La part de l’environnement, la part des gènes (1)

Une étude menée par Lawrence Whalley, de l’Institut des sciences de santé appliquées d’Aberdeen (Ecosse), auprès de deux cent quatre-vingts personnes sans démence à l’inclusion, suivies jusqu’à l’âge de quatre-vingt-huit ans, montre que le risque de démence tardive est associé à des facteurs de risque connus, notamment, au niveau génétique,  la présence d’un génotype APO E epsilon 4 (forme mutée du gène codant pour l’apolipoprotéine E, un transporteur du cholestérol) ; au niveau de l’environnement, un autre facteur de risque pourrait jouer un rôle : la mort d’un parent avant l’âge de onze ans.

Whalley LJ et al. Genetic and environmental factors in late onset dementia: possible role for early parental death. Int J Geriatric Psychiatry, 11 juillet 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22821632.

La part de l’environnement, la part des gènes (2)

Pour distinguer de façon rigoureuse les effets de l’environnement de ceux de la génétique, les épidémiologistes étudient traditionnellement des populations de jumeaux, qui ont le même patrimoine génétique et le même environnement familial au début de la vie, mais qui peuvent évoluer ensuite dans des environnements différents. L’équipe d’épidémiologie du Professeur Laura Fratiglioni, du département de neurobiologie, sciences du soin et de la société à l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède), portant sur onze mille jumeaux âgés de soixante-cinq ans et plus ne présentant pas de démence, estime la prévalence du déficit subjectif cognitif à 39% et celle du déficit cognitif sans démence, avéré et objectif, à 25%. Les profils sociodémographiques sont distincts : par rapport ayant un déficit cognitif subjectif, les personnes atteintes de déficit cognitif sans démence sont plus âgées, ont fait davantage d’études, sont plus souvent mariées et ont un meilleur statut socio-économique. Ce sont des influences environnementales partagées, plutôt que l’hérédité génétique, qui jouent un rôle dans la survenue du déficit cognitif, qu’il soit subjectif ou objectif, concluent les auteurs.

www.iqsociety.org, 28 juillet 2012. Caracciolo B et al. Differential distribution of subjective and objective cognitive impairment in the population: a nation-wide twin-study. J Alzheimers Dis 2012; 29(2): 393-403. Mars 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22233768.

Démence et dépendance : années de vie ajustées à l’incapacité (1)

Les années de vie ajustées à l’incapacité (DALY : disability-adjusted life years) sont une mesure composite du nombre d’années de vie « en bonne santé » (years of healthy life) qui sontperdues en raison de l’incapacité associée à des maladies chroniques, fatales ou non.  Cette méthode, qui combine l’impact de la mortalité et de la dépendance dues aux maladies chroniques, a été développée par l’Organisation mondiale de la santé, l’Université de Harvard et la Banque mondiale, et permet de hiérarchiser les causes de dépendance. Une étude  de Yongwen Jiang et Jana Hesser, du département de la santé de l’Etat de Rhode Island et du département de santé communautaire de l’Université Brown à Providence (Etats-Unis), analyse ainsi quatre-vingt-dix maladies. La maladie d’Alzheimer et les autres démences sont la deuxième cause de mortalité brute (8.7% des décès), après l’infarctus du myocarde (ischemic heart disease, 27.8% des décès), et devant les cancers de l’appareil respiratoire (7.9% des décès) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC, 5.8% des décès). Le classement des causes de dépendance selon les DALY, qui ne font plus intervenir la mortalité brute, mais la survie ajustée à l’incapacité, est différent : la maladie d’Alzheimer et les autres démences sont au quatrième rang des causes de dépendance (5.7% des années de vie ajustées à l’incapacité), derrière l’infarctus du myocarde (11.8% des DALY), la dépression majeure unipolaire (6.3% des DALY), et les AVC (5.9%). 

