Maladies neurodégénératives : stratégie commune européenne de recherche (1)

Vingt-cinq pays européens proposent une approche stratégique commune de la recherche sur les maladies neurodégénératives pour les dix ans à venir (JNPD-European Union Joint Programme-Neurodegenerative Disease Research). Le Professeur Philippe Amouyel, président du Conseil d’administration de ce programme, en a rappelé les objectifs : « développer de nouveaux traitements et des stratégies de prévention ; améliorer les approches sanitaires et sociales ; mieux sensibiliser le grand public et dé-stigmatiser la maladie d’Alzheimer et les autres maladies neurodégénératives. Pour cela, il faut développer des capacités d’excellence en recherche fondamentale, en recherche clinique et en recherche médico-sociale ; coordonner et aligner les activités de recherche au niveau européen et national ; traduire les résultats scientifiques dans les pratiques clinique, sociale et la santé publique ; développer les partenariats entre l’industrie, les personnes malades, leurs aidants, et les décideurs politiques. Après une consultation de la communauté scientifique et des associations, quinze experts internationaux ont formalisé les orientations stratégiques : Thomas Gasser (Université de Tübingen, Allemagne), Martin Rossor (University College London, Royaume-Uni), Jesús Avila (Conseil supérieur de la recherche scientifique, Espagne), Henry Brodaty (Université de Nouvelle-Galles-du-Sud, Australie), Stefano Cappa (Université Vita-Salute San Raffaele de Milan, Italie), Jesus de Pedro Cuesta (Institut épidémiologique de Madrid, Espagne), Bart de Strooper (Université catholique de Louvain, Belgique), Bruno Dubois (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris), Laura Fratiglioni (Institut Karolinska, Stockholm, Suède), John Hardy (University College London, Royaume-Uni), Leszek Kaczmarek (Institut Nencki de biologie expérimentale, Varsovie, Pologne), Martin Knapp (London School of Economics and Political Science, Royaume-Uni), Philip Scheltens (Université libre d’Amsterdam, Pays-Bas), Myrra Vernooij-Dassen (Université Radboud, Nimègue, Pays-Bas), Bengt Winblad ((Institut Karolinska, Stockholm, Suède).

EU Joint Programme-Neurodegenerative Research. JPND Research Strategy.Tackling the challenge of Alzheimer’s and other neurodegenerative diseases in Europe. Février 2012. www.neurodegenerationresearch.eu/ (texte intégral). Nature, 7 février 2012.

Maladies neurodégénératives : stratégie commune européenne de recherche (2)

Le premier axe stratégique de recherche est la compréhension de la maladie (grandes cohortes épidémiologiques européennes ; banques de tissus et d’ADN ; développement de meilleurs modèles animaux et cellulaires tenant compte de la variabilité génétique, de la chronicité et du vieillissement ; bases biologiques des symptômes psycho-comportementaux ; rôle de la comorbidité dans les maladies neurodégénératives ; relation entre vieillissement et maladies neurodégénératives). Le second axe stratégique concerne la progression de la maladie (développement de nouveaux critères diagnostiques et de biomarqueurs pour la prédiction, la progression et le traitement de la maladie, avec une standardisation et une harmonisation européennes des marqueurs, des outils de diagnostic et d’évaluation, ces nouveaux outils permettant de sélectionner les patients pour les essais cliniques). Le troisième axe stratégique concerne les interventions (approches préventives fondées sur des facteurs de risques ; approches pharmacologiques ou psychosociales, approches combinées ; critères de résultat des essais cliniques centrés sur la personne malade et sur la qualité de vie ; partenariat avec l’industrie ; nouvelles techniques de criblage cellulaire pour évaluer l’efficacité des candidats médicaments ; promotion des technologies d’assistance ; biologie régénérative ; processus efficients d’accès aux soins et à l’accompagnement social en Europe (cost-effective pathways) ; gestion des comportements difficiles et soutien en fin de vie). Le quatrième axe stratégique concerne la politique de recherche et ses implications pour la société : accroissement du nombre de chercheurs, notamment en médecine clinique et en recherche translationnelle (mise en application médicale des résultats scientifiques de la recherche fondamentale) ; formation des professionnels de santé ; recherche en environnement non spécialisé (médecine générale, soins primaires) ; mise en œuvre des recommandations de pratiques fondées sur des preuves scientifiques ; promotion d’un environnement réglementaire et éthique adapté à la recherche sur les maladies neurodégénératives.

