Déficit olfactif

Le déficit olfactif augmente fortement après l’âge de quatre-vingts ans. Les causes en demeurent largement inconnues. L’athérosclérose [obstruction partielle des artères par des dépôts lipidiques et des débris cellulaires, la plaque d’athérome] est associée au déclin olfactif dès le milieu de la vie. Une étude épidémiologique, menée par Alex Pinto, du département d’ophtalmologie de l’Université du Wisconsin à Madison (Etats-Unis), auprès de mille six cents personnes âgées en moyenne de cinquante-trois à quatre-vingt-dix-sept ans, suivies pendant dix ans, montre que le risque de développer un déficit olfactif chez les personnes âgées de moins de soixante ans est associé à l’épaisseur des carotides, les artères apportant le sang au cerveau et au nombre de plaques d’athérome. 

Schubert CR et al. Inflammatory and vascular markers and olfactory impairment in older adults. Age Ageing, 16 juin 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26082178.

Neurodégénérescence visuelle et démence : des mécanismes communs

La dégénérescence maculaire liée à l’âge [première cause de cécité au niveau mondial] est caractérisée par la perte progressive de la vision centrale et la perception des détails fins. Des études récentes montrent que le peptide bêta-amyloïde, hautement toxique, s’accumule dans plusieurs réservoirs de l’œil vieillissant, et pourrait affecter la physiologie de la rétine et des couches tissulaires adjacents.

Une étude coordonnée par Michael Goldacre, du département de santé des populations à l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) et portant sur une cohorte hospitalière de quatre-vingt-huit mille personnes, montre que le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer consécutif à un glaucome à angle ouvert [dégénérescence la plus répandue du nerf optique, deuxième cause de cécité au niveau mondial] est très faible (1%) et que la coexistence de ces deux maladies est le simple fait du hasard. En revanche, un diagnostic de glaucome est associé à un risque modestement accru (+10%) de développer une démence fronto-temporale, probablement parce que ces deux maladies neurodégénératives ont des facteurs de risque cardiovasculaires communs, selon les chercheurs.

Keenan TD et al. Associations between primary open angle glaucoma, Alzheimer's disease and vascular dementia: record linkage study. Br J Ophthalmol 2015; 99(4): 524-527. Avril 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25370081. Ratnayaka JA et al. Dementia of the eye: the role of amyloid beta in retinal degeneration. Eye (Lond), 19 juin 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26088679.

Croyances négatives concernant autrui : un frein à la confiance interpersonnelle

« Nous vivons dans un monde qui incite de plus en plus à l’individualisme, au repli sur soi, à la méfiance et même à la peur de l’autre. Or, il a été montré qu’un niveau élevé de méfiance cynique (la croyance selon laquelle les autres sont principalement guidés par des motivations égoïstes) est associé à un risque accru de "démence" », écrivent les psychologues Anne-Claude Juillerat Van der Linden et Martial Van der Linden, enseignants à l’Université de Genève (Suisse) et animateurs du blog du Mythe Alzheimer, dans un article consacré à l’importancede l’engagement social au sein d’un groupe pour le fonctionnement cognitif des personnes âgées. « De plus, il semble exister une relation complexe entre les croyances négatives concernant autrui, le sentiment d’isolement social et le déclin cognitif chez les personnes âgées. En effet, le sentiment subjectif d’isolement social constitue un facteur de risque de "démence". En outre, les personnes qui se perçoivent comme isolées socialement ont tendance à développer des impressions négatives sur les autres et à être moins indulgentes vis-à-vis d’autrui, ces biais contribuant à renforcer leur sentiment d’isolement social. » Pour les psychologues, « de façon plus générale, des croyances négatives concernant autrui (en particulier, la méfiance), un sentiment subjectif de solitude ou d’isolement social et un environnement social négatif peuvent, plus ou moins conjointement, amener les personnes âgées à avoir des interactions sociales plus négatives. Dans ce cadre, une étude récente a montré qu’un niveau plus élevé d’interactions sociales négatives était associé, chez les personnes âgées, à une incidence plus élevée de trouble cognitif léger et à un déclin cognitif plus rapide. Il paraît dès lors indispensable de mettre en place des interventions visant à réduire l’importance des relations sociales négatives que peuvent vivre certaines personnes âgées dans leur quotidien. De ce point de vue, il a été observé que l’engagement social au sein d’un groupe permettait tout particulièrement d’optimiser le fonctionnement cognitif des personnes âgées et ce, de façon nettement plus importante que l’engagement social individuel (Poulin MJ et Haase CM). Cet engagement au sein d’un groupe ne semble toutefois bénéfique que si la personne se considère comme partageant une identité sociale avec les membres du groupe (un sentiment de "nous") et si le groupe est important pour la définition de ce qu’elle est. »

