Régulation du métabolisme de la protéine tau

La protéine tau, anormalement phosphorylée et sous forme de dépôts insolubles, est observée dans une vingtaine de pathologies neurodégénératives, les tauopathies. Dans la maladie d’Alzheimer, la forme la plus commune de tauopathie, la protéine tau hyperphosphorylée s’accumule à l’intérieur des neurones, s’agrège et finit par former des neurofibrilles. Parmi les autres tauopathies, on trouve la dégénération lobaire fronto-temporale, la maladie de Pick, la paralysie supranucléaire progressive, la dégénérescence cortico-basale et l’aphasie progressive, toutes caractérisées par des inclusions de protéine tau dans les neurones ou dans les cellules gliales, qui entourent les neurones. La fonction exacte de la protéine tau reste l’objet de débats. L’hypothèse actuelle est qu’elle serait impliquée dans l’assemblage de microtubules, leur stabilisation, leur espacement et leur organisation parallèle, le « squelette » nécessaire pour assurer le transport de diverses molécules à l’intérieur des neurones et la croissance de ceux-ci. Sébastien Hébert, du service de neurosciences du CHU de Québec, Nicolas Sergeant, du département de psychiatrie de l’Université Laval à Québec et Luc Buée, de l’unité INSERM UMR837 à l’Université Lille-Nord de France, publient une revue sur la régulation de l’expression de la protéine tau par les micro-ARN. Ces petits morceaux de matériel génétique (acide ribonucléique), découverts il y a une vingtaine d’années, empêchent spécifiquement l’expression de certaines protéines et pourraient être des médiateurs importants de la plasticité neuronale.

Pour Evgenia Salta et Bart de Strooper, du département de génétique humaine de l’Université catholique de Louvain (Belgique), les ARN ne codant pas pour des protéines constituent un domaine de recherche fondamentale émergent qui devrait avoir une influence profonde sur la recherche clinique, le diagnostic et le traitement en neurologie. 

Hébert SS et al. MicroRNAs and the Regulation of Tau Metabolism. Int J Alzheimers Dis, 5 juin 2012. www.hindawi.com/journals/ijad/2012/406561/(texte intégral). Salta E et De Strooper B. Non-coding RNAs with essential roles in neurodegenerative disorders. Lancet Neurol 2012 ; 11(2) :189-200. Février 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22265214.

Perte neuronale : un nouveau modèle animal

Les équipes des Professeurs Luc Buée, de l’unité Alzheimer et tauopathies (INSERM, UMR 837) à l’Université Lille-Nord de France, et Bart de Strooper, du centre de génétique humaine de l’Université catholique de Louvain (Belgique), ont mis au point un nouveau modèle animal, chez la souris, montrant que les petits oligomères solubles de la protéine bêta-amyloïde sont capables d’induire une perte neuronale importante in vivo et initier une cascade d’évènements mimant les marqueurs neuropathologiques typiques de la maladie d’Alzheimer : hyperphosphorylation et déficits de mémoire dépendants de l’hippocampe. La transthyrétine, protéine de transport des hormones thyroïdiennes, est capable de se fixer aux protéines toxiques et réduire la perte neuronale.

Brouillette J et al. Neurotoxicity and Memory Deficits Induced by Soluble Low-Molecular-Weight Amyloid-β1-42 Oligomers Are Revealed In Vivo by Using a Novel Animal Model. J Neurosci 2012; 32(23): 7852-7861. 6 juin 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22674261.

L’idéologie médicale et la construction de la maladie d’Alzheimer (1985-2011)

Claudia Chaufan, professeur de politique de santé et sociologie, et ses collègues de l’Université de Californie à San Francisco (Etats-Unis), ont étudié l’émergence du concept de maladie d’Alzheimer au plan historique et politique, durant deux périodes : 1985-1987 et 2009-2011, à travers des entretiens avec des leaders d’associations et des scientifiques, des documents historiques et la littérature scientifique. Les auteurs ont identifié plusieurs thèmes récurrents et des questions clé motivant les champions de la cause aux Etats-Unis, les obstacles et les facteurs facilitants, le rôle du gouvernement et des associations dans la création d’une structure organisationnelle capable de porter cette cause. « La caractérisation de la maladie d’Alzheimer comme l’une des causes principales de décès chez les personnes âgées a été cruciale pour entretenir le mouvement, mais avec un effet de double tranchant : en construisant la « sénilité » comme une entité pouvant être traitée, voire guérissable, le mouvement a contribué de façon importante à la notion qu’une « crise » à venir menaçant la population vieillissante devait être évitée à tout prix, ce qui a eu pour effet de favoriser des politiques fédérales conservatrices dirigées davantage vers le traitement et moins vers l’accompagnement des besoins des personnes malades et de leurs aidants. Pour les auteurs, « l’hégémonie du modèle médical met en place une course contre l’horloge démographique, marquant les avancées de la recherche médicale à l’encontre des besoins d’une population vieillissante ». Ils proposent un nouveau cadre d’analyse et de nouvelles sources de légitimité pour s’intéresser aux besoins et préserver l’humanité des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer et leurs aidants.

Chaufan C et al. Medical ideology as a double-edged sword: the politics of cure and care in the making of Alzheimer's disease. Soc Sci Med 2012; 74(5): 788-795. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22265578.  Mars 2012.

Revues bibliographiques

BiblioDémences, le bulletin et la base de données bibliographiques critiques sur la maladie d’Alzheimer et les syndromes apparentés, coordonné par l’ISPED (Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (centre de recherche INSERM U897) à l’Université Victor-Segalen de Bordeaux, dans le cadre de la mesure 32 du plan Alzheimer, a analysé soixante-quatorze articles d’importance de janvier à avril 2012. Les analyses sont principalement réalisées par des chercheurs des centres mémoire de ressources et de recherche, et mises à disposition des professionnels. La veille bibliographique est réalisée chaque semaine à partir des revues de sommaires des trois éditions des Current Contents, Clinical Medicine (mille deux centspériodiques), Life Sciences (mille quatre cents périodiques) et Social & Behavioral Sciences (mille sept cents périodiques) qui répertorient la littérature scientifique internationale.

Recherche chinoise

Entre janvier et juin 2012, près de deux cents articles scientifiques ont été publiés par des chercheurs chinois dans des revues à comité de lecture, la plupart en langue anglaise. La grande majorité des travaux se situe dans le champ de la recherche fondamentale (étude des bases moléculaires et cellulaires de la neurodégénérescence chez l’animal, notamment dans des modèles de démence vasculaire), de la neuro-imagerie et des biomarqueurs chez l’homme, de l’épidémiologie et des facteurs de risque chez des populations d’origine ethnique différentes, ou encore de la normalisation des tests neuropsychologiques en milieu urbain et en milieu rural. Au plan de la recherche thérapeutique, de nombreuses études testent les effets moléculaires et cellulaires de principes actifs issus de la pharmacopée traditionnelle chinoise.

Li M et al. Infusion of BDNF into the nucleus accumbens of aged rats improves cognition and structural synaptic plasticity through PI3K-ILK-Akt signaling. Behav Brain Res 2012 16; 231(1):146-153. Mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22446058. Wang J et al. Tong Luo Jiu Nao injection, a traditional Chinese medicinal preparation, inhibits MIP-1β expression in brain microvascular endothelial cells injured by oxygen-glucose deprivation. J Ethnopharmacol 2012; 141(1):151-157. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?term=22366434. Zhang Y et al. Prevalence of dementia and major dementia subtypes in the Chinese populations: A meta-analysis of dementia prevalence surveys, 1980-2010. J Clin Neurosci, 7 juin 2012. 

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