Epidémiologie et facteurs de risque : la cohorte française PAQUID (1)

L’équipe du Professeur Jean-François Dartigues, de l’unité INSERM 897 à l’Université Victor-Ségalen de Bordeaux, propose un bilan de l’étude PAQUID (personne âgée quid ?), une cohorte française en population générale constituée en 1988 pour suivre à très long terme trois mille huit cents personnes âgées de soixante-cinq ans et plus dans soixante-cinq villes et villages de Gironde et Dordogne. Depuis vingt-quatre ans, les personnes participant à l’étude ont été revues onze fois tous les deux ans, et leurs capacités cognitives ont été systématiquement mesurées. L’étude PAQUID a fourni les premières estimations de la prévalence, de l’incidence et de la durée moyenne de la maladie d’Alzheimer en population générale en France. « L’estimation de huit cent cinquante mille cas prévalents de démence en France en 2008 a été un des arguments majeurs de la mise en place du plan Alzheimer 2008-2012 », affirment les auteurs. « Si cette estimation a été confirmée par de multiples études populationnelles dans le monde, elle reste controversée parce que cinq cent mille cas de démence seulement ont été enregistrés dans le système d’information de l’assurance maladie la même année ». L’étude PAQUID a également permis d’étudier l’histoire naturelle du déclin cognitif avant la démence : le premier intitulé de la cohorte étant « identification des signes prémonitoires de démence sénile ». L’an prochain, la cohorte comptera trois cents sujets survivants âgés de plus de quatre-vingt-dix ans.

Dartigues JF et al. Paquid 2012 : illustration et bilan. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(3) : 325-331. Septembre 2012.

www.jle.com/e-docs/00/04/7B/7D/resume.phtml.

Épidémiologie et facteurs de risque : la cohorte française PAQUID (2)

La plainte mnésique apparaît environ sept ans avant le début de la phase démentielle, contemporaine d’une majoration des symptômes dépressifs. L’atteinte des activités instrumentales de la vie quotidienne (téléphoner, préparer le repas, conduire une voiture…) apparait de façon subtile dans les activités les plus complexes cinq à six ans avant la démence. Pour la plupart des tests neuropsychologiques, on note une accélération du déclin dans les trois dernières années avant la démence, plus marquée chez les sujets à haut niveau d’étude, observent les chercheurs. « Ces résultats vont à l’encontre du modèle dominant actuel qui fait des troubles cognitifs une manifestation tardive de la maladie d’Alzheimer, bien après l’émergence des biomarqueurs de l’amyloïde et de l’atrophie hippocampique », soulignent-ils. Les facteurs de risque sont multiples ; certains font l’objet d’un consensus général (âge, niveau d’études, sexe, gène apoE epsilon4), d’autres sont plus controversés et nécessitent une réplication (aluminium dans l’eau d’adduction et réactivation d’une infection par un virus de l’herpès). Parmi les facteurs protecteurs, les facteurs nutritionnels pourraient ouvrir des voies de prévention.

Dartigues JF et al. Paquid 2012 : illustration et bilan. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(3) : 325-331. Septembre 2012.

www.jle.com/e-docs/00/04/7B/7D/resume.phtml.

Démence et dépendance

Pour la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), « Il apparaît que la démence a une part prépondérante dans la dépendance du sujet âgé ». Dans les actes des deuxièmes rencontres scientifiques de la CNSA, tenues en février 2012, Jean-François Dartigues a suscité une discussion sur ce lien. « Une personne a ainsi demandé si, compte-tenu de l’importance de la démence dans l’épidémiologie de la dépendance et de la part de personnes atteintes de démence dans les établissements d’hébergement (80 %), il ne serait pas pertinent de reconsidérer la question de la dépendance autour du noyau dur que représente la démence. L’intervenant a répondu que, selon lui, il était dangereux de réduire la dépendance à la démence, ne serait-ce qu’à cause du caractère très stigmatisant du mot démence. À l’inverse, une représentante des retraités a fait remarquer que la démence n’est pas assez prise en compte dans les évaluations donnant accès à des financements comme l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), ce qui peut conduire à des sorties d’établissement dramatiques de personnes en GIR 1 et 2 (groupe iso-ressources regroupant les personnes les plus dépendantes) qui ne peuvent plus en financer le séjour. Le débat se poursuit sur le manque de pertinence de la grille AGGIR pour identifier les besoins de la personne démente, et sur l’existence de personnes situées dans une « zone grise », entre démence et non-démence, pour lesquelles il n’y aurait pas de système de compensation adéquat. Jean-François Dartigues ajoute que les études de cohortes qui commencent à soixante-cinq ans permettent de mieux documenter la « notion de déclin » – pathologie ou effet naturel de l’âge ? – mais ne donnent pas de réponse quant à la nécessité ou non de le compenser ».

CNSA. Dossier scientifique. Deuxièmes rencontres scientifiques de la CNSA. Aide à l’autonomie et parcours de vie. Synthèse du colloque des 15 et 16 février 2012.  Septembre 2012.

www.cnsa.fr/IMG/pdf/Aide_a_lautonomie_et_parcours_de_vie.pdf(texte intégral).

Qualité de vie

La bascule vers une mauvaise qualité de vie des patients est associée à des troubles de la mobilité, un revenu bas, de l’arthrose, avec certainement des douleurs, et l’ancienneté de l’aide apportée par l’aidant, selon une étude menée pendant deux ans auprès de onze cents personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et présentée par Sandrine Andrieu, directrice de l’UMR INSERM 1027 (Épidémiologie et analyses en santé publique : risques, maladies chroniques et handicaps) à l’Université Paul-Sabatier de Toulouse. « Dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, il est important de conserver une évaluation de la qualité de vie par les personnes malades et de ne pas s’en remettre exclusivement au regard de leurs aidants », souligne-t-elle.

CNSA. Dossier scientifique. Deuxièmes rencontres scientifiques de la CNSA. Aide à l’autonomie et parcours de vie. Synthèse du colloque des 15 et 16 février 2012.  Septembre 2012.

www.cnsa.fr/IMG/pdf/Aide_a_lautonomie_et_parcours_de_vie.pdf(texte intégral).

Malades jeunes : accidents vasculaires cérébraux

Une étude épidémiologique menée par le Professeur Brett Kissela, du Collège de médecine de Cincinnati (Ohio, Etats-Unis), montre que l’âge moyen au premier accident vasculaire cérébral (AVC) a baissé significativement depuis une décennie, de 71.2 ans en 1993/1994 à 69.2 ans en 2005. La proportion des AVC chez les personnes âgées de moins de cinquante-cinq ans est passée de 12.9% à 18.6% durant la même période. Pour les auteurs, ces tendances à long terme sont d’une importance considérable en termes de santé publique : les AVC chez les personnes jeunes accroissent potentiellement le fardeau de la dépendance et certains facteurs de risque sont modifiables.

Kissela BM et al. Age at stroke: Temporal trends in stroke incidence in a large, biracial population. Neurology, 10 octobre 10.

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