Neuroinflammation sans infection

Des travaux récents montrent que l’inflammation cérébrale pourrait être un facteur déclenchant de la maladie d’Alzheimer. Pour Rudi Tanzi, professeur de neurologie à l’École de médecine de Harvard (Boston, Etats-Unis), « lorsque les cellules cérébrales de la glie [qui entourent les neurones et assurent des fonctions d’isolement des tissus nerveux, de soutien squelettique, de protection face aux lésions et d’aide à la transmission de l’influx nerveux] "sentent" des cellules mortes provenant des plaques amyloïdes et des neurofibrilles, elles interprètent ces signaux comme une infection. Dans sa tentative de lutte contre ces "envahisseurs étrangers", le cerveau est submergé de radicaux libres inflammatoires qui commencent un combat vicieux. Mais il n’y a pas d’infection : le cerveau se bat contre un fantôme. »

http://edition.cnn.com/2015/11/05/health/sanjay-gupta-alzheimers-essay/, 22 décembre 2015.http://news.harvard.edu/gazette/story/2015/05/new-clarity-against-alzheimers/, 5 mai 2015. Heppner FL. Immune attack: the role of inflammation in Alzheimer disease. Nature Rev Neurosci 2015 ; 16 : 358-372. Juin 2015.

www.nature.com/nrn/journal/v16/n6/full/nrn3880.html

Olfaction et cognition : quel lien ?

Une étude menée par Rosebud Roberts de ses collègues, des divisions d’épidémiologie, neurologie, psychiatrie et psychologie de le clinique Mayo de Rochester (Minnesota, Etats-Unis), portant sur plus de mille quatre cents personnes, sans troubles cognitifs à l’inclusion, âgés en moyenne de 79.5 ans, et suivies pendant 3.5 ans, montre qu’un déficit olfactif (mesuré à l’aide du test rapide B-SIT (Brief smell identification test) est associé à la survenue d’un déficit cognitif léger (risque accru de 10%) et à sa progression vers une démence de type Alzheimer. Par rapport aux 25% des personnes de l’étude ayant la meilleure capacité olfactive à l’inclusion, les 25% ayant la plus faible capacité olfactive ont cinq fois plus de risque d’évolution vers une démence. Ces résultats suggèrent que les tests olfactifs pourraient avoir une utilité potentielle dans la détection du déficit cognitif léger et le pronostic d’évolution, en complément d’autres tests. Cette étude ne montre qu’une association, pas un lien causal, entre déficit olfactif et déficit cognitif.

Roberts RO et al. Association Between Olfactory Dysfunction and Amnestic Mild Cognitive Impairment and Alzheimer Disease Dementia. JAMA Neurol, 16 novembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26569387.

Troubles du sommeil, troubles neurocognitifs : quel lien ?

« Le manque de sommeil profond pourrait déclencher la maladie d’Alzheimer », titre John Hamilton, sur les ondes de National Public Radio aux Etats-Unis. Jeffrey Iliff et Bill Rooney, de la division des maladies gliales au centre de neurochirurgie de l’Université de Rochester (New York, Etats-Unis), ont observé chez l’animal que l’élimination des métabolites neurotoxiques accumulée par le cerveau (dont le peptide amyloïde) est augmentée durant le sommeil. La fonction restauratrice du sommeil pourrait donc être la conséquence de cette élimination de produits potentiellement neurotoxiques. Démontrer cet effet chez l’homme pourrait être possible grâce à l’imagerie magnétique à haut champ.  Que sait-on plus généralement des relations entre les troubles du sommeil et les troubles cognitifs ? Le fonctionnement de l’organisme est soumis à un rythme biologique, calé sur un cycle d’une journée de vingt-quatre heures. Ce rythme circadien (du latin circa : « proche de » et diem : « le jour »), régule un grand nombre de nos fonctions biologiques et comportementales. Sa dérégulation entraîne des troubles du sommeil et d’importantes perturbations physiologiques, selon l’INSERM. Au Royaume-Uni, Michelle Miller, de l’École de médecine de Warwick à Coventry, rappelle que les cycles de sommeil et de veille, contrôlés par l’activité des neurones du noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus [au-dessus de l’endroit où se croisent les deux nerfs optiques, qui indiquent au cerveau le niveau d’intensité lumineuse ambiante], peuvent être perturbés par des maladies du système nerveux. Inversement, des troubles du sommeil peuvent perturber des circuits neuronaux et avoir un effet sur les maladies neurologiques. Chez des personnes normales, la privation de sommeil peut être à l’origine de troubles de l’attention et d’un déficit de mémoire de travail. Des troubles du sommeil non traités, tels que l’apnée obstructive du sommeil, sont associés à la survenue de troubles cognitifs.  Michelle Miller propose une revue de synthèse sur le rôle du sommeil et de ses troubles dans la survenue, le diagnostic et la prise en charge des troubles cognitifs. En Italie, le groupe de recherche sur la démence SINDem confirme la prévalence élevée de troubles du sommeil chez les personnes atteintes de déclin cognitif et propose des recommandations pour le diagnostic et le traitement de ces troubles du sommeil (Guarnieri B et al.).

