Risque génétique : la part des gènes, et celle de l’environnement

Une mutation du gène codant pour l’apolipoprotéine E4 (un transporteur du cholestérol) est le plus important facteur connu de prédisposition génétique à la maladie d’Alzheimer. Ce gène muté est présent chez environ 15% de la population (une personne sur six est porteuse). Cette mutation est présente dans le monde entier. La prévalence de ce gène muté est particulièrement élevée en zone équatoriale. Ces personnes seraient-elles particulièrement à risque de développer la maladie d’Alzheimer ? Non, bien au contraire, répond Benjamin Trumble, de l’École de l’évolution humaine et du changement social de l’Université d’État de l’Arizona (Etats-Unis) : dans un environnement particulier, il a un effet protecteur. Une étude a été menée dans une population non industrialisée, auprès de quatre cents Indiens Tsimane, des paysans fourragers-horticulteurs d’Amazonie. Cette population présente également une charge parasitaire élevée (infections par des protozoaires, bactéries, champignons, vers). En raison de cette écologie parasitaire, le profil immunitaire de cette population est particulier. Contrairement aux observations dans les populations industrielles, les personnes âgées porteuses du gène muté APOE4 ayant une charge parasitaire élevée sont protégées du déclin cognitif, contrairement aux personnes âgées non porteuses du gène muté APOE4 et ayant une charge parasitaire élevée. La mutation confère donc un avantage évolutif dans certaines conditions environnementales.

Trumble BC et al. Apolipoprotein E4 is associated with improved cognitive function in Amazonian forager-horticulturalists with a high parasite burden. FASEB J, 28 décembre 2016. www.fasebj.org/content/early/2016/12/28/fj.201601084R.abstract. Blackwell AD et al. Immune function in Amazonian horticulturalists. Ann Hum Biol, 9 juin 2016. www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/03014460.2016.1189963.

Chutes de tension et démence : quel rapport ?

L’hypotension orthostatique est une chute brutale de la pression artérielle lorsqu’on passe de la position assise ou couchée à la position debout, et elle se traduit par une sensation de malaise, en particulier des vertiges. Il y a hypoperfusion cérébrale transitoire : pendant un bref moment, le cerveau n’est pas suffisamment irrigué, ce qui provoque ces symptômes, jusqu’à ce que l’accélération du rythme cardiaque rétablisse une situation normale. Frank Wolters et ses collègues, du département d’épidémiologie du centre médical Erasmus de Rotterdam (Pays-Bas), ont suivi six mille deux cents personnes âgées pendant vingt-cinq ans. 19% ont développé une démence. Une hypotension orthostatique au début de l’étude augmente de 15% le risque de survenue d’une démence. Le risque de démence est accru lorsque la chute de tension tarde à être compensée par une accélération suffisante du rythme cardiaque. Ces résultats suggèrent que l’hypotension orthostatique, avec ses séquences répétées d’hypoperfusion cérébrale transitoire, peut jouer un rôle dans le développement de la démence. Il reste à déterminer dans quelle mesure le traitement de cette forme d’hypotension peut agir sur la maladie neurodégénérative et le déclin de la cognition.

www.passionsante.be/index.cfm?fuseaction=art&art_id=22489, 25 décembre 2016. Wolters FJ et al. Orthostatic Hypotension and the Long-Term Risk of Dementia: A Population-Based Study. PLoS Med 2016; 13(10): e1002143. 11 octobre 2016.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5058559/pdf/pmed.1002143.pdf(texte intégral).

Troubles du goût : les effets des médicaments

Les troubles du goût (dysgueusies) peuvent conduire à l’inobservance des traitements mais surtout à des carences nutritionnelles par anorexie, à des exacerbations de pathologies ou à des dépressions. De nombreuses pathologies et certains médicaments peuvent être à l’origine de ces troubles, rappellent Caroline Joyau, du service de pharmacologie clinique du CHU de Nantes, et ses collègues. Une analyse de cent quatre dossiers de liaison d’urgence de résidents de deux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), âgés en moyenne de quatre-vingt-sept ans, montre que chacun reçoit en moyenne 8.5 médicaments différents (et jusqu’à vingt). Chez 64% des résidents, les médicaments sont susceptibles de provoquer des troubles du goût. Cet effet iatrogène peut être expliqué par différents mécanismes : sécheresse excessive de la bouche (xérostomie), carence en zinc, cuivre ou vitamine A, ainsi que par une altération des perceptions gustatives. « Au même titre que les autres fonctions sensorielles comme l’audition ou la vue, les troubles du goût doivent être recherchés lors de toute consultation gériatrique », souligne les auteurs. « Une meilleure compréhension des facteurs impliqués dans cette perte du goût, dont les médicaments font partie, pourrait permettre d’améliorer la prise en charge nutritionnelle des patients âgés. »

Joyau C et al. Dysgueusies en établissement pour hébergement de personnes âgées et dépendantes (EHPAD), un problème lourd de conséquence. Rev Gériatrie 2016 ; 41(9) : 543-549. www.revuedegeriatrie.fr/. Novembre 2016.

Electrochocs

En Suède, le département d’anesthésie de l’Université de Lund a suivi les effets à long terme des thérapies par électrochoc dans le cadre d’un traitement psychiatrique de la dépression, sur une cohorte de quarante-neuf personnes, âgées en moyenne de soixante-et-un ans. 35% ont développé une démence. Non seulement l’électro-convulsivothérapie est inefficace, mais les personnes atteintes de démence sont significativement désorientées après l’intervention.

Berggren Å et al. A long-term longitudinal follow-up of depressed patients treated with ECT with special focus on development of dementia. J Affect Disord 2016; 200:15-24. Août 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27111069.

Déficit cognitif léger, démence et mortalité : facteurs de risque dans la dernière partie de la vie

Une étude menée par l’équipe du Pr Henry Brodaty, du centre de recherche collaborative sur la démence de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney (Australie) a suivi, pendant six ans, neuf cents personnes vivant à domicile, âgées de soixante-dix à quatre-vingt-dix ans et sans démence à l’inclusion. À la fin du suivi, 9.5% des participants ont développé une démence et 13% sont décédés. Une personne sur trois (33%) avait un déficit cognitif léger à l’inclusion. Parmi celles-ci, 28% ont retrouvé une cognition normale dans les deux ans. Plusieurs facteurs sont associés à la survenue à six ans du déficit cognitif léger et de la démence : l’avancée en âge, le déficit cognitif léger à l’inclusion (risque multiplié par 5.75), un déficit olfactif, une vitesse de marche réduite et la présence du gène APOEε4 (risque multiplié par 1.84).  Tous ces facteurs sont associés à une augmentation de la mortalité. Les personnes ayant une cognition normale courent un plus grand risque de développer une démence s’ils ont déjà eu un épisode de déficit cognitif léger.

Lipnicki DM et al. Risk Factors for Mild Cognitive Impairment, Dementia and Mortality: The Sydney Memory and Ageing Study. J Am Med Dir Assoc, 31 décembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28043804.

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