EU Joint Programme-Neurodegenerative Research. JPND Research Strategy.Tackling the challenge of Alzheimer’s and other neurodegenerative diseases in Europe. Février 2012. www.neurodegenerationresearch.eu/ (texte intégral).

Maladies neurodégénératives : stratégie commune européenne de recherche (3)

Le JNPD estime à 1.62 milliards d’euros les dépenses totales de recherche sur les maladies neurodégénératives en Europe (dont seulement 11% en recherche clinique). Plus de deux mille deux cents projets de recherche ont été identifiés, ce qui justifie l’intérêt d’une approche coordonnée. La maladie d’Alzheimer fait l’objet de deux cents projets de recherche (8.5% des projets de recherche) et représente 26% du financement total de la recherche sur les maladies neurodégénératives en Europe, ce qui témoigne de la priorité politique portée à la maladie. Le financement des projets de recherche reste de la responsabilité des Etats-membres. La Commission européenne n’a financé que la coordination du programme JPND. Pour leur plus grande part, ces financements nationaux ne peuvent pas être utilisés pour financer des chercheurs dans d’autres pays. En 2011, le JPND a lancé un appel à projets pilote sur le développement de biomarqueurs, chaque pays membre participant au financement. D’autres appels à projets de recherche seront lancés dans les mois à venir, impliquant des consortiums internationaux de recherche et une sélection par un jury international, qui décidera selon des critères d’impact et d’excellence. 

EU Joint Programme-Neurodegenerative Research. JPND Research Strategy.Tackling the challenge of Alzheimer’s and other neurodegenerative diseases in Europe. Février 2012. www.neurodegenerationresearch.eu/ (texte intégral). Nature, 7 février 2012.

Plasticité neuronale et propagation de la pathologie (1)

Une étude menée par Karen Duff, de l’Institut Taub de recherche sur la maladie d’Alzheimer à l’Université Columbia de New York (Etats-Unis), montre, chez la souris, que la pathologie Tau se propage d’une zone anatomique du cerveau (le cortex entorhinal) à d’autres (le subiculum, l’hippocampe et le gyrus dentelé), à travers les synapses, le long de circuits cérébraux formant des réseaux anatomiquement connectés par des « axones perforants » (conducteurs de l’influx nerveux). L’Agence France Presse a diffusé une information indiquant que « la maladie d’Alzheimer se propage d’une région à une autre comme une infection ». Il s’agit en fait d’une interprétation journalistique non conforme à l’article original, qui n’évoque en aucune façon une infection. Plusieurs journaux ont diffusé l’information sans la vérifier, évoquant « une nouvelle hypothèse d’évolution d’Alzheimer selon laquelle cette maladie se développe un peu comme une infection. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un agent infectieux, mais d’une protéine anormale appelée Tau, dont l’agrégation sous forme de filament étouffe et détruit progressivement l’ensemble des cellules nerveuses ou neurones ». Scott Small, professeur de neurologie à l’Université Columbia et co-auteur de l’étude, rappelle que des études d’imagerie ont déjà révélé ce type de propagation chez l’homme. 

AFP, Le Monde,HealthDay, 2 février 2012. www.agevillagepro.com, 6 février 2012. Liu L et al. Trans-Synaptic Spread of Tau Pathology In Vivo. PLOsOne 2012; 7(2): e31302. www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.

Plasticité neuronale et propagation de la pathologie (2)

Les phénomènes de plasticité neuronale ont été conservés durant l’évolution. En France, Djoher Nora Abrous (unité Inserm U862 du Neurocentre Magendie de Bordeaux), a présenté au symposium international sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées de la Fondation Plan Alzheimer, tenu à l’Elysée le 1er février 2012, ses travaux sur la néoneurogénèse hippocampique chez le rat. De nouveaux neurones produits par l’hippocampe s’intègrent aux réseaux pour participer aux processus mnésiques. La neurophysiologiste montre que la plasticité cérébrale peut être altérée par des événements stressants au cours de périodes précoces du développement, ces altérations étant dues en partie à une dérégulation de l’axe corticotrope, système impliqué dans les réponses adaptatives au stress. La normalisation de cet axe neuroendocrinien en milieu de vie améliore les fonctions de mémorisation et stimule la néoneurogénèse des animaux devenus sénescents. Les performances mnésiques des sujets sénescents dépendent de leur capacité à générer tout au long de leur vie adulte de nouveaux neurones.

Abrous DN. Rôle de la neurogénèse hippocampique dans l’apparition de déficits mnésiques liés à l’âge. Fondation Plan Alzheimer. Symposium international sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées. Paris, 1er février 2012.

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