La notion du temps

Les perturbations de la temporalité, habituellement objectivées dans la maladie d’Alzheimer à partir de stimuli élémentaires brefs, non écologiques, méritent d’être approfondies à partir d’activités courantes, familières, contextualisées, expliquent Thérèse Rivasseau-Jonveaux et ses collègues, du centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR) du CHRU de Nancy. Au cours d’entretiens centrés sur les activités quotidiennes, les chercheurs ont comparé les réponses portant sur la perception du temps chez six personnes vivant avec une démence selon leur pertinence et leur caractère direct ou sollicité. Les estimations de durée sont altérées par rapport aux repères chronologiques. L’entretien clinique, par la mise en scène conversationnelle de la cognition et de ses altérations, apparaît comme une méthode de choix pour explorer la temporalité vécue au cours de la maladie d’Alzheimer », estiment les chercheurs.

Rivasseau-Jonveaux T et al. Maladie d’Alzheimer et appropriation de la durée d’action. Ann Med Psychol Rev Psychiatr 2017 ; 175(9) : 747 :755. Novembre 2017. www.sciencedirect.com/science/article/pii/S000344871630004X?_rdoc=1&_fmt=high&_origin=gateway&_docanchor=&md5=b8429449ccfc9c30159a5f9aeaa92ffb&dgcid=raven_sd_via_email.

Résilience à la maladie d’Alzheimer : quelles bases biologiques ?

Certaines personnes résistent mieux à la maladie d’Alzheimer grâce à des facteurs protecteurs, parmi lesquels l’enrichissement intellectuel. Une étude de neuro-imagerie, menée par l’équipe de Francis Eustache à l’Université de Caen-Normandie (INSERM U1077), auprès de 140 personnes ayant soit une cognition normale, soit des troubles cognitifs à différents stades, suggère que l’enrichissement intellectuel dans la première partie de la vie (nombre d’années d’études) induit un mécanisme de compensation au stade du déficit cognitif léger, avec la mobilisation d’autres réseaux de neurones, ce qui permet de protéger le cerveau contre les dépôts amyloïdes lors de l’avancée en âge (Arenaza-Urquijo EM et al.).  Le neurologue Jeremy Herskowitz, de l’Université de l’Alabama (Etats-Unis), rappelle que 30% à 50% des personnes âgées présentant des dépôts cérébraux de protéine tau et de protéine amyloïde, ne développent jamais les symptômes de la démence. Dans une étude post-mortem portant sur 41 personnes, il observe que les personnes ayant une bonne résilience cognitive présentent davantage d’épines dendritiques (les prolongements cellulaires qui vont constamment aller chercher d’autres neurones pour créer des synapses, le lieu d’échange d’information entre les neurones, à la base du mécanisme de mémorisation et d’apprentissage). La santé des dendrites pourrait être soit d’origine génétique, soit être la conséquence du style de vie (Boros BD et al). « Apprendre, s’instruire, réfléchir et explorer le mode des idées, c’est faire un pas important pour repousser l’échéance » de la maladie d’Alzheimer, résumait le Dr Michel Cymès sur RTL. Pour Kieran Keohane et Myles Balfe, de l’École de sociologie et philosophie de l’University College de Cork (Irlande), la poursuite d’un projet de toute une vie, porteur de sens, la vocation (Beruf – l’appel, selon le sociologue Max Weber), pourrait être aussi un facteur de protection.

Arenaza-Urquijo EM et al. Association between educational attainment and amyloid deposition across the spectrum from normal cognition to dementia: neuroimaging evidence for protection and compensation. Neurobiol Aging 2017; 59: 72-79. Novembre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28764930. Boros BD et al. Dendritic spines provide cognitive resilience against Alzheimer's disease. Ann Neurol 2017; 82(4): 602-614. Octobre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28921611. www.rtl.fr/actu/bien-etre/alzheimer-les-bonnes-soeurs-c-est-l-echantillon-de-reve-affirme-michel-cymes-7788778079, 31 mai 2017. Keohane L et Balfe M. The Nun Study and Alzheimer’s disease: Quality of vocation as a potential protective factor? Dementia, 25 août 2017.

http://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1471301217725186.

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