication in conversation in patients with dementia. Neuropsychologia. 1er octobre 2010.
doi:10.1016/j.neuropsychologia.2010.09.026

Bilinguisme : une forme de réserve cognitive (1)

De nombreuses études épidémiologiques montrent que les personnes âgées ayant un style de vie actif (au sens social, mental et physique) sont davantage protégées contre la survenue de la maladie d’Alzheimer. Ces facteurs protecteurs contribueraient à préserver la « réserve cognitive », leur permettant de compenser la neurodégénérescence. Parler deux langues serait un facteur protecteur supplémentaire. Les psychologues Fergus Craik, Ellen Bialystok (professeur à l’Université de York) et le neurologue Morris Freedman, de l’Institut de recherche Rotman Baycrest de Toronto (Canada), ont suivi deux cent onze personnes atteintes de maladie d’Alzheimer probable, la moitié bilingue, l’autre moitié monolingue. Les patients bilingues sont diagnostiqués 4.3 ans plus tard et déclarent les symptômes de la maladie 5.1 ans plus tard que les patients monolingues. Cet effet ne peut pas être attribué à des facteurs de confusion tels que l’éducation, l’activité professionnelle ou le statut d’immigré. Le bilinguisme semble donc contribuer à la réserve cognitive. 

Craik FI et al. Delaying the onset of Alzheimer disease : Bilingualism as a form of cognitive reserve. Neurology 2010 ; 75(19) :1726-1729. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21060095

Bilinguisme : une forme de réserve cognitive (2)

Ellen Bialystok, d’origine polonaise, et l’un des auteurs de l’étude, appelle sa mère tous les jours et s’impose de parler deux langues. « Les personnes bilingues développent de meilleures capacités d’attention parce que leur contrôle exécutif est utilisé pour une activité ordinaire : parler. Lorsque nous faisons passer des tests cognitifs demandant de la concentration à des personnes monolingues ou bilingues, les bilingues se débrouilleront mieux ».

www.baycrest.org/Breakthroughs/12800.asp, 12 novembre 2010. Craik FI et al. Delaying the onset of Alzheimer disease : Bilingualism as a form of cognitive reserve. Neurology 2010 ; 75(19) :1726-1729. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21060095

Assurabilité des personnes diagnostiquées : tests par biomarqueurs (1)

Des personnes qui apprennent qu’elles sont porteuses d’un gène variant de l’apolipoprotéine E, marqueur de risque génétique de la maladie d’Alzheimer, ont intérêt à souscrire une assurance dépendance. La détention de l’information diagnostique, par le souscripteur ou par l’assureur, introduit un biais qui influencera le niveau de couverture et le montant des primes. Ce biais est potentiellement important, car il est maintenant facile d’obtenir un test génétique en passant par des laboratoires spécialisés opérant directement auprès du consommateur (direct-to-consumer testing : Skeehan K et al). Pour Donald Taylor, professeur assistant de politique publique à l’Université Duke de Durham (Caroline du Nord, Etats-Unis), et des chercheurs des Universités de Boston et du Michigan (Etats-Unis), les décideurs politiques doivent se saisir de la question de l’utilisation des biomarqueurs (génétiques ou autres) de la maladie d’Alzheimer dans le calcul des primes d’assurance dépendance. L’impact de l’information génétique sur les assureurs a fait l’objet d’une thèse de doctorat en mathématiques actuarielles à l’Université Heriot-Watt d’Edimbourg (Ecosse), sous la direction des professeurs Angus Macdonald et George Streftaris (Yu F et al). L’Institut national de recherche sur le génome humain à Bethesda (Maryland, Etats-Unis) propose un dossier sur les questions éthiques et politiques soulevées par les tests génétiques. 

Skeehan, Katie et al. Impact of gene patents and licensing practices on access to genetic testing for Alzheimer disease. Genetics in Medicine 2010; 12(4): S71-S82. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20393312. Taylor D et al. Genetic Testing For Alzheimer’s And Long-Term Care Insurance. Health Affairs 2010; 29(1): 102-108. content.healthaffairs.org/cgi/content/abstract/29/1/102. Yu F. The Financial impact of genetic information on the insurance industry. PhD Thesis. Heriot-Watt University, Edinburgh. 2010. www.ma.hw.ac.uk/~angus/papers/fy_phd.pdf (texte intégral). National Human Genome Research Institute. Genetic Testing. www.genome.gov/10002335, 29 octobre 2010.

Assurabilité des personnes diagnostiquées : la réforme américaine (2)

Kierstin Wesolowski, de Neurology Now, analyse l’impact des lois Patient Protection and Affordable Care Act et Health Care and Education Reconciliation Act, signées par le président Obama en mars 2010, qui doivent donner accès à une assurance santé à trente-deux millions d’Américains en 2019. Certaines personnes étaient exclues de la couverture en raison d’un état de santé pré-existant, de leur situation d’emploi ou du coût de l’assurance. Un nouveau marché assurantiel (health insurance exchange), géré par l’Etat et le secteur non lucratif, et des déductions fiscales doivent aider les personnes et les petites entreprises (moins de cent employés) à s’assurer.

Wesolowski K. This way in: How Does Health Care Reform Impact You? Neurology Now 2010 ; 6(5)-9-11. Septembre-octobre 2010.journals.lww.com/neurologynow/Fulltext/2010/06050

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