www.npr.org, 4 janvier 2016. Miller MA. The role of sleep and sleep disorders in the development, diagnosis and management of neurocognitive disorders. Front Neurol 2015 ; 6 : 224. 23 octobre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4615953/pdf/fneur-06-00224.pdf (texte intégral). Guarnieri B et al. Sleep disturbances and cognitive decline: recommendations on clinical assessment and the management. Arch Ital Biol 2015; 153 (2-3): 237-242. 1er septembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26742676. www.researchgate.net/profile/Ildebrando_Appollonio/publication/264053539_Recommendations_of_the_Sleep_Study_Group_of_the_Italian_Dementia_Research_Association_%28SINDem%29_on_clinical_assessment_and_management_of_sleep_disorders_in_individuals_with_mild_cognitive_impairment_and_dementia_A_clinical_review/links/53d33c0d0cf2a7fbb2e9d012.pdf (texte intégral). Gronfier C. Chronobiologie, les 24 heures chrono de l’organisme. www.inserm.fr/index.php/layout/set/print/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/chronobiologie-les-24-heures-chrono-de-l-organisme. Décembre 2013.

Incapacité fonctionnelle : quel impact sur la qualité de vie ?

L’équipe du Pr Jean-Luc Novella, du service de gériatrie aigüe et médecine interne du CHU de Reims (EA3797), a étudié l’effet des altérations fonctionnelles sur la qualité de vie de cent-vingt personnes atteintes de maladie d’Alzheimer légère à modérée, âgées en moyenne de quatre-vingt-deux ans. La qualité de vie associée à la santé a été mesurée à l’aide de l’échelle DQoL (Dementia Quality of Life), qui comprend cinq domaines : l’estime de soi, l’humeur ou l’affect positifs, l’affect négatif, le sentiment d’appartenance et le sens de l’esthétique. L’altération fonctionnelle mesure l’incapacité à réaliser les activités de base et les activités instrumentales de la vie quotidienne. L’étude montre que deux des cinq domaines de qualité de vie sont associés significativement à la capacité fonctionnelle : la capacité locomotrice pour effectuer ses transferts (par exemple du lit au fauteuil, ou du fauteuil aux toilettes)  et la capacité à utiliser le téléphone sont associées à une meilleure qualité de vie dans le domaine de l’estime de soi, et la capacité à s’habiller seul est associée à une réduction de l’affect négatif.

Barbe C et al. Impact of functional alterations on quality of life in patients with Alzheimer's disease. Aging Ment Health, 8 janvier 2016. 

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26745259.   

Démence et incapacité fonctionnelle au sens de l’Organisation mondiale de la santé

La grille d’évaluation de l’incapacité fonctionnelle de l’Organisation mondiale de la santé (WHODAS-World Health Organization Disability Assessment Schedule 2.0) est utilisée à Taïwan pour évaluer le degré de handicap des personnes atteintes de démence depuis 2012. Une étude menée par Shih-Wei Huang, du département de médecine physique et rééducation de l’École de médecine de Taipei, portant sur douze mille personnes âgées atteintes de démence, montre que les domaines de la vie quotidienne les plus affectés par la maladie sont ceux de la cognition, des activités de la vie quotidienne et de la vie sociale, et ce sont donc sur ces domaines que doit porter prioritairement la stratégie de réhabilitation. Le score d’incapacité, le sexe masculin, le niveau d’éducation, le niveau d’urbanisation et la sévérité de la maladie constituent des facteurs de risque d’entrée en établissement d’hébergement.

Huang SW et al. Functioning and disability analysis by using WHO Disability Assessment Schedule 2.0 in older adults Taiwanese patients with dementia. Disabil Rehabil, 18 décembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26678282. Huang SW et al. Using the World Health Organization Disability Assessment Schedule 2.0 (WHODAS 2.0) for Predicting Institutionalization of Patients With Dementia in Taiwan. Medicine (Baltimore) 2015; 94(47):e2155. Novembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26632747.

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