Troubles de l’humeur et troubles de la mémoire : quel lien ?

« Alzheimer : on a découvert le mécanisme à l’origine de la maladie. Et dans la zone qui régule l’humeur », titre le quotidien italien La Reppublica. De quoi s’agit-il ? Après vingt ans de recherche focalisées sur l’hippocampe comme centre neuronal des capacités cognitives, certains chercheurs explorent d’autres régions du cerveau, plus profondes, en lien physique avec l’hippocampe, dont le dysfonctionnement pourrait contribuer à l’origine des troubles de la mémoire. Marcello D’Amelio, professeur associé de physiologie humaine et neurophysiologie du campus biomédical de l’Université de Rome, explique que, chez des souris génétiquement modifiées pour exprimer en excès le précurseur de la protéine amyloïde (un modèle animal de la maladie d’Alzheimer), la dégénérescence liée à l’âge de neurones produisant de la dopamine (un neurotransmetteur) serait à l’origine de dysfonctionnements de l’hippocampe. La progression de la mort cellulaire de ces neurones dopaminergiques est corrélée à une dégradation de la plasticité synaptique, de la performance de la mémoire, du système de récompense motivant l’animal à chercher de la nourriture et de troubles de l’humeur. Pour les chercheurs, les troubles de l’humeur comme la dépression devraient être considérés comme une sorte de signal d’alarme, précurseur des troubles de la mémoire.

www.repubblica.it/salute/ricerca/2017/04/03/news/alzheimer_ecco_i_meccanismi_all_origine_della_malattia-162080789/, 3 avril 2017 (site en italien).  Nobili A et al. Dopamine neuronal loss contributes to memory and reward dysfunction in a model of Alzheimer’s disease. Nature Comm 2017; 8: 14727. doi:10.1038/ncomms14727. 3 avril 2017. www.nature.com/articles/ncomms14727.pdf.

Les effets des émotions sur la mémoire

« Les événements de notre vie associés à des émotions fortes, qu’elles soient positives ou négatives (naissance, rencontre, accident, attentat…), sont solidement ancrés dans notre mémoire », rappelle Benoît de La Fonchais, de Cortex Mag, le magazine du laboratoire d’excellence multidisciplinaire Cortex. Pour Hanna Chainay, professeur en neuropsychologie cognitive à l’Université Lumière-Lyon2, « l’effet des émotions sur la mémoire semble être due à une relation étroite entre les structures impliquées dans le traitement des émotions et celles qui sous-tendent les processus mnésiques. La plus importante des structures émotionnelles est l’amygdale, qui module les différents types de mémoire. L’amygdale est activée lors de de l’encodage, de la consolidation et de la récupération des informations émotionnelles. » Les personnes âgées en bonne santé réagissent aux émotions globalement comme des sujets jeunes. A un détail près : elles préfèrent les stimuli positifs. Pour le temps qui leur reste à vivre, elles privilégient leur bien-être et les objectifs à court terme. Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, malgré la réduction du volume de l’amygdale dès les stades précoces de la maladie, perçoivent les émotions comme les personnes sans troubles cognitifs. Elles peuvent avoir des difficultés à associer l’expression d’un visage (joie, colère, peur…) avec le mot correspondant, mais cette difficulté serait plutôt due au déficit cognitif et non à un déficit dans le traitement de l’émotion. Les effets de l’émotion sur la mémoire sont altérés, en raison des déficits de l’attention et de la consolidation de la mémoire. Toutefois, les effets des émotions sur la mémoire persistent lorsque les stimuli sont très intenses et répétitifs. « Ce qui semble être important, selon Hanna Chainay, c’est d’exposer de façon répétitive les personnes malades à des situations ayant une charge émotionnelle positive. »

Solitude et déclin cognitif : quel lien ?

Une étude menée par Judy Poey, du Collège d’écologie humaine à l’Université d’État du Kansas (États-Unis), à partir d’un échantillon représentatif de sept cent soixante-dix-neuf personnes âgées de soixante-quinze ans et plus, montre que le fait de vivre seul multiplie par 5.8 le risque d’avoir des troubles cognitifs chez les personnes à haut risque génétique de développer une maladie d’Alzheimer (porteurs d’une mutation dans le gène APOEε4, facteur de prédisposition présent chez 15% de la population générale).

Poey JL et al. Social Connectedness, Perceived Isolation, and Dementia: Does the Social Environment Moderate the Relationship Between Genetic Risk and Cognitive Well-Being? Gerontologist, 24 janvier 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28329797.

L’art, une fenêtre sur le monde intérieur des artistes malades

L’équipe de Yao-Tung Lee, du département psychiatrique de l’Université médicale de Taipeh (Taïwan), discute de l’évolution du style de la peinture d’un maître chinois, avant et après la survenue de la maaldie d’Alzheimer. « L’une des observations notables », écrivent les chercheurs, « est que malgré l’incapacité à réaliser des tâches de la vie quotidienne pour prendre soin de sa personne, l’artiste a insisté pour pouvoir peindre, comme si la peinture était la seule tâche sur laquelle il puisse se concentrer, et la seule force motrice de son existence. Ce phénomène pourrait refléter le fait que la région du cerveau qui contrôle la motivation et la pulsion créatrice n’est pas touchée par la maladie. Il pourrait aussi s’expliquer en partie par une pathologie du cortex préfrontal associée à une perte d’intérêt et à des comportements répétitifs. »

Lin IC et al. Arts may represent another door to the world of Alzheimers disease. Neuropsychiatry 2017; 7(1): 1-3. Mars 2017. www.openaccessjournals.com/peer-review/arts-may-represent-another-door-to-the-world-of-alzheimers-disease.pdf (texte intégral).

Troubles cognitifs chimio-induits

« De nombreux patients traités par chimiothérapies pour des cancers systémiques sans atteinte du système nerveux central présentent des plaintes faisant évoquer une atteinte des fonctions cognitives et laissant penser que la chimiothérapie elle-même aurait pu avoir un effet délétère sur la cognition (phénomène dit du chemobrain) », écrivent Flavie Bompaire et ses collègues, du service de neurologie à l’hôpital interarmées Percy à Clamart (Hauts-de-Seine). Des facteurs confondants comme l’humeur, l’anxiété ou encore la fatigue sont souvent associés. Les auteurs font le point sur les principales données cliniques et pré-cliniques disponibles dans la littérature permettant d’évaluer l’implication de ces troubles cognitifs chimio-induits dans la plainte des patients ainsi que sur les possibilités de prise en charge des patients.

Bompaire F et al. Troubles cognitifs chimio-induits ou « chemobrain »: concept et état de l’art. Gériatr Psychol Neuropsychol Vieil 2017 ; 15(1) : 89-98. Mars 2017. www.jle.com/fr/revues/gpn/e-docs/troubles_cognitifs_chimio_induits_ou_chemobrain_concept_et_etat_de_lart_309178/article.phtml.

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