Causes de la maladie : des lésions vasculaires d’origine métabolique (1)

En s’appuyant sur les données épidémiologiques publiées depuis une dizaine d’années, Francesco Panza et ses collègues du laboratoire de recherche de gérontologie et gériatrie à l’Université de Foggia (Italie), proposent de définir le déficit cognitif léger et la démence chez des sujets à risque de syndrome métabolique comme un continuum où les lésions neuropathologiques et les troubles cognitifs seraient la conséquence de lésions vasculaires ayant une origine métabolique.

L’un des signes les plus précoces de la maladie d’Alzheimer est une réduction de l’utilisation du glucose par le cerveau, qui peut s’observer en imagerie. Morton Mamelak, du département de psychiatrie de l’Université de Toronto (Canada), propose une synthèse des connaissances actuelles sur le sujet. « Affamé » (starving), obligé de faire face à ces changements métaboliques, le cerveau de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer est privé d’énergie et commence à s’auto-digérer : c’est le phénomène de macro-autophagie, également observable.

Panza F et al. Current epidemiological approaches to the metabolic-cognitive syndrome. J Alz Dis, 4 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22561330.

Causes de la maladie : des lésions vasculaires d’origine métabolique (2)

A quoi sert l’apolipoprotéine E, un transporteur du cholestérol ? La présence du gène APOE epsilon 4 constitue un facteur majeur de risque génétique pour la maladie d’Alzheimer et la démence associée à la trisomie 21, et est liée à un pronostic neurologique défavorable après un traumatisme crânien ou une hémorragie cérébrale. Un dysfonctionnement neurovasculaire est présent chez les porteurs du gène APOE epsilon4. Mais tous les porteurs de ce gène ne développent pas de démence de la même façon. L’équipe du Professeur Laura Fratiglioni, du département de neurobiologie de l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède), en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Florence (Italie), a suivi une cohorte de neuf cents personnes âgées de soixante-quinze ans et plus pendant neuf ans. Les porteurs du gène APOE epsilon4 n’ayant pas de risque vasculaire ont un risque de développer une démence réduit de 39%. Chez ces personnes, la présence de l’un des trois facteurs de protection (haut niveau d’éducation, activités de loisirs et absence de risque vasculaire) est associée à un retard de 1.2 an de survenue de la démence par rapport. La présence de la mutation APOE epsilon4 ne modifie pas la survie une fois la maladie déclarée.

Ferrari C et al. How can elderly apolipoprotein E ε4 carriers remain free from dementia? Neurobiol Aging, 11 avril 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22503000.

Causes de la maladie : une brèche dans la barrière hémato-encéphalique (3)

Chez des souris mutantes qui n’expriment pas l’apolipoprotéine E, la barrière hémato-encéphalique est rompue. La présence de l’APOE4 augmente la susceptibilité de blessure de la barrière hémato-encéphalique. La barrière hémato-encéphalique est une membrane qui sépare la circulation sanguine et le liquide céphalo-rachidien, le fluide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Cette membrane permet d'éviter le passage d'un certain nombre d’éléments toxiques au niveau du système nerveux central (bactéries, toxines...). Elle peut aussi gêner le passage de médicaments.

Les mécanismes moléculaires concernés viennent d’être en partie décodés, chez la souris, par l’équipe du Professeur Berislav Zlokovic, directeur du centre des troubles neurodégénératifs et vasculaires à l’Université de Rochester (New York, Etats-Unis) : des altérations dans les vaisseaux cérébraux précèdent le dysfonctionnement neuronal associé à la maladie d’Alzheimer. L’apolipoprotéine E contrôle l’intégrité cérébrovasculaire via la cyclophiline A, une protéine impliquée notamment dans l’inflammation associée à l’athérosclérose. Science Daily propose une explication illustrée de ces travaux. Pour Peter Carmeliet, post-doctorant, et le Professeur Bart de Strooper, directeur du département de génétique moléculaire de l’Université catholique de Louvain (Belgique), ces résultats importants, qui précisent la fonction de l’apolipoprotéine E, identifient de nouvelles cibles potentielles pour le développement de médicaments.

Carmeliet P et De Strooper B. Alzheimer's disease: A breach in the blood-brain barrier. Nature 2012; 485(7399): 451-452. 23 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22622564.  Bell RD et al. Apolipoprotein E controls cerebrovascular integrity via cyclophilin A. Nature 2012; 485(7399): 512-516. 16 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22622580.  http://dictionnaire.doctissimo.fr/definition-Barriere-hemato-encephalique.htm, 31 mai 2012.www.sciencedaily.com/releases/2012/05/120516140016.htm, 16 mai 2012.

Causes de la maladie : des mécanismes inflammatoires

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie inflammatoire touchant principalement les articulations périphériques, mais aussi d'autres organes. Une étude menée par l’équipe de l’épidémiologiste Miia Kivipelto, à l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède), qui a suivi depuis vingt-et-un ans les capacités cognitives de mille quatre cents personnes âgées, montre que le risque de déclin cognitif est multiplié par un facteur 2.77 si une polyarthrite rhumatoïde s’est installée au milieu de la vie, et le risque de maladie d’Alzheimer multiplié par un facteur 2.49. Cette étude suggère que les mécanismes inflammatoires pourraient jouer un rôle important dans la survenue de la démence.

Wallin K et al. Midlife Rheumatoid Arthritis Increases the Risk of Cognitive Impairment Two Decades Later: A Population-Based Study. J Alzheimers Dis, 29 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22647255.

Maladie de Parkinson : quel risque de démence ?

L’incidence de la démence chez des personnes atteintes de maladie de Parkinson reste mal connue. Une étude menée par l’équipe du Professeur Jean-François Dartigues, directeur de l’unité d’épidémiologie et neuropsychologie du vieillissement cérébral (INSERM U 897) à l’Université de Bordeaux 2 et responsable du CMRR (centre mémoire de ressources et de recherche) de Bordeaux-Aquitaine, a suivi pendant quinze ans trois mille sept cents personnes âgées vivant à domicile (cohorte PAQUID). La survenue d’une maladie de Parkinson a été observée chez quarante-quatre personnes. Parmi celles-ci, 41% ont développé une démence dans les sept ans suivant l’apparition de la maladie de Parkinson. Le taux d’incidence de la démence associée à la maladie de Parkinson est de 74/1 000 personnes-années. Le risque cumulé de démence est de 25% cinq ans après la survenue de la maladie de Parkinson et de 50% dix ans plus. Le risque relatif de survenue d’une démence est multiplié par un facteur 2.47 chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. 

Perez F et al. Risk of dementia in an elderly population of Parkinson's disease patients: A 15-year population-based study. Alzheimers Dement, 30 mai 2012.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22651942.

Retour haut de page