www.mythe-alzheimer.org/2015/03/l-importance-de-l-engagement-social-au-sein-d-un-groupe-pour-le-fonctionnement-cognitif-des-personnes-agees.html, 15 mars 2015. http://consumer.healthday.com, 27 mars 2015. www.sciencedaily.com, 19 mars 2015.  Poulin MJ et Haase CM. Growing to Trust: Evidence That Trust Increases and Becomes More Important for Well-Being Across the Life Span. Social Psychological Personality Science, 2 mars 2015. http://spp.sagepub.com/content/early/2015/03/02/1948550615574301.

Déclin cognitif : une condition hétérogène

Les psychologues Anne-Claude Juillerat Van der Linden et Martial Van der Linden, enseignants à l’Université de Genève (Suisse) et animateurs du blog du Mythe Alzheimer, proposent une revue de la littérature sur l’hétérogénéité de la maladie. Pour eux, les données récentes infirment la conception « essentialiste » de la maladie d’Alzheimer, qui aurait « une cause neurobiologique précise et spécifique (une essence), et est associée à des symptômes spécifiques, qui la distinguent d’autres maladies neurodégénératives et du vieillissement normal. Il s’agit aussi d’une approche catégorielle, qui décrit le vieillissement cérébral et cognitif problématique à partir de catégories de maladies, différentes et spécifiques. » Une étude récente menée par l’équipe du Pr Philip Scheltens, du département de neurologie de l’Université libre d’Amsterdam, témoigne de l’hétérogénéité du déclin cognitif. Dans une étude portant sur plus de neuf cents patients consécutifs consultant au centre Alzheimer, les chercheurs néerlandais identifient huit sous-types cognitifs caractérisés par un profil neuropsychologique et un stade de la maladie distincts. Les déficits de la mémoire, au stade léger à modéré, concernent 43% des personnes. Chez les personnes ayant une mémoire préservée, les déficits légers visuels, d’orientation spatiale ou du langage, les déficits légers des fonctions exécutives, et les troubles visuels et spatiaux modérés concernent 29% des personnes ; les troubles légers diffus, les troubles modérés du langage et les troubles diffus sévères concernent 28% des personnes. Ces sous-types cognitifs sont associés à des caractéristiques démographiques et neurobiologiques caractéristiques. Par exemple, chez les personnes n’ayant pas de troubles de la mémoire, les troubles modérés visuels et d’orientation dans l’espace sont associés à un âge plus jeune, à l’absence du gène muté APOEε4 et une atrophie importante du cortex postérieur.

www.mythe-alzheimer.org/2015/05/quand-l-heterogeneite-de-la-maladie-d-alzheimer-et-plus-generalement-du-declin-cognitif-des-personnes-agees-s-affirme-de-plu.html (texte intégral),25 mai 2015. Scheltens NM et al. The identification of cognitive subtypes in Alzheimer's disease dementia using latent class analysis. J Neurol Neurosurg Psychiatry, 17 mars 2015.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25783437.

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