Jiang Y et Hesser JE. Using disability-adjusted life years to assess the burden of disease and injury in Rhode Island. Public Health Rep 2012; 127(3): 293-303. Mai-juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22547860.

Démence et dépendance : déficits combinés (2)

Combiner le déficit cognitif léger et l’incapacité à réaliser les activités instrumentales de la vie quotidienne augmente significativement la puissance prédictive d’une survenue de la démence, selon une étude de cohorte menée auprès de trois mille trois cents personnes âgées de soixante-quinze ans et plus, suivies en médecine générale, menée par Tobias Luck de l’Institut de médecine sociale, santé au travail et santé publique de l’Université de Leipzig (Allemagne). Pour les auteurs, ces résultats renforcent l’intérêt de prendre en compte les incapacités liées aux activités instrumentales dans les critères de diagnostic du déficit cognitif léger, notamment la perte de responsabilité pour prendre ses médicaments, faire ses courses faire le ménage, utiliser les transports en commun.

Une étude menée par Ann Mayo, de l’Ecole infirmière de l’Université de San Diego (Californie, Etats-Unis) auprès de trois mille huit cents personnes atteintes de démence diagnostiquée, montre que le statut fonctionnel est associé à la capacité de jugement et à la résolution de problèmes par les personnes malades. Pris conjointement, le statut fonctionnel et la cognition prédisent 56% de la variance de la capacité de jugement et de résolution de problèmes. Plus les capacités cognitives diminuent, plus la puissance prédictive du statut fonctionnel augmente. Cette étude a été soutenue par le centre national de coordination Alzheimer et les Instituts nationaux de la santé américains.

Luck T et al. Prediction of Incident Dementia: Impact of Impairment in Instrumental Activities of Daily Living and Mild Cognitive Impairment - Results From the German Study on Ageing, Cognition, and Dementia in Primary Care Patients. Am J Geriatr Psychiatry, 14 juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22706332.

Démence et dépendance : l’incapacité fonctionnelle explique mieux les coûts de la maladie que le score cognitif (3)

Une étude coordonnée par Anders Wimo, professeur adjoint de médecine gériatrique au département de neurobiologie, science du soin et de la société de l’Institut Karolinska de Stockholm, en collaboration avec l’Ecole d’économie de Stockholm (Suède), a mesuré l’utilisation des ressources de santé en population générale, dans une cohorte de personnes âgées de soixante-cinq ans et plus du Nord de la Suède (cohorte SNAC Nordanstig). La plupart des personnes n’ont aucun recours aux soins. Ce sont les coûts sociétaux de la démence qui sont les plus élevés, allant de 262 000 couronnes suédoises par an (31 353 euros/an) au stade léger à 519 000 couronnes par an (62 108 euros/an) au stade sévère). C’est le niveau de dépendance, plutôt que la présence d’un diagnostic de pathologie cérébrale, qui est le meilleur facteur prédictif de coûts. La capacité à réaliser les activités de base de la vie quotidienne (ADL) est une meilleure variable explicative des coûts de la démence que le score cognitif (MMSE-mini mental state examination).

En Allemagne, une analyse de la caisse bavaroise AOK, portant sur  neuf mille personnes atteintes de démence et trente mille personnes d’un groupe témoin, montre que le coût de prise en charge s’élève à douze mille trois cents euros par pour les personnes atteintes de démence, contre  quatre mille euros par an dans le groupe témoin. Les deux-tiers des coûts supplémentaires liés à la démence sont induits par l’hébergement.

Lindholm C et al. Costs explained by function rather than diagnosis-results from the SNAC Nordanstig elderly cohort in Sweden. Int J Geriatr Psychiatry, 11 juillet 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22782643.

Schwarzkopf L et al. Excess costs of dementia disorders and the role of age and gender: an analysis of German health and long-term care insurance claims data. BMC Health Ser Res 2012; 12:165. 19 juin 2012. www.biomedcentral.com/content/pdf/1472-6963-12-165.pdf (texte intégral).

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