Diagnostic précoce : pour ou contre ? (2)

Un diagnostic, mais à quoi bon si la médecine est impuissante ? Pour Joël Ménard, président du conseil scientifique de la Fondation de coopération scientifique sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, lorsqu’on évoque l’utilité d’un diagnostic précoce, il y a deux types de réponse : « laissez-moi en paix puisque vous ne pouvez rien faire pour moi », ou au contraire : « dites-le-moi le plus tôt possible pour que je m’organise ». Ces deux attitudes se retrouvent aussi chez les médecins : les uns cherchent à cacher la vérité au malade ; les autres ont tendance à aller plus vite pour comprendre sa maladie à son tout début. Mais il y a consensus sur un point : « on n’organise pas de dépistage, car sur le plan éthique, ce serait indéfendable. »
Faudra-t-il former les généralistes pour les préparer à un meilleur repérage et une meilleure prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ? Le Pr Joël Ménard répond : « ne chargeons pas une fois de plus les généralistes par des incantations : ils ne peuvent pas tout assurer dans les maladies chroniques et les polypathologies. C’est l’ensemble de notre système de soins qui est devenu inadapté à ces prises en charge, que ce soit au domicile ou dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes », souligne-t-il. Il suggère d’améliorer le système de soins de première ligne pour améliorer la situation des personnes malades et de leurs familles, en l’absence de traitement curatif.
Médecins , février 2009.

Diagnostic précoce : pour ou contre ? (3)

« Notre cheval de bataille est le diagnostic précoce » clame le Dr Bénédicte Desfontaines et les médecins du réseau mémoire Aloïs, dont l’ambition est d’offrir aux personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée un accès rapide au diagnostic via la médecine de ville : « les traitements actuels ne permettent pas de récupérer les fonctions perdues, mais seulement de stabiliser l’état du malade. Il est donc essentiel d’intervenir le plus tôt possible. Or aujourd’hui en France, il s’écoule en moyenne vingt-quatre mois. C’est beaucoup trop ! », s’insurge-t-elle. « L’attente pour une consultation à l’hôpital tourne souvent autour de six à douze mois ». Le réseau Aloïs s’est organisé pour mettre à disposition des médecins les techniques diagnostiques jusqu’alors cantonnées à l’hôpital pour des raisons financières. Trois neuropsychologues, dans cinq lieux à Paris, peuvent réaliser, à la demande des spécialistes, des bilans cognitifs complets. « Les patients paient vingt-cinq euros, alors que le coût serait de deux cents euros s’ils faisaient appel à des psychologues libéraux ». Le réseau organise ensuite la prise en charge des personnes malades, avec une équipe composée d’une infirmière, d’un gériatre et d’un généraliste pour coordonner les différents intervenants (médecins paramédicaux, auxiliaires de vie, instituions, conseils juridiques…). « Nous essayons de décharger les médecins traitants qui n’ont ni le temps ni la vocation de régler les nombreux problèmes non médicaux indispensables au maintien à domicile des malades », précise le Dr Desfontaines.
Médecins , février 2009.

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